“ Van Mitten, — tout le monde le connaît, — un homme de quarante-cinq à quarante-six ans, resté blond, œil bleu céleste, favoris et barbiche jaunes, sans moustaches, joues colorées, nez un peu trop court par rapport à l’échelle du visage, tête assez forte, épaules larges, taille au-dessus de la moyenne, ventre au début du bedonnement, pieds mieux compris au point de vue de la solidité que de l’élégance, — en réalité, l’air d’un brave homme, qui était bien de son pays. ”
Van Mitten
Définition et enjeux
Le thème de “Van Mitten” a été abordé par des auteurs tels que Jules Verne, Théodore Duret, Octave Mirbeau, Georges Courteline ou Achille Segard. Il est souvent associé à des termes comme Kéraban, Bruno, Rotterdam, le mariage ou Kurdistan.
Citations sur “Van Mitten”
“ DANS LEQUEL VAN MITTEN SE DÉCIDE À CÉDER AUX OBSESSIONS DE BRUNO, ET CE QUI S’ENSUIT « Un singulier pays ! écrivait Van Mitten sur son carnet de voyage, en notant quelques impressions prises au vol. Les femmes travaillent à la terre, portent les fardeaux, tandis que les hommes filent le chanvre et tricotent la laine ! » ”
“ Mais, après tout, Van Mitten, vous êtes libre ! Vous n’êtes ni mon parent ni mon serviteur ! Vous n’êtes que mon ami, et un ami peut tout se permettre, même de briser les liens d’une vieille amitié ! — Kéraban !... mon cher Kéraban !... répondit Van Mitten, très ému de ce reproche. — Vous resterez donc à Atina, s’il vous plaît de rester à Atina, ou même à Trébizonde, s’il vous plaît de rester à Trébizonde ! ”
“ Les pressentiments de Bruno se réaliseraient-ils ? L’avenir devait l’apprendre. Quoi qu’il en soit, à prévenir son maître, il avait rempli son devoir de serviteur dévoué, et, puisque Van Mitten était résolu à continuer ce voyage, aussi absurde que fatigant, il n’avait plus qu’à le suivre. Cette route littorale longe presque invariablement les contours de la mer Noire. Si elle s’en éloigne quelquefois, pour éviter un obstacle du terrain ou desservir quelque bourgade en arrière, ce n’est jamais que de quelques verstes au plus. ”
“ Van Mitten avait en Bruno un serviteur absolument dévoué. Ce brave homme, au physique, ressemblait quelque peu à son maître, — autant, du moins, que son respect le lui permettait : habitude de vivre ensemble depuis de longues années. En vingt ans, ils ne s’étaient peut-être pas séparés un seul jour. Si Bruno était moins qu’un ami, dans la maison, il était plus qu’un domestique. ”
“ Van Mitten, disait Kéraban, regrettez-vous encore l’entêtement, — entêtement légitime, — de votre ami et correspondant, qui vous a forcé de le suivre en un pareil voyage ? — Non, Kéraban, non ! répondait Van Mitten, et je le recommencerai, quand il vous plaira ! — Nous verrons, nous verrons, Van Mitten ! — Et toi, ma petite Amasia, que penses-tu de ce méchant oncle, qui t’avait enlevé ton Ahmet ? — Qu’il est toujours ce que je savais bien, le meilleur des hommes ! répondit la jeune fille. — Et le plus accommodant ! ajouta Nedjeb. ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ « Décidément, Van Mitten, dit Kéraban, vous êtes bien le plus fieffé têtu que je connaisse ! — Après vous, Kéraban, après vous ! — Moi ? — Vous ! s'écria le Hollandais, qui ne se maîtrisait plus. Mais regardez donc la fumée du latakié, qui s'échappe de mes lèvres ! — Et vous, riposta Kéraban, la fumée du tombéki, que je rejette comme un nuage odorant ! » ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ Que pouvait faire de mieux le serviteur de Van Mitten, si ce n'est de rêver, les yeux ouverts, et de combattre le sommeil, en réfléchissant à la série d'aventures, dans lesquelles l'entraînait son maître, à la suite du plus têtu des Osmanlis ? Ainsi, lui, un enfant de l'ancienne Batavie, un traîneur du pavé de Rotterdam, un habitué des quais de la Meuse, un pêcheur à la ligne émérite, un musard des canaux qui sillonnent sa ville natale, il avait été transporté à l'autre extrémité de l'Europe! ”
“ Je sommeillais, répondit Van Mitten.—Voilà ce que peuvent les natures placides! Là où personne ne saurait prendre un instant de repos, un Hollandais trouve encore le moment de sommeiller!—Je n'ai jamais vu pareille nuit! dit l'un des gardiens. Le vent bat en côte, et qui sait si demain les roches d'Atina ne seront pas couvertes d'épaves!—Est-ce qu'il y avait quelque navire en vue? demanda Ahmet.—Non ... répondit le gardien, du moins, avant le coucher du soleil. Lorsque je suis monté au haut du phare pour l'allumer, je n'ai rien aperçu au large. ”
“ Voilà qui me coûterait une livre par jour... au moins ! — Au moins ! répondit Nizib. — Mais vous allez voir cela, au coucher du soleil, Van Mitten, reprit Kéraban, et vous serez émerveillé ! Ce sera comme une transformation magique, qui d’une ville morte fera une ville vivante ! Ah ! messieurs les nouveaux Turcs, vous n’avez pas encore pu modifier ces vieux usages avec toutes vos absurdes innovations ! Le Koran tient bon contre vos sottises ! Que Mahomet vous étrangle ! — Bon ! ami Kéraban, répondit Van Mitten, je vois que vous êtes toujours fidèle aux anciennes coutumes ? ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ Saraboul alla franchement à lui : « Qu'avez-vous à nous dire, seigneur Van Mitten? demanda-t-elle d'un ton suffisamment contenu pour permettre à une discussion de commencer sans trop d'éclat. — Allons! Parlez! dit plus durement Yanar. — Si nous nous asseyions? dit Van Mitten, qui sentait ses jambes se dérober sous lui. — Ce que l'on peut dire assis, on peut le dire debout! répliqua Saraboul. Nous vous écoutons ! » ”
“ « Si vous voulez, reprit Saraboul de ce ton doucereux qui ne permet pas la moindre contradiction, si vous le voulez, nous ne passerons que quelques heures à Scutari ? — Si je le veux ?... — N’êtes-vous pas mon maître, seigneur Van Mitten ? ajouta l’insinuante personne. — Oui ! murmura Bruno, il est son maître... comme on est le maître d’un dogue qui peut, à chaque instant, vous sauter à la gorge ! — Heureusement, se disait Van Mitten, demain... à Scutari... rupture et abandon !... Mais quelle scène en perspective ! » ”
“ Van Mitten pensait à ce voyage imprévu, et ne cessait de se demander pourquoi lui, citoyen des provinces bataves, il était lancé sur les routes littorales de la mer Noire, lorsqu'il pouvait tranquillement rester dans le faubourg de Péra, à Constantinople.Ahmet, lui, avait franchement pris son parti de ce départ. Mais il était bien décidé à ne point épargner la bourse de son oncle, dans tous les cas où un retard devrait être évité ou un obstacle franchi à prix d'argent. On irait par le plus court, mais aussi par le plus vite. ”
“ « Madame Van Mitten, depuis cinq semaines, décidée à rejoindre son mari, est partie pour Constantinople. » Décidée !... pas décédée ! — Il n’est pas veuf ! » Ces mots s’échappaient de toutes les bouches, pendant que Kéraban s’écriait, non sans raison cette fois : « Encore une erreur de ce stupide télégraphe !... Il n’en fait jamais d’autres ! — Non ! pas veuf !... pas veuf !... répétait Van Mitten, et trop heureux de revenir à ma première femme... par peur de la seconde ! » Quand le seigneur Yanar et la noble Saraboul apprirent ce qui s’était passé, il y eut une explosion terrible. ”
“ « Vous l’entendez, mon frère ! dit-elle. — Je l’entends ! — Votre sœur vient d’être jouée ! — Outragée ! — Et ce traître est encore vivant ?... — Il n’a plus que quelques instants à vivre ! — Mais ils sont enragés ! s’écria Van Mitten, véritablement inquiet de l’attitude menaçante du couple kurde. — Je vous vengerai, ma sœur ! s’écria le seigneur Yanar, qui, la main haute, marcha vers le Hollandais. — Je me vengerai moi-même ! » Et, ce disant, la noble Saraboul se précipita sur Van Mitten, en poussant des cris de fureur qui furent heureusement entendus du dehors. ”
“ Pourquoi ne jurerais-je pas?—Parce que c'est souvent chose difficile a tenir un serment!—Moins difficile à tenir que sa langue, en tout cas, Van Mitten, car il est certain qu'en ce moment et pour le plaisir de me contredire....—Moi, ami Kéraban?—Vous! ... et quand je vous répète que je suis résolu à ne plus jamais m'entêter sur rien, je vous prie de ne point vous entêter, vous, à me soutenir le contraire!—Allons, vous avez tort, monsieur Van Mitten, dit Ahmet, grand tort, cette fois!—Absolument tort! ... dit Amasia en souriant. ”
“ Ça lui coûtera plus cher que votre averse de tulipes ! — Ça coûtera ce que ça coûtera ! riposta le seigneur Kéraban, d’un ton sec. Mais je trouve que l’ami Van Mitten n’a pas payé sa liberté d’un trop haut prix ! Voilà ce que c’est de n’avoir affaire qu’à une seule femme ! Mahomet connaissait bien ce sexe enchanteur, quand il permettait à ses adeptes d’en prendre autant qu’ils le pouvaient ! — Certes ! répondit Van Mitten. Je pense que dix femmes sont moins difficiles à gouverner qu’une seule ! ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ Bah! mariage provisoire, ami Van Mitten, répondit Kéraban, et madame Saraboul payera cher ses fantaisies de veuve par trop consolable! Oui, quand vous lui apprendrez que ces fiançailles ne vous engagent en rien, puisque vous êtes déjà marié à Rotterdam, quand vous lui donnerez congé en bonne forme, je veux être là, Van Mitten! En vérité! il ne peut pas être permis d'épouser les gens malgré eux! C'est déjà beaucoup quand ils veulent bien y consentir! ”
“ Venez ! » Et le seigneur Kéraban fit quelques pas vers le fond de la place. « Il n’y a pas moyen de résister à ce diable d’homme ! dit Van Mitten à Bruno. — Comment, mon maître, vous allez céder à un pareil caprice ? — Que je sois ici ou ailleurs, Bruno, du moment que je ne suis plus à Rotterdam ! — Mais... — Et, puisque je suis mon ami Kéraban, tu ne peux faire autrement que de me suivre ! — Voilà une complication ! — Partons, » dit le seigneur Kéraban. ”
“ Si je vous ai invité à dîner à Scutari, est-ce que je ne vous conduis pas à Scutari ? Est-ce ma faute, si ma chaise a été brisée sur ce maudit chemin de fer ? » Oh ! oui ! c’était sa faute et rien que sa faute ! Mais le Hollandais se garda bien de le lui reprocher ! « Est-ce ma faute, si le mauvais temps nous menace, quand nous n’avons plus qu’une araba pour tout véhicule ? Voyons ! parlez ! » Van Mitten, troublé, ne savait déjà plus que répondre. ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ En vérité, je vous trouve singulièrement contenu! - Vous savez, répondit Van Mitten, les Hollandais!. La Hollande est un pays de digues !. Il y a des digues partout ! - Il n'y a pas de digues au Kurdistan! s'écria la noble Saraboul, blessée de tant de froideur. — Non ! il n'y en a pas ! riposta le seigneur Yanar, en secouant le bras de son beau-frère, qui faillit être écrasé dans cet étau vivant. - Heureusement, ne put s'empêcher de dire Kéraban, il sera libéré demain, notre ami Van Mitten ! ”
“ DANS LEQUEL VAN MITTEN RACONTE UNE HISTOIRE DE TULIPES, QUI INTÉRESSERA PEUT-ÊTRE LE LECTEUR. La chaise de poste, attelée de chevaux frais, avait quitté Odessa vers une heure de l’après-midi. Le seigneur Kéraban occupait le coin de gauche du coupé, Van Mitten, le coin de droite, Ahmet, la place du milieu. Bruno et Nizib étaient remontés dans le cabriolet, où le temps se passait pour eux moins à causer qu’à dormir. Un soleil assez vif égayait la campagne, et les eaux de la mer se détachaient en bleu sombre sur les falaises grisâtres du littoral. ”
“ Oui ! par Allah ! mieux vaudrait avoir déraillé, avoir perdu bras, jambes et tête, entendez-vous, que de survivre à pareille honte ! — Croyez bien, ami Kéraban !... reprit Van Mitten, qui ne savait comment pallier ses imprudentes paroles. — Il ne s’agit pas de ce que je puis croire ! répondit Kéraban en marchant sur le Hollandais, mais de ce que vous croyez !... Il s’agit de la façon dont vous envisagez ce qui vient d’arriver à l’homme qui, depuis trente ans, se croyait votre ami ! ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ Mais enfin, tous avaient échappé au péril, — l'oncle et le neveu, un peu roussis sans doute, leurs compagnons, sans même avoir ressenti la plus légère brûlure. A trois verstes de là, le postillon, maître de ses chevaux, s'était arrêté. Aussitôt les flammes éteintes, il avait rallumé les lanternes de la chaise, et, guidés par cette lueur, les voyageurs purent la rejoindre sans danger, sinon sans fatigue. Chacun reprit sa place. On repartit, et la nuit s'acheva tranquillement. Mais Van Mitten devait conserver un émouvant souvenir de ce spectacle. ”
“ En Hollande, où l’on n’a qu’une femme, il est quelquefois bien difficile d’avoir raison dans son ménage ! — Bon ! bon ! mon maître ! Ne parlons pas de cela !... Parlons-en le moins possible ! » Puis, Bruno, se retournant vers le café toujours désert : « Eh ! mais il me semble que voilà un café, dit-il. Nous nous sommes exténués à descendre ce faubourg de Péra ! Le soleil de la Turquie chauffe comme une gueule de four, et je ne serais pas étonné que mon maître éprouvât le besoin de se rafraîchir ! — Une façon de dire que tu as soif ! répondit Van Mitten. — Eh bien, entrons dans ce café. » ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ Et maintenant, dit Van Mitten, je pense, ami Kéraban, que vous ne voyez aucune objection à ce que nous allions dormir jusqu'au moment où arriveront les chevaux de renfort ? — Je n'en vois aucune, répondit Kéraban, après avoir réfléchi, avant de faire cette réponse un peu extraordinaire de la part d'un homme qui n'était jamais à court d'objections. — Je veux croire que nous n'avons rien à craindre? ajouta le Hollandais, au milieu de cette plaine absolument déserte? ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ Et ce fut tout; mais la main de Van Mitten chercha la main de Kéraban, qui accueillit ce repentir par une généreuse pression, dont les doigts du Hollandais devaient porter longtemps la marque. Il était alors neuf heures du soir. La nuit se faisait très sombre. L'orage venait d'éclater avec une extrême violence. L'horizon s'embrasa de grands éclairs blancs, bien qu'on ne pût entendre encore les éclats de la foudre. La bourrasque devint bientôt si forte, que, plusieurs fois, on put craindre que l'araba ne fût renversée sur la route. ”
“ Je sais comprendre les insinuations... — Il n’y a pas eu la moindre insinuation de ma part, répondit Van Mitten, qui, sans trop savoir pourquoi, — peut-être sous l’influence du bon dîner qu’il venait de faire, — commençait à s’impatienter de cette insistance. — Il y en a eu, répliqua Kéraban, et, à mon tour de vous faire une observation ! — Faites donc ! — Je ne comprends pas, non ! je ne comprends pas que vous vous permettiez de fumer du latakié dans un narghilé ! C’est un manque de goût indigne d’un fumeur qui se respecte ! ”
“ à la vue de cette araba, Van Mitten, si philosophe qu'il fût, et Bruno, absolument éreinté, ne purent dissimuler une certaine grimace qu'un simple regard du seigneur Kéraban dissipa en un instant.«Voilà tout ce que j'ai pu trouver, mon oncle! dit Ahmet en montrant l'araba.—Et c'est tout ce qu'il nous faut! répondit Kéraban, qui, pour rien au monde, n'eût voulu laisser voir l'ombre d'un regret à l'endroit de son excellente chaise de poste.—Oui ... reprit Ahmet, avec une bonne litière de paille dans cette araba....—Nous serons comme des princes, mon neveu!—Des princes de théâtre! ”
“ Eh bien, dit Kéraban, dînons aussi confortablement et aussi longuement que le comportent les circonstances. — Oui, dînons, répondit Van Mitten. — Et dînons bien, si c’est possible ! murmura Bruno, en regardant son ventre amaigri. — Peut-être cette halte, reprit le Hollandais, nous donnera-t-elle un peu de l’imprévu qui manque à notre voyage ! Je pense que mon jeune ami Ahmet nous permettra de respirer ?... — Jusqu’à l’arrivée des chevaux, répondit Ahmet. Nous sommes déjà au neuvième jour du mois ! — Voilà une réponse comme je les aime ! répliqua Kéraban. Voyons ce qu’il y a à l’office ! ”
