“ Votre œuvre, c’est vous-même, Hellé. Vous avez la beauté du marbre et la grâce ailée de la strophe. Vous êtes la statue et le poème à la fois. Exilée parmi les barbares, vous vivez un rêve plus beau que nos œuvres. Il se rapprocha. — Rêvez un peu tout haut, je vous en prie, dit-il avec l’irrésistible sourire de l’homme qui connaît sa force et pressent sa victoire. Rêvez votre avenir ; je resterai silencieux à mon tour, pour vous écouter. — Hélas ! dis-je, je ne saurais vous répondre... Mon avenir ! Un voile le couvre, tour à tour sombre et brillant. ”
Hellé
Définition et enjeux
Le thème de “Hellé” a été abordé par des auteurs tels que . Il est souvent associé à des termes comme Grèce, hellénisme, Hellènes, Hélène ou Grecs.
Citations sur “Hellé”
“ EMBRASSEZ-MOI, MADEMOISELLE HELLÉ... — Vous oubliez, parmi vos défauts, la malice et la douce ironie, répliqua l’oncle Sylvain. Et, croyez-vous donc, madame, que je prétende réduire cette belle jeune fille à l’état de mademoiselle Dupont, l’insupportable licenciée ? Il y a cent espèces de femmes ; Hellé représente l’espèce la plus rare, la plus exquise ; mais elle est femme comme les Muses, comme Athéné. Parce qu’elle sait penser et comprendre, faut-il conclure qu’elle ne saura pas aimer ? Elle aimera autant qu’une autre, mieux qu’une autre, mais d’un clairvoyant et fier amour. ”
“ Mais cet homme ingénieux ne saurait te plaire. Les filles comme toi, Hellé, devraient être la récompense des héros. — Y a-t-il encore des héros, mon oncle ? — Oui certes ; mais, à notre laide époque, il faut savoir les découvrir. Ce que j’appelle le héros, Hellé, ce n’est ni le dompteur de monstres, ni le conquérant, ni même le grand savant, le grand artiste. C’est l’homme qui a su vivre d’une vie supérieure et, par le miracle du génie et de la vertu, créer en soi-même un demi-dieu. Il peut passer inaperçu dans la foule des médiocres ; il peut être incompris et bafoué ”
“ Je vous observai, Hellé, avec d’étranges alternatives d’espoir et de crainte. Connaissant votre esprit, je voulus éprouver votre cœur. Peut-être, accoutumé à l’émotion esthétique seulement, n’eût-il pas vibré au choc de la vie, au spectacle de l’infortune humaine. Peut-être deviez-vous représenter, dans les sphères supérieures de la société, le modèle vivant de la beauté faite pour s’épanouir, jouir, briller, éprise d’elle-même. ”
“ Comment, fit-elle en m’apercevant, vous inaugurez pour nous cette belle robe ? Deviendriez-vous coquette, sage Hellé ? Vous allez ravager le cœur poétique de Maurice, le cœur farouche de Genesvrier et le cœur doctoral de monsieur Gérard. Regardez-vous un peu. Entre deux appliques de bronze doré qui brillaient haut comme un double bouquet de petites flammes, un miroir ovale me renvoya mon image, et l’apparition, vêtue de satin nacre et de mousseline floconneuse, m’étonna comme celle d’une sœur divine. ”
“ Cette dissemblance serait, au contraire, un élément de sympathie, fit madame Marboy, pensivement... Non, Hellé, Antoine ne vous trouve point ridicule. Il n’éprouve aucun sentiment qui vous soit défavorable... mais... c’est un homme singulier. Il possède un don tout spécial de pénétrer les âmes, et peut-être vous connaît-il plus profondément que vous ne vous connaissez vous-même. ”
“ Crois-moi, Hellé, un mariage vulgaire, pourvu qu’il réunisse ce que le monde appelle des conditions de bonheur, — c’est-à-dire la fortune, la beauté, les titres, — pourra t’offrir quelque appât : garde-toi de te prendre à ce piège. Ce serait trahir à l’avance ton légitime possesseur. Le jour où tu seras en sa présence, tu sentiras une force irrésistible te pousser vers lui. Rappelle-toi mes paroles, petite fille, tu n’arriveras à l’amour que par l’admiration. L’oncle Sylvain me quitta sur ces mots. ”
“ Hellé ! C’était Maurice, pâle, ému, mais rayonnant de la double victoire que la clameur grondante et mes larmes lui promettaient. Sans que j’eusse rien dit, sans qu’il eût murmuré une prière, je me trouvai dans ses bras ; la rumeur de la salle souleva vers lui mon âme éperdue... Deux mots, un baiser, une promesse... Ce fut tout. Nous restâmes côte à côte, en silence, épuisés, enivrés, la main dans la main, pendant que le rideau se relevait sur la grève désolée de Leucade. Les flûtes pleuraient lugubrement à l’unisson du cœur... Alcée, Mélissa, Sapho, tour à tour reparurent. ”
“ Vous trouverez Hellé fort ignorante de beaucoup de choses, reprit M. de Riveyrac. C’est moi qui l’ai faite ainsi. J’ai voulu former une créature exceptionnelle qui ne fût pas un monstre moral. Je crois avoir réussi. Je ne lui ai jamais rien caché, et jamais elle n’a menti. Elle a le cerveau d’un homme et le cœur d’une vierge. Vous l’aimerez. ”
“ Je voudrais lire à mademoiselle de Riveyrac certains passages de mon drame et prendre son avis. — Assurément, Hellé vous sera de bon conseil ! dit Genesvrier, sans que je pusse distinguer dans son accent une nuance d’ironie. Il se leva pour partir. — Et vous, Genesvrier, dit Clairmont, que faites-vous ? Je sais que vous dirigez l’Avenir social. Mais votre livre va-t-il enfin paraître ? ”
“ Certains me prennent pour un fou. Je suis un révolté, seulement, poussé par une force que je subis en l’adorant, une surhumaine, une torturante aspiration vers la Justice. J’ai la foi, Hellé, j’ai l’espoir ; eux seuls me soutiennent. Oui, après les heures de lassitude et d’inertie, je me sens soulevé par un espoir insondable, immense, fort comme l’Océan. ”
“ Pourtant, mon Hellé, je vieillis, et je n’atteindrai pas l’âge du Centaure, éducateur d’Achille, que je devrais prendre pour patron. Je tremble de te laisser seule ici. Les gens de ce pays sont des barbares. Ils ne comprennent ni l’ordre, ni la beauté, mais ils ont un sens grossier de la grâce qui te vaudrait l’injure de leur amour. Il faut partir, ma chère fille. Il faut que tu connaisses la vie et les hommes pour choisir ton compagnon. Je le sais, ma petite, tu ne tiens pas à grossir de ta dot les rentes d’un boutiquier. Il est probable que tu épouseras un homme pauvre. ”
“ D’une voix sourde, il répondit : — Tant pis ! vous l’aurez voulu. — Eh bien ? — Eh bien ! votre cher ami Antoine Genesvrier n’est pas le héros impeccable que vous admirez béatement. Il court sur lui toute espèce de bruits... Parbleu ! il est malin, très malin, très fort, mais pas assez pour qu’on ne puisse deviner ses manœuvres. — Que voulez-vous dire ? Il sourit avec une ironie méchante. — J’ai pitié de vos illusions, Hellé. Vous vous croyez très sage, et vous êtes prodigieusement naïve. ”
“ J’avais caché sous ma pelisse deux volumes de Maurice Clairmont, empruntés à madame Marboy, et pendant que la voiture roulait vers Saint-Sulpice, il me semblait que j’emportais l’âme même du poète, réfugiée ainsi dans l’ombre, tout près de mon cœur. La voix de mon oncle m’arracha à ma rêverie. — Je suis content de ma soirée, Hellé. Bien que la robe de madame Gérard fût d’un velours rouge insupportable, j’ai pris grand plaisir à la conversation. Sais-tu que j’ai engagé Genesvrier à venir nous voir ? Mon enfant, c’est un homme extraordinaire. ”
“ Vous n’aimez que ce qui est beau, c’est-à-dire agréable aux yeux. Il y a des infortunes dignes de pitié sous une forme hideuse. Il y a des laideurs sacrées. — Vous parlez comme un chrétien. — Je parle comme un homme de mon temps. Croyez-vous qu’on puisse supprimer dix-neuf siècles d’histoire, mademoiselle Hellé ? Je ne suis pas chrétien, mais je n’ai pas oublié l’Évangile. Ah ! si vous vouliez ! — Vous me convertiriez ? — À l’éternelle religion qui subsiste sous toutes les religions et que ne détruit pas la chute des temples : à la religion de la justice... ”
“ Depuis le matin tombait la fine pluie d’automne sur les tours de Saint-Sulpice, sur les toits ruisselants, sur le jardin jaune et noyé. Mon âme sombrait dans la tristesse. Le coude sur l’appui du fauteuil, ma main pressant ma tempe douloureuse que la migraine étreignait, je regardais crépiter et s’écrouler les braises du premier feu de novembre, et j’écoutais Genesvrier assis en face de moi. — Vous me demandez pourquoi j’ai prolongé mon absence, disait-il. Vous m’adressez des reproches, Hellé. Savez-vous que votre petite colère me plaît mieux qu’un gracieux accueil ? ”
“ La compagne qu’il rêve — s’il rêve — n’existe nulle part. Vous-même, Hellé, dont il admire la haute intelligence, vous-même n’auriez pas le goût, ni le courage d’associer votre vie à la vie de Genesvrier. ”
“ J’AIMAIS DÉCOUVRIR LES SOURCES QUI JAILLISSAIENT AU RAS DU SOL, VIERGES ET CACHÉES COMME MA VIE... Il ne plaît point aux dames. Il ne s’adosse pas à la cheminée, sur le coup de onze heures, pour réciter des vers tendres et plats... Et c’est justement pourquoi je l’aime... Deviendrais-tu sotte, ma chère Hellé ? Quelque néo-idéaliste t’aurait-il rendue amoureuse ? Un monsieur pommadé, lauréat des grandes écoles, va-t-il me demander ta main ? ”
“ J’ai l’habitude de manier ce petit être maintenant. D’ailleurs, il n’a plus sa mine renfrognée. Il prend un aspect humain. — Mademoiselle Hellé s’en amuse beaucoup, dit Marie. — Vous commencez à l’aimer, peut-être ? fit Genesvrier. ”
“ Mais je vous en prie, Hellé, au nom de votre bonheur futur, défaites-vous de ces idées qui, amusantes, excusables chez la jeune fille, seraient intolérables chez la jeune femme. On vous a élevée comme un garçon très intelligent, dans une liberté qui convient au caractère viril et ne s’allie pas avec la réserve et la soumission féminines. Vous êtes capable de profondes affections, mais vous n’êtes pas sentimentale. ”
“ J’étais belle, je le savais, et je considérais ma beauté non comme un trésor qu’on peut exploiter pour de bas intérêts, mais comme un don précieux qui porte avec soi une joie sereine. — Vous êtes rayonnante, Hellé ! dit encore madame Marboy, avec une nuance d’affectueuse inquiétude. Il ne vous est arrivé rien d’extraordinaire, mon enfant ? — Absolument rien, chère madame. Elle parut rassurée. — Je vous ai placée entre monsieur Clairmont et mon neveu. Vous connaissez Maurice. Quant à Genesvrier, il ne vous parlera guère, car votre parure l’intimidera. ”
“ Mon père admirait la sensibilité de sa femme, et toute la famille me considérait comme un égoïste, un jacobin à cœur de roche. Mon refus de devenir prêtre aggrava le malentendu... Ah ! madame, quand j’ai dû, à mon tour, élever une jeune âme, j’ai fait serment de ne point l’énerver et de la dissoudre dans ce bain tiède de la sentimentalité. Je l’ai trempée dans les fécondes eaux de la vérité et de la sagesse. Hellé ne s’attendrira pas à tout propos ; mais elle n’amollira pas l’énergie de son mari : elle élèvera une race vraiment virile. ”
“ Parce que l’étude, les livres, la musique, la conversation des gens vénérables ne peuvent longtemps suffire au bonheur d’une jeune fille de vingt ans. Étrange destinée que la vôtre, mademoiselle Hellé. ”
“ Qu’ils me semblent lointains, ces après-midi d’éclatant azur, où je ne voyais d’autres bornes à mon univers que les murs du jardin immense, patrie des fruits vermeils et des fleurs, décor unique dont le thème éternel subsistait en mes plus vagues imaginations. Sous le figuier aux feuilles veloutées, entre les bardanes énormes et les bourraches sauvages qui épanouissent des étoiles bleues sur leurs grosses tiges hérissées d’un duvet d’argent, la petite Hellé apparaît dans mes souvenirs, laissant chanter son âme balbutiante... c’est là que mon oncle me surprit... ”
“ Mais que serait le bonheur, si le seul espoir du bonheur m’ébranle aussi profondément ! — Antoine, dis-je, je ne puis rien promettre, mais vous pouvez tout espérer. Je ne connais pas mon cœur ; je voudrais vous aimer, je le voudrais... Mais, quoi que je vous réponde dans trois mois, sachez ceci : je vous aime d’une éternelle amitié ; je vous estime au-dessus de tous les hommes, et je vous remercie de vous être attaché à moi. Si je ne deviens pas votre femme, je resterai votre sœur. — Merci, Hellé ! fit-il d’une voix étouffée. ”
“ Elle vous considère avec envie, n’en doutez point. — Qu’ai-je fait pour mériter cet honneur ? dit M. Clairmont en riant. — Hellé est une personne d’un autre temps, une jolie païenne. Vous n’ignorez point les travaux de son oncle, monsieur Sylvain de Riveyrac ? — L’auteur de la Morale antique, un philosophe plus artiste que bien des artistes ? Ah ! que je serais heureux de le rencontrer ! ”
“ Hellé restera chez nous. Si notre frère m’avait laissé un garçon, celui-ci n’aurait pas d’autre précepteur que moi-même. À notre petite nièce, un minimum de connaissances suffira, à moins qu’elle ne révèle des aptitudes extraordinaires. Croyez-moi, Angélie, l’éducation doit former des êtres harmonieux. Les esprits sont pareils aux plantes sauvages qui cherchent d’elles-mêmes l’ombre et le soleil qui leur convient. Il caressa mes cheveux, et une tristesse passa sur son beau visage, qui reproduisait avec une ampleur virile les traits corrects de mademoiselle Angélie. ”
“ J’aime ces profils gris des monuments que le Panthéon domine, et j’ai une tendresse particulière pour la vieille tour Clovis. Quand je suis fatigué, je m’assieds sur le balcon et je me repose dans la compagnie des moineaux francs et des jacinthes. Il vit mon air étonné. — Ceci vous surprend, mademoiselle Hellé ? Je n’ai pas la mine d’un jeune homme sentimental, et je ne prétends pas jouer Jenny l’ouvrière avec mes jacinthes et mes moineaux. Mais c’est la loi des contrastes et des réactions. ”
“ Je pris le bouquet de Maurice, et je suivis Genesvrier à travers les couloirs. L’air glacé, me frappant au visage, calma la fièvre qui me brûlait. Assise près d’Antoine, dans la voiture, je m’efforçai de parler sur un ton aisé et naturel, vantant le drame et l’admirable interprète. Il approuvait par mots brefs. Le fiacre tourna dans une ruelle obscure ; — et soudain j’eus le pressentiment, la certitude qu’Antoine savait tout, qu’il allait parler. — Ma chère Hellé... commença-t-il. ”
“ Il ne sait ni ne veut leur parler le langage qu’elles aiment et ne pense qu’à réformer l’humanité ! Il est le fidèle ami, le disciple du fameux Jacques Laurent. — Jacques Laurent, le pamphlétaire de l’Avenir social ? J’ai entendu mon oncle parler de lui avec admiration. — Laurent est un grand écrivain, mais un rêveur d’utopies... tout comme Genesvrier ! — Hellé, ma mignonne, un peu de thé ? dit madame Marboy. Une vapeur montait du samovar. Le reflet des lampes, empruntant une exquise nuance rose au crêpe des abat-jour, adoucissait le citron acide des tentures. ”
“ Vous en avez trop dit ou trop peu, Maurice. Il faut aller jusqu’au bout. — Apprenez donc que je trouve un peu excessive votre amitié pour un homme qui s’est tranquillement joué de vous... Oh ! j’ai ouï dire bien des choses, depuis quelques jours !... Vous avez cru qu’il admirait votre haute intelligence, et peut-être, flattée dans votre orgueil d’avoir conquis ce héros invincible pour toute autre femme, vous avez pensé avec joie qu’il vous aimait d’amour... Pauvre Hellé ! la vie achève à vos dépens votre instruction. ”
“ Genesvrier, ma nièce est revenue. Elle ne s’est point fait écraser par les voitures, comme vous en aviez peur, mais elle l’a échappé belle : la mère Gérard a voulu la marier à un futur ministre, à un futur académicien ! — Oncle Sylvain, taisez-vous, je vous en prie ! dis-je, en apercevant Antoine Genesvrier assis dans le salon. — Bah ! il faut bien nous divertir un peu aux dépens des barbares ! répliqua l’oncle, qui ne pouvait manifester assez la joie que lui causait ma résolution. Hellé épouser le petit Lancelot ! Hellé devenue la « dame » du ministre ! Hellé préparant des élections ! ”
