“ Car — et c’est ici le moment de revenir à la vie physique, que nous avons laissée de côté pour parler de la vie intellectuelle, — Castaing n’est pas riche ; Castaing vit d’une modique pension que lui fait sa mère ; à peine si le fruit de ses travaux peut lui rapporter cinq ou six cents francs par an ; il a une maîtresse, très-pauvre elle-même, veuve avec trois enfants ; lui-même en a eu d’elle deux autres : c’est donc une famille de six personnes qui est à la charge du jeune médecin, encore sans clientèle. Cette famille, au reste, il l’adore, ses enfants surtout. ”
Dr Castaing
Définition et enjeux
Citations sur “Dr Castaing”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Ils reviennent à Paris : Castaing dit dans l'instruction qu'il a été chez lui; plus lard, il se rétracte, il a craint d'être retenu par son frère, arrivé le jour même. Quel intérêt si puissant appelle donc Castaing à Saint-Cloud ? Il va prendre l'air: Auguste a trois chevaux, des voitures; cependant on prend une voiture de place. ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Je descendis et je remontai ensuite; il se plaignait beaucoup; M. Castaing me dit que ce ne serait rien , qu'il m'avait envoyé chercher pour le conduire à Paris , mais qu'il n'irait que le lendemain, parce que le médecin lui avait recommandé de rester auprès de son ami. M. Auguste me dit qu'il était bien malade ; je le consolai, je lui dis que j'espérais bien le ramener le lendemain à Paris. a Je ne crois pas , me dit-il ; si j'ai le bonheur de pouvoir partir demain, je laisserai 50 fr. à l'auberge pour les pauvres. ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Comme ce rôle est facile. Mais mettez-vous à la place d'un ami auprès de son ami mourant, et voyez s'il est aussi facile de juger. Il est minuit, on ne sera à Paris qu'à une heure. Est-il naturel de penser qu'à cette heure-là un médecin voudra venir à Saint-Cloud, où il y a d'autres médecins? Si Castaing y avait été lui-même, l'accusation n'aurait pas manqué de lui dire : « Pourquoi avez-vous quitté votre ami mourant? Vous aviez là un médecin. Ne pouviez-vous pas envoyer quelqu'autre à Paris ? Certainement vous aviez quelque projet. » ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ D. Est-ce vous, ou la domestique ? R. C'est moi, autant que je puis me le rappeler. Boutillier, autre garçon de l'auberge, était le domestique malade; il déclare , comme la fille Abert, que Castaing n'est resté que cinq minutes auprès de lui. Il n'a nullement entendu le bruit des chiens et des chats. Dugois , commissionnaire, a été porter l'ordonnance de la potion chez Anselme. Il ne sait rien. On rappelle la fille Habert, et on lui demande s'il restait du vin chaud dans la théyère. Elle répond négativement. ”
Alfred de Vigny,
Revue des Deux Mondes
“ Aussi je n’en veux plus parler, même à vous, chère amie. Après l’ennui de souffrir ces lentes affections nerveuses, le plus grand c’est de les décrire. Dans les temps de médecins où nous vivons, il est bon de s’avertir. Je suis persuadé que Castaing serait acquitté aujourd’hui. Il n’aurait qu’à dire au tribunal : « Je suis homéopathe, j’ai donné du poison, c’est tout simple. Tout médicament est un poison. Si la dose était un peu trop forte, tant pis pour le malade, sa constitution n’a pas permis de le guérir. » ”
“ Castaing paraissait fort inquiet des résultats qu’amènerait l’autopsie ; du reste, il semblait persuadé que, si le corps ne présentait aucune trace de poison, il serait immédiatement remis en liberté. L’autopsie eut lieu : on en rédigea un procès-verbal fort circonstancié ; mais nulle part, ni sur la langue, ni dans l’estomac, ni dans les intestins, on ne put constater la présence d’une substance vénéneuse. En effet, l’acétate de morphine, comme la brucine, comme la strychnine, ne laisse d’autre trace que celle que laisserait une congestion cérébrale, ou une attaque d’apoplexie foudroyante. ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Menacé de phthisie pulmonaire, par son état même il devait être disposé à s'at- tacher davantage à un ami qui, comme Castaing, pouvait lui être d'autant plus utile par ses connaissances en médécine, que l'ami et le médecin ne faisant qu'un, la tendresse du premier devait encore ajouter au zèle du se- cond. On sent même que quand la jeunesse de Castaing eût fait penser à Hippolyte qu'il convenait de confier le soin de sa santé à des hommes plus mûris dans leur art, Castaing n'en était pas moins précieux pour lui, surtout s'il en était véritablement aimé. ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ La servante de la maison survint. Auguste lui dit : (1 J'ai trop mis de citron dans ce vin; il est si amer que je ne puis le boire. ) La servante en goûta, et le trouva effectivement bien sur; elle se retira. Les deux amis se couchèrent. Cette nuit n'a eu pour témoin que Castaing : l'on sent que son récit ne peut être admis qu'avec une extrême circonspection. Quoi qu'il en soit, voici ce dont lui-même est obligé de convenir. Auguste fut agité toute la nuit; il ne dormit pas : il se plaignit plusieurs fois à Castaing de ne pouvoir rester en place. Il eut des coliques ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ On y voit que Castaing est dans un état de mouvement et d'agitation remarquable: il fait quatre ou cinq absences dans la journée; il sort une première fois dès quatre heu- res du matiu, et fait même relever les. gens pour sortir à cette heure indue; il sort une seconde fois après avoir fait prendre du lait à Auguste ; il rentre. L'état d'Auguste empire au point qu'on est obligé d'aller chercher le méde- cin. Au lieu d'être resté auprès d'Auguste, Castaing était sorti une troisième fois; il sort une quatrième fois pour accompagner le médecin; on administre son ami vers trois ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Les sentimens généreux ne produisent pas de crimes, et l'amitié ne donne jamais, quand elle n'est que l'amitié, le conseil d'en commettre. Auguste ne savait pas au juste quel intérêt pouvait avoir suggéré à Castaing cette conduite, contraire à toutes les lois de la morale. Castaing avait-il lui-même fait son marché avec Lebret ? Castaing attendait-il une récompense de lui, Auguste, et se proposait-il de la réclamer à la première occasion ? ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Castaing y paraît abîmé dans le recueillement, la douleur et la piété; et néanmoins, le prêtre sorti, il sort lui-même et reste absent deux heures. De plus, et dans cette même journée , il s'était décidé à faire venir à Saint-Cloud le domestique Jean et le cabriplet d'Auguste ; mais en le faisant venir il redouble de précautions pour qu'aucun des amis ni des parens d'Auguste ne sache où il est, n'apprenne qu'il est malade et ne puisse approcher de son lit; il donne par écrit à tous les domestiques de Ballet l'ordre formel de se taire; il leur dit que c'est l'expresse volonté d'Auguste. ”
“ Une heure après la mort d’Auguste Ballet, M. Martignon, son beau-frère, prévenu par une lettre de Castaing qu’Auguste Ballet ne passerait pas la journée, accourut à Saint-Cloud, et, en effet, trouva le malade expiré. Pendant qu’on procédait dans l’auberge à la recherche de tous les objets pouvant jeter quelque lueur sur la cause de cette mort, Castaing, encore libre, s’absenta pendant près de deux heures. À quoi employa-t-il cette seconde absence ? On l’ignore. Le besoin de prendre l’air fut le prétexte ; une promenade dans le bois de Boulogne fut le but qu’il indiqua. ”
Georges Gaudy,
Revue des Deux Mondes
“ Je vais m’asseoir près de Castaing et nous échangeons quelques mots. Des 150 commencent à tomber autour de nous — Ils ont vu remuer la terre : ils arrosent ! dit l’aspirant. Un grand bruit dans la tranchée, à gauche. Merlot vient d’être enterré. On le dégage. Ce n’est rien. Je lève les yeux et j’aperçois sur le parapet une paire de pieds, chaussés de bottes — Tu regardes ces pieds ! me dit Castaing, ce sont ceux du Prussien de Vallegeas. On l’a mis dans un trou d’obus ; on a jeté sur lui un peu de terre, mais ils l’ont mal placé. ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Castaing, devant la demoiselle Percillié, présentait Lebret comme ayant reçu les 100,000 francs; Auguste lui-même a cru, pendant toute sa vie, que c'était Lebret qui les avait reçus : bien affreuse calomnie, dont un innocent a failli devenir la victime; calomnie qui ne s'est éclaircie que tard, et qui est un crime nouveau ajouté à tous ceux dont Castaing s'est rendu coupable. Ce n'est pas Lebret qui a reçu les 100,000 francs; il n'en a pas reçu un denier : il le proteste. Il proteste n'avoir eu jamais de double du testament d'Hippolyle; il proteste que nulle proposition n'a été agréée par lui ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Castaing ne voyait-il pas Auguste tous les jours ? Ne pouvait-il pas, en mettant du poison dans ses alimens, en commettant le crime dans sa maison même, faire peser les soupçons sur un plus grand nombre? Non, il aime mieux s'isoler, il prend soin de dire à tous : « Un crime a été commis. J'étais là, j'y étais seul; il n'y a que moi qu'on puisse soupçonner. » Il y aurait dans une telle conduite une complète aberration d'esprit. On lui reproche d'avoir jeté des vomissemens ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Ces études qu'il faisait, sont celles-là même auxquelles se sont appliqués tant d'illustres savans qui, comme les Boërhaave, les Bécher, les Rouelle, les Lavoisier, ne s'en sont servis que pour devenir les bienfaiteurs de l'humanité. Tout est bon aux bons; tout aux méchans est moyen de nuire. Castaing ne s'enfonça pas dans ces secrets de science, peut-être pour en faire un mauvais usage ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Castaing, muni du poison, repart pour Saint-Cloud; il se sert du même cabriolet pour arriver plus tôt, et il le quitte ou à Boulogne, ou sur le pont de Saint-Cloud. Pourquoi à cet endroit? Cette circonstance est inexplicable dans le sens de la défense; elle est naturelle dans le sens de l'accusation. il avait dit qu'il allait promener ; le System aurait décélé son voyage.Avant de rentrer furtivement à Saint-Cloud, il s'arrête dans le cabriolet, dit-il, il mélange les deux substances, les renferme dans la même fiole où était l'acétate, et arrive chez Cornaille ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Le mort était Claude-Auguste Ballet, avocat, âgé * deL25 ans, et fils d'un riche notaire de Paris ; Le vivant était Edme-Samucl Castaing, âgé de 27 ans, issu d'usé famille honorablement placée dans la société, quoique peu riche ; il était docteur en médecine. Castaing avait repu l'éducation que comportait la position de ses parens. Après ses études finies, comme il fallait vivre, ils voulurent qu'il prît un état; il choisit celui de médecin. Beaucoup de temps est nécessaire dans cette profession pour s'instruire et pour se former une pratique. ”
“ Puis, maintenant, nous avons vu comment, le 29 mai, il arrive à Saint-Cloud avec Auguste Ballet, et comment, le 1er juin, Auguste Ballet expire, le laissant son légataire universel. La veille, pendant une absence à laquelle il a donné une promenade pour prétexte, Castaing a été à Paris : il a acheté chez un premier pharmacien douze grains, et chez un second un demi-gros d’acétate de morphine, c’est-à-dire de ce même poison végétal qui ne laisse aucune trace, et dont il a déjà acheté dix grains, dix-sept jours avant la mort d’Hippolyte Ballet. ”
Charles Dupressoir, Drames judiciaires. Causes célèbres de tous les peuples… (1857)
“ Castaing alors, sur l'avis de M. Pigache, alla chercher le curé de Saint-Cloud, auquel il dit que la maladie d'Auguste était une fièvre cérébrale. Pendant qu'on administrait l'extrême-onction à son ami, Castaing resta à genoux, priant avec un tel recueillement, une telle ferveur, que le sacristain qui assistait le curé fut frappé, et dit à celui-ci, en le lui désignant du geste : «. Voilà un jeune homme bien pieux. » La cérémonie terminée, Castaing sortit de nouveau, il resta dehors une ou deux heures. ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Le sieur Martignon, cousin de la partie civile, l'a accompagné à Saint-Cloud; il ne dépose que des faits déjà racontés par son cousin. Le sieur Georgerat, ami d'Auguste, a été surpris étrangement à la nouvelle de sa mort; il s'est rendu à SaintCloud avec Raisson. Castaing était à sa toilette. Il leur dit, en leur racontant la maladie d'Auguste, que le vin chaud était si rempli de citron qu'il n'en avait bu que peu, ou qu'il n'en avait pas bu; que les déjections d'Augustè étaient si fétides, qu'il avait voulu qu'on les sortît de l'appartement. ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Au moment donc de la mort d'Hippolyte, Castaing appelle Anguste. Auguste et Martignon viennent; Castaing se fait donner-la mission d'alter parler à Lebret : il y va. Il lui parle de tout ce qu'il veut, et sûrement ne lui dit pas un mot de la suppression du double qu'il avait lui-même en sa possession, de quelque manière qu'il se la fût procurée, et que certainement Lebret n'avait pas. Il revient. ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ A Saint-Cloud, Castaing joue le premier rôle; il porte la parole, payela dépense; on voit que c'est pour son compte que le voyage a lieu. Le lendemain, c'est toujours Auguste qui parle, suivant l'accusé, Auguste veut boire du vin chaud, il a acheté du sucre, du citron. Personne n'a vu assaisonner ce vin. On ne sait si la théyère a été empoisonnée, ou seulement le verre d'Auguste, mais enfin, Auguste est malade, il a des coliques, il souffre toute la nuit, mais l'effet est manqué : Auguste n'a sans doute pas bu assez de poison ; il faut un supplément. ”
Affaire Castaing. Accusation d'empoisonnement… (1823)
“ Une lettre de ce père lui reproche bien vivement et la vie licencieuse à laquelle il se livre, et les amers chagrins dont il abreuve le cœur de son père et de sa mère. Telle est, pourtant, l'organisation humaine, que les défauts ont aussi leurs qualités. Cette ardeur de Castaing, qui, tournée vers le mal, pouvait produire des vices. pouvait, tournée vers le bien, produire des vertus. Elle engendra chez lui une grande application au travail. Futce soif de faire fortune? fut-ce goût de la cience ? Il est certain, du moins, qu'il voulut devenir un homme distingué dans son état ”
J.-B.-J. Champagnac, Chronique du crime et de l'innocence…
“ On n'avertit pas la famille de l'agonie d'Auguste; l'infortuné n'était pas encore dépouillé. Castaing voulait les deux clefs d'Auguste; ce n'est que lorsqu'il les possède qu'il avertit la famille. Il remet les clefs au nègre pour les porter à Malassis; mais ce serviteur fidèle conçoit des soupçons. ”
Charles Dupressoir, Drames judiciaires. Causes célèbres de tous les peuples… (1857)
“ Chaque heure, chaque minute, chaque seconde pouvait renverser de fond en comble les espérances de Castaing. Mais Castaing savait trop ce qu'en pareil cas il est possible de faire, et quel était le moyen de fixer à jamais les choses dans l'état où elles étaient encore. Il n'y avait même pas, pour d'autres raisons, beaucoup de temps à perdre : Auguste venait de réaliser un capital de 100,000 francs. Cela n'est pas douteux, car peu de jours avant le voyage de Saint-Cloud, il les avait montrés à son ami Raisson, qui en a déposé. ”
“ Auguste Ballet meurt à son tour le 1er juin, sept mois après son frère. Maintenant, voici ce que l’instruction avait découvert sur les deux points qui sont, en pareil cas, l’objet des investigations de la justice, c’est-à-dire sur la vie intellectuelle et sur la vie physique de Castaing : Comme vie intellectuelle, Castaing est un grand travailleur dévoré d’ambition, brûlé du désir de devenir riche ; sa mère, si l’on en croit une lettre saisie chez lui, en dit des horreurs ”
Oscar de Vallée,
Conclusions et réquisitoires, 1858-1868…
(1883)
“ Il revient le lendemain à huit heures; il ne l'a pas vue vomir le soir ; pourquoi revient-il ? pourquoi lui dit-il qu'elle a le choléra, comme il l'a dit à sa belle-mère ? comme Castaing le disait à sa victime ? Il y a dans ce rapprochement un rapport effroyable qui ne vous échappera pas. Et cependant il ne donne aucun secours à cette pauvre femme : il songe à ses assurances, et il ne veut pas compromettre son contrat. Il la sait empoisonnée, et il la laisse sans secours! Il est muet, insensible, il fuit, et il s'étudie à n'être vu de personne. ”
