“ Sans les unifications successives qui ont maintenu ou établi constamment l’unité de langue sur de vastes domaines, les linguistes se trouveraient devant une poussière de parlers avec laquelle il serait impossible d’opérer. L’extension de l’indo-européen à une partie de l’Asie et à presque toute l’Europe fournit la base de la grammaire comparée des langues indo-européennes : une première différenciation a créé des parlers qui se sont à leur tour unifiés en groupes nouveaux : indo-iranien, slave, germanique, hellénique, italique, celtique, etc. ”
Langues indo-européennes
Définition et enjeux
Les langues indo-européennes forment une famille de langues étroitement liées, partageant des origines lexicales, morphologiques et syntaxiques communes, dont l'ancêtre est reconstitué à partir de l'indo-européen commun. Cette famille, qui compte environ mille langues parlées par trois milliards de personnes, a été étudiée par des auteurs comme Antoine Meillet, qui soulignait les ruptures soudaines dans l'évolution linguistique, ou Ferdinand de Saussure, qui analysait les subtilités du terme « indo-européen ».
Ernest Renan, quant à lui, examinait les rapports entre les langues indo-européennes et sémitiques, tandis qu'August Schleicher développait des techniques de reconstruction. La division en branches telles que les langues germaniques, romanes ou indo-iraniennes met en évidence une diversité historique et géographique, tout en illustrant les débats sur l'unité primitive de cette famille.
Citations sur “langues indo-européennes”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Ce que l’on observe en général dans les langues indo-européennes, c’est le résultat de débâcles brusques, consécutives à des périodes de préparation, débâcles à la suite desquelles la langue offre un aspect nouveau, différent du type indo-européen. ”
Antoine Meillet,
Les Langues et les Nationalités
“ Ainsi conçue, la guerre actuelle apparaît comme la suite des longues luttes qui ont abouti à imposer à une grande partie du monde la langue de la nation indo-européenne, puis à substituer les langues indo-européennes soit les unes aux autres, soit à des nations parlant des langues d’autres familles. ”
Anténor Firmin,
De l’égalité des races humaines
“ L’unité d’origine des langues indo-européennes une fois rompue, on est forcément amené à ne voir dans les divers idiomes connus que l’expression sociale des peuples qui s’en servent, c’est-à-dire que le degré de perfection plus ou moins caractérisée de ces idiomes est adéquat au degré de civilisation de ces peuples. Cette thèse, il est vrai, parait inconciliable avec la théorie de l’évolution morphologique des langues et les faits historiques qu’on est forcé d’y adapter. ”
Ernest Renan,
Histoire générale et système comparé des langues sémitiques…
(1863)
“ Les origines de l'humanité se perdent dans une telle nuit, que l'imagination même n'ose se hasarder sur un terrain où toutes les inductions semblent mises en défaut. Le seul problème qu'il soit permis de poser est donc celui-ci : la différence qui existe entre les langues indo-européennes et les langues sémitiques, différence qui est plus que suffisante pour ériger ces deux groupes en deux familles distinctes, exclut-elle toute idée d'un contact primitif entre les deux races, ou bien permet-elle, dans un sens plus large, de les rattacher à une même unité? ”
Ferdinand de Saussure,
Recueil des publications scientifiques de Ferdinand de Saussure
“ Le mot indo-européen nepbts a une singulière histoire. La branche asiatique des langues indo-européennes s'accorde avec le latin primitif pour n'attribuer au mot en question que le sens de petit-fils ou descendant direct. Il en est ainsi pour le sanscrit nâpat, pour le vieux perse napû. ”
Congrès international des orientalistes, Congrès international des orientalistes… (1874-1876)
“ Je ne veux point dire qu'il n'existe point d'affinités entre les uns et les autres ; mais des affinités ont été également admises entre les langues sémitiques et les langues aryennes, sans qu'on ait cru devoir opérer une fusion entre elles. Quand on aura fait pour les langues finno-japonaises ce qu'on a fait pour les langues indo-européennes, il sera opportun d'explorer des frontières qu'il ne serait pas, je crois, sans danger de franchir, avec la connaissance trop insuffisante que nous possédons des innombrables dialectes de l'Asie centrale et méridionale. ”
Ernest Renan,
Histoire générale et système comparé des langues sémitiques…
(1855)
“ C'est dans les circonstances historiques, en effet, bien plus encore que dans celles du climat, qu'il faut chercher les causes efficaces de la variété des langues. Si, d'un côté, les caractères de famille sont immuables, s'il est vrai, par exemple, qu'une langue sémitique ne pourra jamais, par aucune série de développements, atteindre les procédés essentiels des langues indo-européennes, d'un autre côté, dans l'intérieur des familles, tout est flottant, sans moule arrêté, sans limites absolues. ”
Ferdinand de Saussure,
Cours de linguistique générale
(1916)
“ On comprit que le fractionnement sur place suffit pour expliquer les rapports réciproques entre les langues indo-européennes, sans qu’il soit nécessaire d’admettre que les divers peuples eussent quitté leurs positions respectives (voir p. 279) ; les différenciations dialectales ont pu et dû se produire avant que les nations se soient répandues dans les directions divergentes. Ainsi la théorie des ondes ne nous donne pas seulement une vue plus juste de la préhistoire de l’indo-européen ”
François Lenormant,
Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques…
“ L'on observe, en effet, que les plus anciennes racines des langues indo-européennes, parlées par des peuples arrivés de bonne heure à un certain développement intellectuel, offrent toutes une signification générale et ne désignent jamais un objet particulier ou individuel ”
Ernest Renan,
De l'origine du langage (3e éd…
(1859)
“ On sent que si jamais les langues indo-européennes ou les langues sémitiques avaient traversé un pareil état, elles n'auraient pas su mieux que les idiomes dont nous venons de parler arriver à la grammaire, et surtout qu'elles n'auraient point atteint le degré de flexibilité grammaticale où nous les voyons parvenues des la plus haute antiquité. ”
Antoine Meillet,
Les origines indo-européennes des mètres grecs
(1923)
“ La métrique indo-européenne aurait ainsi sa place parmi les « institutions » d'une nation dont la comparaison des langues attestées permet d'entrevoir la langue, et dont l'influence qu'elle a exercée permet, sinon de mesurer, du moins d'estimer jusqu'à un certain point le degré de culture. La poésie indo-européenne échappe nécessairement puisque le monde indo-européen commun n'a ni connu, ni sans doute voulu connaître, l'écriture. ”
Ernest Renan,
Histoire générale et système comparé des langues sémitiques…
(1855)
“ Que dirait-on du philologue qui, de la langue anglaise écrite de la sorte, voudrait tirer des inductions sur l'état primitif des langues indo-européennes ? Sans doute, si une langue sémitique, écrite depuis la haute antiquité, nous offrait les singularités que nous présente la langue saho, telle que la transcrit M. d'Abbadie, ce serait là un fait capital, qui obligerait de créer pour cette langue une catégorie à part. Mais on ne peut accepter comme des données authentiques les particularités qui se sont présentées à l'oreille d'un étranger. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ Il en va autrement de l’indo-européen commun. Plusieurs des différences qu’on observe entre les langues indo-européennes se trouvent à la fois dans des langues voisines des unes des autres, de telle sorte qu’on est conduit à poser que le point de départ de ces différences se trouve dans des différences existant déjà en indo-européen. Soit par exemple le nom de nombre « dix » en grec, déka, et en latin, decem, d’une part — en sanskrit, dáça, et en arménien, tasn, de l’autre. Les formes germaniques et celtiques reposent sur des formes comportant un k médian ”
Antoine Meillet,
Quelques hypothèses sur des interdictions de vocabulaire dans les langues indo-européennes
“ Étant donné que l’étude du nom de l’ours a révélé le rôle des tabous de vocabulaire dans l’histoire des mots indo européens, il est permis de rechercher si certaines autres particularités ne s’expliqueraient pas de la même manière. Le serpent est l’un des animaux dont le nom est le plus souvent taboué. Or, on constate d’abord que les noms indo-européens du « serpent » n’ont chacun qu’une médiocre extension dialectale et ne se rencontrent que dans un petit nombre de langues géographiquement voisines : 1o skr. áhiḥ, zd. ažiš, arm. iž, gr. ὄφις (ophis) (ou ἔχις (echis) ?) ”
René Maurice Gattefossé,
Les sages écritures : essai sur la philosophie et les origines de l'écriture
(1945)
“ Du moins, c'est l'avis de ceux qui s'essayent à apprendre le Tamachèque ou le Basque. Dans quelle mesure les langues agglutinatives qui ont survécu se sont-elles enrichies au contact des langues indo-européennes, il est difficile maintenant de s'en rendre compte, mais il faut reconnaître que les peuples qui les parlent encore n'ont jamais consenti à en changer. Nous ne saurons donc jamais exactement pourquoi les idiomes indo-européens s'implan- tèrent en Europe. ”
Édouard Dulaurier,
Progrès des études relatives à l'Egypte et à l'Orient
(1867)
“ La découverte du sanscrit, en nous montrant dans cet idiome le proche parent des idiomes de l'Europe, a fait naître la grammaire comparée des langues indo-européennes. Peu de recherches ont pris un accroissement aussi rapide : créée il y a un demi-siècle, la philologie comparative est enseignée aujourd'hui dans tous les pays de l'Europe ”
Édouard Philipon,
Les peuples primitifs de l'Europe méridionale…
(1925)
“ Si donc on se refuse à rattacher l'égéen à l'indo-européen, il faut tout au moins reconnaitre que dans le domaine des langues à flexion, il appartient au même stade de développement linguistique d'où l'on est en droit de conclure qu'il a pris naissance au milieu de groupements sociaux arrivés au même degré de culture que ceux par qui et pour qui ont été créés les dialectes qui en s'amalgamant de proche en proche ont donné naissance aux diverses langues européennes. ”
Antoine Meillet,
Quelques hypothèses sur des interdictions de vocabulaire dans les langues indo-européennes
“ On remarquera d’ailleurs que, tout en appartenant pour la plupart à une même racine, les noms de l’œil diffèrent d’une langue indo-européenne à l’autre. Il est curieux que le duel zend aši, qui répond exactement à skr. akṣí, ait été attribué au vocabulaire ahrimanien, sans doute dès les gâthâs (Yasna, XXXII, 10) ; pour les êtres bons, on lit dans l’Avesta čašma, qui s’est conservé jusqu’à l’époque actuelle (pers. čašm) , ou doiθrəm, formation nouvelle et peut-être artificielle, qu’ignorent les dialectes modernes. ”
August Schleicher,
Les langues de l'Europe moderne
(1852)
“ On connaît tous les ordres des êtres organiques; pourquoi s'arrêterait-on devant les langues américaines et océaniques ? énigmatique : il a l'air d'être la seule langue aborigène ou primitivement née dans l'Europe, tandis que toutes les autres nations européennes, c'est-àdire celles qui appartiennent à la classe indo-germanique et à la classe tatare, semblent y avoir fait invasion du fond de l'Asie. Après avoir mieux étudié le finnois, l'albanais, le celtique, on n'a plus le droit de les regarder, comme on l'avait fait, comme des idiomes aborigènes ou primitivement établis en Europe. ”
Antoine Meillet,
Les origines indo-européennes des mètres grecs
(1923)
“ Le védique et le grec ancien sont les seules langues qui puissent fournir, sur la structure des vers indo-européens, des témoignages immédiatement valables. Malgré des différences notables dans le détail, les deux langues sont comparables entre elles, et elles conservent l'essentiel du type indo-européen. Toutes les autres offrent des innovations telles qu'une comparaison de mètres est exclue. ”
Antoine Meillet,
Quelques hypothèses sur des interdictions de vocabulaire dans les langues indo-européennes
“ On a souvent répété que les langues des peuples peu civilisés changeraient avec une grande rapidité et deviendraient méconnaissables au cours d’une seule génération ; dans la mesure où elle est exacte, l’observation ne saurait guère se justifier que par les faits de ce genre ; car ces langues ne sont pas sujettes à des changements particulièrement rapides ”
Antoine Meillet,
Quelques hypothèses sur des interdictions de vocabulaire dans les langues indo-européennes
“ En des points du monde très divers, et dans des langues très variées, on observe des tabous de vocabulaire, dont on trouvera un aperçu chez Frazer, Rameau d’or, trad. franç., I, p. 331 et suiv. ; dans l’Afrique du Sud, dans le domaine des langues malayo-polynésiennes (y compris Madagascar, v. Van Gennep, Tabou et totémisme à Madagascar, p. 104 et suiv.) , en Extrême-Orient et aussi en Europe, notamment dans le Nord de l’Europe, il apparaît que certains mots sont interdits par l’usage, soit à un groupe d’hommes, soit à des individus déterminés ”
Antoine Meillet,
Quelques hypothèses sur des interdictions de vocabulaire dans les langues indo-européennes
“ Il est donc licite de supposer que certaines interdictions ont pu porter sur le nom de l’œil et aussi sur celui de l’oreille *aus-, *us-, qui se trouve n’être pas représenté en sanskrit, qui est ahrimanien dans l’Avesta et qui a disparu de bonne heure dans les dialectes iraniens. L’expression de l’idée de « droit » se fait dans presque tous les dialectes indo-européens au moyen de diverses formations d’un même élément radical *deks- qui se rencontre depuis l’indo-iranien jusqu’à l’italo-celtique, en passant par le baltique, le slave, l’albanais, le germanique et le grec ; l’arm. ”
Collectif, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
“ Un type linguistique aussi complexe est propre à s’adapter à des conditions diverses, à prendre suivant les circonstances des formes diverses. En effet, l’indo-européen commun a pris, sur chaque domaine, un caractère particulier. Chacune des langues du groupe indo-européen a des traits à part, est comme une personne particulière. ”
“ On voit comment, si le français est une forme prise par l’indo-européen, les hommes qui parlent français aujourd’hui n’ont pas reçu leur langue de leurs ancêtres par une transmission ininterrompue. Il y a eu constamment emprunt de langues communes. Le progrès de la linguistique tend à mettre de plus en plus en évidence ce fait dominant de l’histoire des langues : la création et l’extension de ces langues communes, qui sont le produit de l’unité de civilisation, sur des domaines plus ou moins vastes. ”
Ernest Renan,
Histoire générale et système comparé des langues sémitiques…
(1855)
“ Les peuples indo-européens de l'Asie ont subi au moins autant de transformations que ceux de l'Europe; l'Inde, qu'on regarde comme le pays de l'immobilité, est certainement l'un des points du monde où la langue, les mœurs, l'esprit se sont le plus souvent modifiés. ”
Michel Bréal, Essai de Sémantique
“ Toutes les fois qu’il est question de classer les langues d’après leur plus ou moins de perfection, nous sommes habitués à parler de la famille indo-européenne comme placée au degré supérieur de l’échelle. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ On n’a presque pas besoin de démontrer qu’une langue est indo-européenne : partout où l’on a trouvé une langue indo-européenne encore inconnue, le « tokharien » ou le « hittite » dans les derniers temps, le caractère indo-européen s’en est révélé dès le début du déchiffrement et de l’interprétation. Au contraire, les langues d’Extrême-Orient qui, comme le chinois ou l’annamite, n’offrent presque pas de particularités morphologiques, n’ont par là même rien où puisse se prendre le linguiste qui essaie de trouver des langues parentes aux parlers chinois ou aux parlers annamites ”
Émile Littré,
Revue des Deux Mondes
“ Quand on suit depuis la haute antiquité jusqu’à nos jours les langues indo-germaniques, auxquelles nous appartenons, on les voit constamment tendre à changer leur système grammatical. A chaque mutation, le sentiment de la syntaxe se perd davantage, les affinités analogiques se rompent, et l’on peut répondre que, de ce côté, plus une langue est ancienne, moins elle offre de ces irrégularités et moins elle est barbare. ”
Max Fuehrer, Revue de linguistique et de philologie comparée
“ Toutes nos langues actuelles sont plus ou moins malades, c’est-à-dire que les radicaux communs se sont usés, que les désinences sont devenues frustes, qu’en un mot le vocable a perdu sa primitive et parfaite organisation ; le latin, le grec, et le sanskrit lui-même, n’ont pas échappé à cette dégradation pathologique qui fait de tous les idiomes indo-européens des êtres toujours vivants, mais plus ou moins malades, tandis que l’aryaque n’est autre chose que la langue indo-européenne bien portante. ”
Antoine Meillet,
La méthode comparative en linguistique historique
“ À se disperser ainsi et à porter des extrémités de l’Asie aux extrémités de l’Europe leur type d’organisation sociale avec leur langue, les peuples de langue indo-européenne ont perdu le sens de leur ancienne unité nationale et leur unité linguistique. ”
August Schleicher,
Les langues de l'Europe moderne
(1852)
“ L'observation rationnelle prouve que les langues indo-germaniques secondaires, c'est-à-dire celles qui dérivent d'autres langues indo-germaniques, toute différente que soit leur inclination pour certains sons, ont une singulière ressemblance réciproque dans les manières dont elles se servent, pour approprier un seul et même son à leurs différents organes acoustiques et phonétiques. ”
Jules Oppert,
Revue de linguistique et de philologie comparée
“ Quand on se place à un point de vue plus élevé, quand on envisage le dictionnaire d’une langue dans son ensemble, ce qui jusqu’ici n’a pas encore été fait, quand on ne cherche pas seulement les vocables qui peuvent se rattachera un autre idiome indo-européen, quand on n’exclut pas ceux qui manifestement n’ont aucun rapport avec une des langues connues, on acquiert, dans la forme d’une preuve négative, la certitude de l’existence d’un ou plutôt de plusieurs éléments allogènes qui ont, dans de différentes proportions, envahi le lexique des langues aryennes. ”
Antoine Meillet,
Les Langues et les Nationalités
“ Chacune de ces langues communes, qui est une forme de l’indo-européen évolué de manière particulière, suppose une nation à qui cette langue a servi de moyen d’expression : il y a eu ainsi une nation indo-iranienne, une nation germanique, etc. Il va de soi que les noms attribués à ces langues et à ces nations ne prétendent pas reproduire les noms que ces nations se donnaient à elles-mêmes ou que leurs voisins leur attribuaient. Chacun n’exprime qu’un fait linguistique, lequel suppose lui-même un fait historique, à savoir l’existence d’une nation. ”
