“ Il était jeune, ce grand chef, on le disait : tout jeune et d’autant plus terrible. On disait encore que c’était presque un vieillard, rompu à toutes les habiletés du crime. Le vrai, c’est qu’il avait trente-cinq ans : l’âge des rôles de Mélingue : le front large et pâle, l’œil froid, mais si brûlant ! la barbe noire, la taille haute, la main blanche, le nez aquilin, le pied petit, les sourcils arqués et tranchés comme une incrustation d’ébène dans de l’ivoire. ”
Mélingue
Définition et enjeux
Citations sur “Mélingue”
Henri de Pène,
Le Paris viveur
(1862)
“ En attendant, Mélingue a reparu dans Buridan de la Tour de Nesle; Mélingue, l'homme qui marche le mieux avec des éperons et qui manie les plus longues et les plus larges épées du boulevard; le capitaine Mélingue! Au tableau de son arrestation, lorsqu'il remet sa forte lame aux gardes chargés de s'assurer de lui, on a remarqué que cette forte lame était presque plus grande que M. Taillade, auquel Buridan la rend. Acier à part, Mélingue est moins que jamais l'homme du personnage créé avec tant d'éclat par Bocage. Il le sème d'effets comiques dont le parterre a fort bien senti le mauvais goût. ”
Louis-Henry Lecomte, Une comédienne au XIXe siècle… (1892)
“ « J'en suis enchantée; Mélingue est un excellent homme; il a, je crois, pour moi, la même sympathie que j'ai pour lui, il ne me refusera pas : je vais lui écrire. » — F. s'y opposa. Me nommer était, selon lui, le moyen de ne pas réussir : « Je sais, ajouta-t-il, que Mélingue à l'envie de rester deux mois à Lyon ; je vais faire le contraire de ce que vous voulez en lui proposant une démarche afin d'obtenir que la personne engagée pour avril change pour mars, et cela sans vous avoir nommés ni l'un ni l'autre. » Cette façon d'agir me souriait peu, car elle manquait de franchise ”
Jules Claretie,
Brichanteau comédien
(1913)
“ Et ces gamineries épiques faisaient passer les jours de jeûne. On riait à ventre déboutonné, on n'avait donc plus à se serrer le ventre ! La gaieté, c'est de l'hygiène... Et Mélingue, fils d'un douanier, petit-fils d'un volontaire de la République, courant les chemins, jouant dans les granges, allant de village en village avec son ami Tisserant, le futur directeur de l'Odéon, par le froid, par la neige, pareil à un chemineau de l'art et gagnant son pain comme il pouvait, le grand et fier artiste ! ”
Théophile Gautier,
Histoire du romantisme
“ Madame Mélingue joue doña Sol avec une grande supériorité. C'est bien l'Espagnole ardente et contenue, la jeune fille et la grande dame romanesque et sublime qui peut prendre un bandit pour époux et refuser un roi pour amant.Quant à Beauvallet, le rôle semble avoir été fait tout exprès pour lui; il y apporte cette âpreté, cette énergie qui le caractérisent et qui s'allient à une tendresse hautaine et grave, de façon à former le plus parfait Hernani qu'on puisse voir et entendre, car cette voix de cuivre pourrait dominer le bruit des torrents, et jeter l'appel du cor d'une montagne à l'autre. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ LES DIALECTES. Jusqu’ici on a envisagé la langue initiale et les langues historiquement attestées comme si c’étaient autant d’unités. Tel n’est pas le cas. La notion de « dialecte », qui intervient sans cesse en linguistique, en fait foi. Il faut ici faire abstraction du sens vulgaire, qui oppose le « dialecte » à une langue littéraire établie. Le nom est grec, et il a été fait pour des situations grecques. Le grec ancien n’est pas, comme le latin, une unité. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Le monde aryen, le monde germanique, le monde celtique se sont disloqués comme s’était disloqué le monde indo-européen. On est parvenu de cette manière au monde moderne où presque chaque pays a sa « langue commune », et où cette langue commune tend à effacer les parlers locaux. Il y a là un état de choses nouveau et qui n’est pas susceptible de durer à la longue : la multiplication des « langues communes » dans l’Europe d’aujourd’hui, en un temps où il y a au fond unité de civilisation matérielle et intellectuelle, est une anomalie. ”
Félicien de Ménil,
Les préjugés contre l’Espéranto
“ C’est pourquoi tous ceux qui connaissent ces quelques principes sur les sons des lettres peuvent du premier coup faire une dictée sans faute d’orthographe, — avantage que n’offrent pas les autres langues — et prononcer exactement de la même façon à tel point qu’il y a, dans la prononciation, moins de différence entre un Anglais ou un Espagnol parlant l’espéranto, qu’entre un Lillois ou un méridional parlant notre belle langue française. ”
Antoine Meillet,
Les Langues et les Nationalités
“ Chacune de ces langues communes, qui est une forme de l’indo-européen évolué de manière particulière, suppose une nation à qui cette langue a servi de moyen d’expression : il y a eu ainsi une nation indo-iranienne, une nation germanique, etc. Il va de soi que les noms attribués à ces langues et à ces nations ne prétendent pas reproduire les noms que ces nations se donnaient à elles-mêmes ou que leurs voisins leur attribuaient. Chacun n’exprime qu’un fait linguistique, lequel suppose lui-même un fait historique, à savoir l’existence d’une nation. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Mais il arrive qu’une population change de langue. Ce n’est pas un fait exceptionnel : parmi les pays dont l’histoire est connue — et l’on sait que nulle part, dans le cas le plus favorable, l’histoire faite au moyen de textes ne remonte au delà de cinq mille ans environ, période courte par rapport au développement total de l’humanité —, il n’y a presque pas un peuple qui n’ait changé de langue au moins une fois, et généralement plus d’une fois. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Pour établir l’existence d’une ancienne langue commune, il faut retrouver dans les langues comparées les traits spécifiques de cette langue pour autant qu’ils se sont maintenus. Il y a donc à chercher comment se comportent les divers éléments de la langue ; car ils ne se conservent pas également ni de la même manière. Toute langue comprend trois systèmes distincts qui sont liés les uns aux autres de certaines manières, mais qui sont susceptibles de varier en une large mesure indépendamment les uns des autres : la morphologie, le phonétisme et le vocabulaire. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Plus une langue comprend ainsi de catégories grammaticales non significatives ou de formes anomales, et plus la démonstration des parentés et la restitution d’une langue commune initiale sont faciles pour le linguiste. La communauté initiale ne se reconnaît pas toujours à une conservation pure et simple ; elle se traduit souvent par des innovations divergentes. Ainsi l’indo-européen avait un certain type de flexion verbale de forme compliquée qui a tendu à s’éliminer partout ; on en reconnaît la présence ancienne à des innovations qui sont diverses suivant les langues. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Et pourtant le fait que le français commun devient en France la langue de tout le monde alors que, au début du xixe siècle, il était la langue d’une très petite minorité d’hommes cultivés, a radicalement changé les conditions du développement de la langue et ne peut manquer d’y déterminer des innovations considérables. Ce qui est vrai du français l’est de toutes les grandes langues du monde. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Or, ce qui intéresse le linguiste, ce ne sont pas les normes, c’est la façon dont la langue est mise en usage. Rien ne diffère plus d’un état de langue qu’un autre état de langue. Autre chose est le parler d’un village rural où tout le monde est à peu près au même niveau social, où tout le monde a à peu près la même culture, autre chose est le parler d’une ville où il y a des hommes de conditions diverses, d’éducations diverses, de cultures diverses. ”
Félicien de Ménil,
Les préjugés contre l’Espéranto
“ Il lit leurs livres, il s’inspire de leurs idées, il adopte plus ou moins leurs façons de penser. Si l’Espéranto triomphe et suffit à tous les besoins pratiques, toutes les langues sont sur un pied d’égalité et alors la nôtre est assez riche de substance et de beauté pour ne craindre aucune concurrence et se présenter en toute confiance au choix des esprits cultivés. L’espéranto ne peut dont causer aucun préjudice à la langue française. ”
Antoine Meillet,
Les Langues et les Nationalités
“ La plus favorisée des langues germaniques a été l’anglais, qui, depuis le XVIIe siècle, est devenue la langue universellement employée dans l’Amérique du Nord, l’Australie et la Nouvelle Zélande, la langue impériale dans l’Inde et une grande partie de l’Afrique, la langue des relations commerciales dans tout l’Extrême Orient, sans parler d’une foule d’îles dispersées sur toutes les mers. L’histoire des langues ne fournit pas d’exemple d’une fortune comparable à celle de l’anglais. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Or, l’usage linguistique a, au plus haut degré, le caractère d’un ensemble d’habitudes acquises. En apprenant une langue nouvelle, les sujets ne perdent pas pour cela leur hérédité. Des tendances qui se font jour dans la langue indigène peuvent dès lors se manifester aussi dans la langue nouvellement adoptée. On comprend ainsi que le latin ait subi des transformations particulièrement profondes sur les domaines où il a remplacé d’autres langues à tendances toutes différentes, et notamment le gaulois. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Que vaut cette restitution ? Il n’est presque jamais possible de confronter la restitution avec une réalité connue. Mais il y a un cas où on le peut ; c’est celui des langues romanes. Or, la langue commune à laquelle on est conduit par la comparaison des langues romanes ne fournit pas — tant s’en faut — tout ce qu’était le latin au moment où se sont séparées les unes des autres les langues qui continuent le latin. Si l’on ne savait du latin que ce qu’enseignent les langues romanes, on ignorerait par exemple l’ancien futur du type amabo ou du type dicam, dices. ”
Félicien de Ménil,
Les préjugés contre l’Espéranto
“ Les partisans de la langue universelle ont démontré les premiers l’absurdité de cet argument : celui d’une seule et unique langue pour tout l’univers. En effet si l’humanité tout entière, unie dans une colossale démence, renonçait aux langues maternelles pour adopter un seul et unique langage, l’idiome nouveau ne tarderait pas à évoluer selon le génie de chaque peuple, et peu de temps après, tout redeviendrait au même point, par suite des modifications et des transformations introduites dans le langage par les différents peuples. ”
Félicien de Ménil,
Les préjugés contre l’Espéranto
“ En propageant une langue neutre, nous les Français Espérantistes, pour qui — et cela, je suis fier de le proclamer au nom de tous — l’amour de la langue maternelle passe en première ligne, avant la langue que nous appelons seconde, nous défendons mieux que personne et plus pratiquement l’intégrité de notre langage national, car nous nous opposons à ce qu’il perde la seule place qu’il peut occuper parmi l’élite intellectuelle des autres nations. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Si le sens à exprimer par la langue était lié par un lien naturel, lâche ou étroit, aux sons qui l’indiquent, c’est-à-dire si, par sa valeur propre, en dehors de la tradition, le signe linguistique évoquait en quelque manière une notion, le seul type de comparaison utilisable pour le linguiste serait le type général, et toute histoire des langues serait impossible. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Comme le français et le parler sont de même famille, ils présentent pour le fonds ancien de leur vocabulaire des correspondances régulières, et, en tenant compte de ces correspondances, il n’est pas difficile aux sujets employant le parler local de faire, avec des mots français, des formes de type patois, ou de transporter dans le patois des tours de phrase français. En revanche, ce travail d’illettrés est souvent si bien fait que le linguiste a peine à discerner dans le patois ce qui est vraiment indigène de ce qui est adapté. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Troisième point : les dialectes n’embrassent pas nécessairement tous les parlers d’une langue. Ainsi, en grec, le parler de tous le plus connu, l’attique, offre avec l’ionien des particularités communes, mais il ne fait pas partie proprement du dialecte ionien, et, moins encore, d’aucun autre. Les parlers de l’Élide, de la Locride, de la Phocide sont, à bien des égards, proches du dorien ; mais ils ne sont pas proprement doriens. Les parlers d’une langue ne se laissent donc pas toujours grouper tous en dialectes définis. ”
Antoine Meillet,
Les Langues et les Nationalités
“ Longtemps l’allemand a servi de langue de civilisation commune aux populations de langues slaves ; les idiomes slaves, quoique assez semblables entre eux, sont néanmoins trop distincts pour que des communications puissent aisément s’établir, si chaque nation slave se sert de sa propre langue ; les nations slaves n’ont pas adopté de langue commune dominante. On a pu dire que l’allemand était la langue de civilisation pour tous les peuples de langue slave. ”
Anatole France,
Le Petit Pierre
“ J’ai reçu des lèvres de ma vieille servante le bon langage français. Mélanie parlait peuple et paysan. Elle disait castrole, ormoire et colidor [1] . À cela près, elle aurait pu donner des leçons de bien-dire à plus d’un professeur et à plus d’un académicien. On retrouvait sur ses lèvres la diction fluide et légère des aïeux. Ne sachant point lire, elle prononçait les mots comme elle les avait ouïs dans son enfance, et ceux de qui elle les avait entendus étaient des ignorants qui avaient puisé le langage à ses sources naturelles. Aussi Mélanie parlait-elle naturellement et comme il faut. ”
Félicien de Ménil,
Les préjugés contre l’Espéranto
“ Et même de l’ingérence de l’espéranto dans les relations commerciales l’influence générale de la langue française ne peut que gagner. Le client de la maison de commerce allemande ou anglaise qui a appris l’allemand ou l’anglais, qui a été l’apprendre dans un séjour en Allemagne ou en Angleterre, devient plus ou moins inconsciemment le client de ces peuples, de leurs idées, de leur civilisation. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Nulle part, les formes indo-européennes supposées ici ne sont conservées ; mais on les restitue par la connaissance qu’on a du système indo-européen et par les divergences observées entre les langues historiquement connues. L’observation des faits singuliers ne dispense pas d’examiner l’ensemble de la morphologie. Toute morphologie constitue un système complet. D’après l’ensemble des concordances, il faut donc restituer le système de la « langue commune », dans la mesure du possible. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Et en effet, dans les langues à morphologie compliquée comme les langues indo-européennes, les langues sémitiques, les langues bantous, ou même dans des langues à morphologie plus simple, mais comportant des caractéristiques bien définies de catégories grammaticales, le sujet parlant doit toujours parler une certaine langue ; il a le sentiment de parler ou une langue ou une autre ; et il ne saurait mêler la morphologie d’une langue à celle d’une autre. Si dégénéré que puisse être son breton, l’habitant de la région de Vannes sait s’il parle français ou breton. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Car l’histoire des langues ne se fait jamais au moyen d’une suite de textes rangés en ordre chronologique. Si le linguiste se sert de textes anciens, ce n’est que pour y observer des états de langue. Il va de soi que, pour toutes les langues anciennes, les faits se laissent observer seulement à l’aide des textes. ”
Antoine Meillet,
Les Langues et les Nationalités
“ On peut résumer le contraste entre la grammaire allemande et la grammaire anglaise, en disant que l’allemand est, de toutes les langues germaniques, la plus fidèle au vieux type, et que l’anglais ayant rompu entièrement avec le type ancien, représente, sous une forme presque idéale, le terme de l’évolution vers laquelle se dirigent toutes les langues indo-européennes. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ L’existence de dialectes a des conséquences importantes pour le comparatiste ; mais ces conséquences diffèrent suivant la manière dont les dialectes se sont établis. Parfois la langue commune était une autant qu’une langue peut l’être. C’est, pour les langues romanes, le cas du « roman commun » qui est le parler courant d’une ville unique, Rome. ”
