“ MAGUELONNE. Combien? SALTABADIL. Vingt écus. MAGUELONNE. Il valait plus que cela. SALTABADIL. Poupée! Va voir là-haut s'il dort. N'a-t-il pas une épée? Descends-la. Maguelonne obéit. L'orage est dans toute sa violence. On voit paraître, au fond du théâtre, Blanche, vêtue d'habits d'homme, habit de cheval, des bottes et des éperons, en noir; elle s'avance lentement vers la masure, tandis que Saltabadil boit et que Maguelonne, dans le grenier, considère avec sa lampe le roi endormi. ”
Maguelonne
Définition et enjeux
Citations sur “Maguelonne”
Alphonse Daudet,
Lettres de mon moulin
(1887)
“ Mais la plus belle de toutes les étoiles, maîtresse, c’est la nôtre, c’est l’Étoile du berger, qui nous éclaire à l’aube quand nous sortons le troupeau, et aussi le soir quand nous le rentrons. Nous la nommons encore Maguelonne, la belle Maguelonne qui court après Pierre de Provence (Saturne) et se marie avec lui tous les sept ans. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Quel homme, si toutes ses vertus eussent répondu à son courage et à sa force ! L'amour lui fit perdre dans le même jour l'estime de tout le monde, l'amitié du roi, et ternir pour jamais la gloire qu'il s'était acquise. Maguelonne faisait les délices du roi son père ; sa beauté, ses talents, sa sagesse, lui soumettaient les coeurs de tous ceux qui la voyaient ; le chevalier des Clefs en devint amoureux et l'enleva. On courut en vain après le ravisseur. ”
Edmond de Goncourt,
Quelques créatures de ce temps
“ Maguelonne! la ville! Maguelonne! la forteresse! Maguelonne! l'évêché! Maguelonne! la cathédrale! Maguelonne! la déserte! Maguelonne! une ferme! Maguelonne! les goëlands sur la plage! Maguelonne! les sabots des chevaux sur les tombes épiscopales!Le soleil tourne la hutte; la tête de la jeune femme est encore blottie dans l'ombre; mais le soleil va la gagner. Un homme à barbe noire, à membres robustes, sort prendre un vieux morceau de voile, il le jette au-dessus de la tête de la mariée, sur des pieux qui servent à sécher les filets. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ La beauté de Maguelonne était empreinte dans son coeur ; il brûlait d'ailleurs de voir les cours des princes et d'acquérir de la gloire. Ce qui l'inquiétait le plus était comment en obtenir la permission de ses parents. Il craignait non-seulement de les affliger, mais il sentait combien cette séparation lui coûterait à luimême ; son coeur était déchiré par mille passions différentes. La confiance qu'il avait dans sa mère le portait à s'adresser d'abord à elle, et quand il était sur le point de lui ouvrir son coeur, il était arrêté par la crainte de lui déplaire. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Maguelonne était trop belle pour n'avoir pas des adorateurs ; ce qui augmentait surtout la foule et l'assiduité des prétendants, était le trône de son père dont son époux devait hériter ; parmi ces amants, celui qu'elle aimait le moins et qui l'obsédait le plus, était un chevalier de la famille des ducs de Normandie, homme fier et dédaigneux, aussi brave qu'il était puissant et riche. ”
Louis Létang,
La belle hôtesse
(1883)
“ Vous êtes bien belle, maintenant, Maguelonne, mais comme vous étiez jolie toute petite ! Fraîche, rose, avec vos grands yeux aux longs cils, vous vous étiez éveillée et vos petites lèvres souriaient à Mathurine penchée sur vous. Je vous regardai longtemps émerveillé et peu à peu ma frayeur se dissipa. Il n'est rien de tel comme un sourire d'enfant pour vous alléger le coeur. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Pierre était dans l'inquiétude de savoir quel avait été l'effet du message de Nicé ; dans la crainte qu'il n'eût déplu à Maguelonne, il n'osait paraître à la cour. Il eut recours à la nourrice ; elle le rassura, et lui promit de s'intéresser pour lui, à condition que son amour n'aurait que des vues honnêtes. Pierre jura qu'il aimerait mieux mourir que de penser autrement. Aimer, servir et respecter Maguelonne était le seul but qu'il se proposait ; tout autre lui paraissait indigne d'un chevalier. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Les repas des rois ne sont pas toujours les festins des dieux ; le cérémonial incommode, la contrainte et le respect en bannissent souvent le plaisir et la gaieté. Pierre, sans oublier qu'il était assis à côté du roi, ne fit attention qu'à la beauté de sa fille ; il dévorait ses soupirs, et son coeur était déchiré par la passion la plus vive. Maguelonne éprouvait les mômes sentiments, et n'en voulait rien croire ; elle prenait ses transports pour de simples mouvements d'une admiration légitime, et sa tendresse pour une estime qu'on ne pouvait refuser à tant de vertus. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ « Grand Dieu ! s'écria Pierre en les embrassant, cruelle Émilie, vous ne m'avez pas préparé à cet excès de bonheur. O mon père! ô ma mère! ah ! je succombe à mon ravissement ! » Des larmes de tendresse coulèrent en abondance ; le chevalier était dans les bras du comte et de la comtesse ; des mots entrecoupés, des soupirs, des caresses exprimaient les sentiments dont il était agité : il eût eu bien de la peine à soutenir cette scène si louchante, si la présence de Nicé, qui vint au secours, ne lui eût rappelé dans ce moment que Maguelonne était absente. ”
“ Maguelonne. On frappe ! Saltabadil. On frappe ! C’est le vent qui fait craquer le toit. Blanche frappe de nouveau.Maguelonne. On frappe ! Elle court ouvrir la lucarne et regarde au dehors.Saltabadil. On frappe ! C’est étrange ! Maguelonne, à Blanche. On frappe ! C’est étrange ! Holà ! qu’est-ce ? On frappe ! C’est étrange ! Holà !À Saltabadil. On frappe ! C’est étrange ! Holà ! qu’est-ce ? Un jeune homme. Blanche. Asile pour la nuit ! Saltabadil. Asile pour la nuit ! Il va faire un fier somme ! Maguelonne. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Briser des casques, rompre des lances, culbuter des chevaliers, demandent un grand courage ; mais être jeune, amoureux, tenir dans ses bras, au fond d'un bois, une maîtresse dont on est aimé, résister aux désirs qu'elle excite et dont on sait bien qu'elle pardonnerait les téméraires effets, est un effort dont peu de chevaliers seraient capables. Pierre le fut, et Maguelonne s'endormit dans la plus grande sécurité. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Tant qu'il l'avait crue vivante, il s'était soutenu par l'espérance de la revoir un jour ; lorsqu'il se vit sans espoir, il ne désira plus que la mort. Les chevaliers, qui étaient bien éloignés de penser que Pierre fût l'amant de Maguelonne, crurent que son attaque était une rechute de sa maladie ; ils demandèrent du secours ; on le remit dans son lit ; quand ses convulsions furent un peu calmées, la supérieure vint ; elle connut, à son pouls et aux profonds soupirs qui s'exhalaient de son coeur, que son mal avait une autre cause que le dérangement de la machine. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ « Enfin, s'écrie-t-elle, il est retrouvé, Pierre est de retour ! » Mon fils, je ne vous peindrai pas nos transports; Maguelonne et moi avions l'air de deux bacchantes ; votre père n'était pas dans un meilleur état ; nous volions dans le palais ; nous embrassions nos domestiques en leur disant que vous étiez retrouvé ; ces pauvres gens pleuraient et nous tendaient les bras pour nous rendre nos caresses. Dans tous les villages des environs, la joie fit faire des extravagances. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Depuis qu'Émilie était supérieure, il ne lui était jamais arrivé de regarder aucun homme en face ; quelque effort qu'eût fait Pierre, jamais ses regards n'avaient pu percer l'épaisseur de son voile, et elle veut souper avec lui : il se confond en conjectures. Quel est son dessein ? n'est-ce que pour accélérer sa guérison qu'elle le flatte de l'espérance de revoir Maguelonne ? ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Et soudain, comme pour remplacer l'âme de son amant par la sienne, elle colle sa bouche sur sa bouche, et couvre son visage de larmes. Cependant on l'arrache de ses bras, Nicé appelle du secours ; le comte Jean et son épouse soutiennent leur fils; Maguelonne, à qui l'habitude de voir des malades avait appris les plus beaux secrets de la médecine, lui fait respirer des sels volatils qui le raniment ; il lui tend sa main ; des larmes de tendresse commencent à couler, et bientôt il a assez de force pour sentir son abattement ; peu à peu il recouvre la vue et la parole. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ « Voilà de bonnes nouvelles, lui dit-elle ; Maguelonne vit et ne vit que pour vous ; on ne vous a pas trompé, elle est dans un couvent. — Ah, madame, sans doute qu'elle y a fait des voeux ! Hélas ! elle avait juré d'être mon épouse, et c'est sur la foi des serments que nous quittâmes la cour de son père ! Mais, malheureux! de quoi vais-je m'inquiéter ? n'est-ce pas assez pour moi qu'elle vive ? » La supérieure l'assura qu'elle n'était liée par aucun engagement ; que ce n'était point à Rome, comme on l'en avait assuré, qu'elle avait choisi sa retraite, et que son couvent était en France. ”
“ Maguelonne. Livrons. C’est clair.Tu peux tuer le petit homme Quand il va repasser avec toute la somme. Cela revient au même. Blanche. Cela revient au même.Ô mon père ! Maguelonne. Cela revient au même. Ô mon père ! Est-ce dit ? Saltabadil, regardant Maguelonne en face. Hein ? pour qui me prends-tu, ma sœur ? suis-je un bandit ? Suis-je un voleur ? Tuer un client qui me paie ! Maguelonne, lui montrant un fagot. Hé bien ! mets dans le sac ce fagot de futaie. Dans l’ombre, il le prendra pour son homme. Saltabadil. Dans l’ombre, il le prendra pour son homme.C’est fort. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ « Songez-vous, lui ditelle, que ce serait vous compromettre, que vous attireriez sur lui la colère du roi, et qu'enfin à votre âge il ne vous est pas permis de disposer de votre main ? Que les amants sont injustes quand ou contrarie leurs passions! » Maguelonne s'emporta contre Nicé, protesta qu'elle n'aurait jamais d'autre époux que le chevalier, et la menaça d'aller elle-même tout déclarer à son père ; enfin elle finit par se jeter aux pieds de sa nourrice, en la suppliant d'avoir pitié ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Pourquoi courir au-devant d'un trépas que je ne puis éviter ? Il faut, dit-il, que je le souffre avec toutes les. angoisses ; heureux si, par ces souffrances, je pouvais expier mon crime ! O Maguelonne ! que diras-tu lorsque tu t'éveilleras ? tu n'auras que trop de raisons de me croire perfide ! Celui qui est assez lâche pour souffrir que tu quittes tes parents et que tu l'accompagnes, doit l'être assez pour t'abandonner, pour te conduire au fond des bois et t'y laisser périr. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Nicé, reprit Maguelonne, tu me parles de trônes, de grandeurs, de fortune, qu'est-ce que tout cela a de commun avec l'amour ? Tu me ferais détester mon rang, s'il me défendait d'être sensible aux vertus d'un honnête homme, parce qu'il n'est ni riche, ni puissant. Les grandeurs devraient être le prix de la valeur et non de la naissance ; mais cruelle Nicé, qui t'a dit que celle de l'étranger était vile? ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Elle en fait aussi peu que vous, dit Nicé, mais tel est l'empire du préjugé, que les grands ne s'estiment qu'autant qu'ils peuvent compter un certain nombre d'aïeux, et que dans leurs alliances ils ne donnent pas seulement au vice ennobli la préférence sur la vertu roturière, mais qu'ils la regardent comme une flétrissure. Maguelonne ne vous en eût pas moins estimé, si vous n'eussiez été qu'un homme de mérite. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Les soucis s'allègent en se communiquant, et ceux que l'amour cause deviennent des tyrans, quand on les force au silence. Sur la fin d'une nuit que Maguelonne avait passée dans le trouble et l'agitation, elle forma le dessein d'ouvrir son coeur à Nicé. A peine eut-elle pris cette résolution qu'elle se trouve plus tranquille ; elle s'assoupit et retrouva Pierre dans le sommeil ; à peine l'aurore eut-elle montré ses premiers rayons, qu'elle alla trouver sa nourrice, qui couchait auprès de son appartement, et dont elle savait que le mari était absent pour le service du roi. ”
“ Pendant ce temps Blanche est partie ; mais éprouvant quelques remords de l’assassinat projeté de son amant, elle revient, et mettant de nouveau l’oreille au trou dans le mur, elle reconnaît que sa majesté est allée se coucher dans le grenier, et que le frère et la sœur se consultent sur la manière de le tuer. Maguelonne, qui est une femme très délicate, fait aussi des difficultés ; elle admire la beauté du roi et propose de l’épargner, pourvu que quelque étranger survienne, dont le corps puisse servir à remplir le sac. ”
“ Il prend le sac par un bout et le traîne au bord de l'eau. Au moment où il le dépose sur le parapet, la porte basse de la maison s'entr'ouvre avec précaution. Maguelonne en sort, regarde autour d'elle avec inquiétude, fait le geste de quelqu'un qui ne voit rien, rentre et reparaît un instant après avec le roi, auquel elle explique par signes qu'il n'y a plus personne là, et qu'il peut s'en aller. Elle rentre en refermant la porte, et le roi traverse le fond du théâtre dans la direction que lui a indiquée Maguelonne. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Pierre était dans ces dispositions, lorsqu'à la fin du repas on vint à parler de Maguelonne, fille du roi de Naples, dont la beauté attirait à la cour de son père tous les chevaliers, qui, pour la mériter, tentaient les faits d'armes les plus inouïs. On parla beaucoup de ses charmes et de la bonté de son caractère. On traça son portrait, que Pierre se fit répéter vingt fois. Un des chevaliers lui demanda s'il ne comptait pas aller courir un peu le monde et toutes les aventures. Pierre ne répondit rien et demeura confus et pensif. ”
Philibert Audebrand,
La fille de Caïn : scènes de la vie réelle
(1884)
“ C'est une mendiante, une femme sans domicile, une irrégulière qui ne s'est soumise à aucune des lois de notre ordre social, une créature à part ; tous ceux qui la connaissent, tous les paysans des cantons qu'elle parcourt, car elle vit en chien errant, tous les habitants des Cormiers la désignent sous la même dénomination: Maguelonne-laFolle ! ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ Cependant la nourrice étant entrée dans la chambre de la princesse, et ne la trouvant point, fut fort alarmée ; elle courut chez Pierre, on lui dit qu'il était parti dans la nuit ; ses soupçons alors se changèrent en certitude ; son amitié pour Maguelonne, la crainte qu'on ne sût la part qu'elle avait dans cette intrigue, la jetèrent dans le plus affreux désespoir ; elle dissimula les causes de sa douleur, et courut chez la reine ; elle lui demanda du ton le plus naïf si elle n'avait pas fait appeler sa fille pour lui donner quelques ordres particuliers ”
Robert de Lasteyrie,
Études sur la sculpture française au moyen âge…
(1902)
“ Rinceau ornant le linteau de la porte de Saint-Trophime. sur le linteau d'Arles (fig. 19) que sur celui de Maguelonne (fig. 20) , le travail un peu moins habile ; mais cette différence d'éxécution n'est pas assez marquée pour qu'on puisse conclure à une grande différence de date. Or une inscription qui suit le bord du linteau de Maguelonne nous apprend qu'il a été sculpté en 1178. ”
Histoire de Robert le Diable ; suivie de Richard sans Peur… (1862)
“ L'espoir le ranime ; il tend les bras et demande du secours ; la chaloupe qui se détache vient à lui, il y descend ; il demande qu'on le ramène au rivage, on le conduit au vaisseau; il était monté par des corsaires maures qui se félicitent de leur prise : sa beauté, la chaîne que Maguelonne lui avait donnée et qu'il portait à son cou, ses ma¬ nières douces et polies, son affliction qui le rendait plus intéressant, adoucirent leur férocité naturelle : ils résolurent de le réserver pour le sultan ”
Philibert Audebrand,
La fille de Caïn : scènes de la vie réelle
(1884)
“ L'intendant reprit, toujours sur le même ton : — Si elle souhaite ce changement de lieu, c'est par un surcroît de bonté pour vous, voyez-vous,Maguelonne. Dès que vous aurez la maison, en effet, vous ne serez plus la femme malheureuse que vous êtes. On n'entendra plus sur votre passage les polissons et les ivrognes s'écrier : — « Ah ! voilà la vieille mendiante Ah ! voilà » la sorcière ! » Ce sera tout simple, si vous allez vivre, par exemple, à dix ou douze lieues d'ici, où l'on ne vous connaît pas. Il n'avait pas fini que l'éclat de rire de la Mal-Bâtie se remit à résonner. ”
