“ V. Le mètre héroïque est celui dont l’expérience a fait reconnaître la convenance pour l’épopée Si l’on composait un poème narratif en un ou plusieurs mètres autres que celui-là, on verrait comme ce serait déplacé. VI. C’est que l’héroïque est le plus posé des mètres et celui qui a le plus d’ampleur ; aussi se prête-t-il le mieux aux noms étrangers et aux métaphores, car la poésie narrative est la plus riche de toutes. Quant au vers ïambique et au tétramètre, ils ont la propriété d’agiter ; l’un convient à la danse, l’autre à l’action dramatique. ”
Mètre poétique
Définition et enjeux
Citations sur “mètre poétique”
“ Il est vrai que les auteurs qui exposent en vers quelque point de médecine ou de physique reçoivent d’ordinaire cette qualification ; mais, entre Homère et Empédocle, il n’y a de commun que l’emploi du mètre. Aussi est-il juste d’appeler le premier un poète et le second un physicien, plutôt qu’un poète. Supposé, semblablement, qu’un auteur fasse une œuvre d’imitation en mélangeant divers mètres, comme Chérémon dans le Centaure [9] , rapsodie où sont confondus des mètres de toute sorte, il ne faudrait pas moins lui donner le nom de poète. ”
“ XV. Quant à l’importance de la tragédie, partie de fables légères et d’un langage plaisant, vu le caractère satirique de son origine, elle mit du temps à prendre de la gravité, et son mètre, de tétramètre, devint ïambique ; car, primitivement, on employait le tétramètre, attendu que cette forme poétique est celle de la satire et plus propre à la danse. Puis, lorsque vint le langage parlé [4] , la nature trouva elle-même le mètre qui lui convenait ; car le mètre le plus apte au langage, c’est l’ïambe ”
“ III. Voilà pourquoi le langage, de la prose doit nécessairement posséder un rythme, mais non pas un mètre ; car ce serait alors de la poésie. Du reste, il ne s’agit pas d’un rythme dans toute la rigueur du mot, mais de quelque chose qui en approche. IV. Parmi les rythmes [80] , l’héroïque est majestueux et n’a pas l’harmonie propre à la prose [81] . L’ïambe se rapproche du langage ordinaire ; aussi, de tous les mètres, ce sont les ïambes que l’on forme le plus souvent en parlant. Mais il faut nécessairement (dans le discours) quelque chose de majestueux et qui transporte l’auditoire. ”
Fauriel, Revue des Deux Mondes
“ Avec ce petit vers qui se présente en quelque sorte tout fait, tout prêt à s’échapper avant d’avoir reçu l’empreinte de l’art, il est presque impossible au poète de prendre un ton un peu grave et soutenu, et, comme j’ai eu plusieurs fois l’occasion de le noter, l’adoption de ce mètre marque un commencement de décadence dans le sentiment de l’épopée et du style qui lui convient. ”
“ IV. Le rythme est l’unique élément d’imitation dans l’art des danseurs, abstraction faite de l’harmonie. En effet, c’est par des rythmes figurés [6] qu’ils imitent les mœurs, les passions et les actions. V. L’épopée n’emploie que le langage pur et simple [7] , ou les mètres, soit qu’elle mélange ceux-ci entre eux, ou qu’elle ne vienne à mettre en usage qu’un seul genre de mètre, comme on l’a fait jusqu’à présent. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Poésies
“ Ainsi l’on a fait quand les Consolations ont paru. Par un travers assez rare dans notre vieille école poétique, l’auteur sent à sa manière et écrit conne il sent ; de plus le mètre n’est pour lui que le moyen, non le but. ”
René Doumic,
Revue des Deux Mondes
“ Les poètes ne veulent-ils qu’user dans l’intérieur d’une même strophe de mètres irréguliers ? Ils le peuvent, du moins à de certaines conditions : c’est que chacun des mètres pris isolément soit d’un rythme connu et correct, que le passage d’un mètre à l’autre ne soit pas trop déconcertant comme l’est par exemple celui du vers de huit au vers de sept, et enfin que l’intention de l’auteur soit claire et qu’on voie pourquoi il a changé le mètre. Veulent-ils adopter pour les rimes des dispositions inédites, et celles qu’ils trouvent chez les romantiques ne leur suffisent-elles pas ? ”
Friedrich Nietzsche,
Humain, trop humain
“ Par quoi le mètre donne de la beauté. — Le mètre place un crêpe sur la réalité ; il donne lieu à quelque artifice de langage, à quelque indécision de pensée ; par l’ombre qu’il jette sur les idées, tantôt il cache, tantôt il fait saillir. De même que l’ombre est nécessaire pour embellir, de même le « sombre » est nécessaire pour éclaircir. — L’art rend supportable l’aspect de la vie en plaçant dessus le crêpe de la pensée indécise. ”
Alix Tiron, Etudes sur la musique grecque, le plain chant et la tonalité moderne (1866)
“ En poésie, le mètre est invariablement fixé par un certain nombre de longues ou de brèves : en musique, la mesure, qui est une espèce de mètre, se prête à la multiplicité des sons, pourvu que sa durée soit rigoureusement maintenue, et que ses temps, fort et faible, soient parfaitement marqués. ”
Bernard Jullien, De quelques points des sciences dans l'antiquité… (1854)
“ Ajoutez, cependant, que tout rhythme devient mètre (plus ou moins accepté et favorisé) dès qu'un poëte détermine une certaine longueur de prolation et une certaine combinaison de brèves et de longues comme faisant pour lui un vers. C'est la définition; car, d'après Maxime Victorin*, le mètre est le calcul joint à l'harmonie du langage; le rhythme est cette harmonie sans le calcul. ”
Maurice Grammont, Petit Traité de versification française
“ Le nombre des combinaisons possibles est illimité. Très souvent aussi le poète emploie la même strophe d’un bout à l’autre de son poème, avec partout la même disposition de rimes et le même groupement de mètres ; ce dernier mode rappelle, avec des éléments plus étendus, les poèmes où l’on ne se sert que d’un seul et même mètre. Le choix des mètres dans la strophe et des strophes dans le poème. — Le caprice et le hasard n’ont pas plus de rôle à jouer dans les poèmes en strophes que dans les poèmes en vers libres. ”
Paul Valéry,
Album de vers anciens
“ Mû par l’écriture fatale, et si le mètre toujours futur enchaîne sans retour ma mémoire, je ressens chaque parole dans toute sa force, pour l’avoir indéfiniment attendue. Cette mesure qui me transporte et que je colore, me garde du vrai et du faux. ”
Félix Dupanloup,
Principes de lecture publique et de déclamation…
(1858)
“ Vous verrezsiles phrases ont la même forme et la même étendue., Quel est, à cet égard, le devoir du déclamateur ? -C'est d'examiner le mètre et le rhythme suivis par l'auteur, d'y laisser aller sa voix, et même, autant qu'il dépenff de lui, d'en augmenter l'effet. Or, il le fera, sans peine, s'il le veut ; car quelle difficulté peut-il y avoir, pour un homme de goût, à moduler sa voix suivant un beau modèle, quand on rencontre tous les jours des hommes qui, sous l'action seule d'une affection vive et par un sentiment inné d'harmonie, trouvent le secret du mètre ? ”
Charles Grimaud, L'épouse, attrait du foyer...… (1945)
“ Ils sont le « mètre » auquel ils rapportent toutes les dimensions de l'univers, mètre affreusement exagéré, car ils le voient immense, comme tous les objets trop rapprochés de l'oeil : une feuille devant la prunelle ne cache-t-elle pas l'immensité du ciel ? ”
Benoît Bonesi, Traité de la mesure, ou De la division du tems dans la musique et dans la poésie… (1806)
“ Nous avons vu que l'harmonie musicale, qui résulte de la mesure du tems , se forme de proportions relatives , et que les plus étendues de ces proportions sont celles nommées phrases , auxquelles il n'est fixé aucun terme , et de la succession desquelles se forme un ensemble nommé Air , Chœur, etc. : nous avons observé encore , que les mêmes proportions qui regardent la mesure du tems , nommées pied, mètre , rythme, sont indispensables à la poésie ; et personne ne peut révoquer en doute que les Vers ne se forment du concours de ces diverses proportions relatives. ”
Bernard Jullien, L'Harmonie du langage chez les Grecs et les Romains… (1867)
“ Le rhythme produit le vers matériellement, c'est-àdire en tant qu'il est prononcé ; le mètre, en le mèsurant, le rend régulier. On voit par là comment le rhythme ou un vers prononcé se décomposait en pieds, puisqu'il consistait dans l'alternative des syllabes accentuées et des glissantes, c'est-à-dire des arsis et des thésis; et comment le mètre, c'est-à-dire le vers, non pas prononcé, mais écrit ou calculé, se partageait en pieds d'une autre nature, c'est-à-dire en brèves et en longues. ”
Joseph Bertrand, Traité d'arithmétique (4e éd. contenant des matières exigées par le dernier programme d'admission à l'École Polytechnique… (1863)
“ Mesurer une grandeur, c'est la déterminer avec précision en la comparant à une autre grandeur de même nature que l'on regarde comme connue. Dire, par exemple, qu'une longueur a trois mètres, c'est en donner la mesure et l'exprimer au moyen du mètre. ”
Félix Dupanloup,
Principes de lecture publique et de déclamation…
(1858)
“ Quel homme instruit ignore combien la mesure contribue à la beauté du vers, à son harmonie, aux relations intimes et mystérieuses des sons avec les pensées et les sentiments? Dans les vers français le mètre n'est pas noté, mais néanmoins il existe toujours plus ou moins ; le rhythme, pris comme espace, y est aussi nécessaire qu'en grec et qu'en latin. C'est pourquoi plus nos poëtes y ont égard, plus leurs compositions sont parfaites. Ne croyez pas même ces qualités étrangères à la prose ”
Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes
“ Quand la pensée fait le mètre, il faut le laisser subsister, et il y a quelquefois, dans tel écrivain, des phrases qui ne sont insupportables que parce que sa pensée faisant le mètre, sa diction ne le fait pas. ”
Jules Coulet, Études sur l'ancien poème français du Voyage de Charlemagne en Orient (1907)
“ Il n'est pas moins important de constater, au XIe siècle, l'existence d'un poème héroïque n'employant pas le mètre épique et écrit tout entier en vers de douze syllabes. Quand on sait le rôle que joue dans là littérature du moyen âge la forme extérieure de la composition et son importance pour la caractéristique des genres, l'anomalie, à cette date surtout, ne peut manquer de paraître surprenante, et l'on semblerait fondé à supposer, qu'à cet emploi d'un mètre différent correspondait, à tout le moins, un changement dans la façon de chanter ou de dire les chansons de geste. ”
Edgar Allan Poe,
Eureka
(1848)
“ C’est peut-être, en grande partie, notre tendance naturelle vers l’idée de perpétuité, vers l’analogie, et plus particulièrement, dans le cas présent, vers la symétrie, qui nous a entraînés dans une fausse route. En réalité, le sentiment de la symétrie est un instinct qui repose sur une confiance presque aveugle. C’est l’essence poétique de l’Univers, de cet Univers qui, dans la perfection de sa symétrie, est simplement le plus sublime des poëmes. ”
Alexandre Vincent, Lettre à M. Rossignol, professeur suppléant de littérature grecque au Collège de france… (1847)
“ Mais, en vérité, Monsieur, n'est-ce point se faire illusion que de donner le nom de mètre, mesure, à un semblable Protée, comme vous le qualifiez si bien dans l'impossibilité sans doute de trouver une expression plus significative pour représenter une chose dont la nature dépasse toutes les bornes du vague et de l'insaisissable? ”
Léon Chauvin, Histoire du mètre d'après les travaux et rapports de Delambre… (1901)
“ Telle est la longueur du mètre vrai et définitif, déduit de la mesure de la terre, la plus remarquable, la plus exacte qui ait été encore faite, et qui va servir à perfectionner nos connaissances sur la grandeur et la figure du globe que nous habitons. ”
José-Maria de Heredia,
Revue des Deux Mondes
“ Pour eux, le mètre est la disposition mesurée et variée des syllabes du vers, et le rythme la disposition des vers de la strophe. Le rythme serait donc à la strophe ce que le mètre est au vers. L’inventeur de rythmes est celui qui trouve et combine des agencemens nouveaux de vers, de nouvelles strophes. ”
Maurice Grammont, Petit Traité de versification française
“ Si l’on veut au contraire mettre en relief tous les détails d’un développement, tous les traits d’une énumération, on changera de mètre à chaque fois, passant tantôt d’un grand vers à un petit, tantôt d’un petit à un grand. ”
Benoît Bonesi, Traité de la mesure, ou De la division du tems dans la musique et dans la poésie… (1806)
“ H est certain que les me- sures isolées l'une de l'autre ne pourraient offrir qu'un sens très imparfait, par la raison déjà alléguée que la première ne se décide et ne fait entendre sa marche que sur la seconde, de sorte que dans deux mesures il n'y a vraiment qu'un seul mouvement déterminé, et c'est ce qui donne le sens au chant, et que les anciens nommaient mètre, c'est-à-dire., mesure achevée et parfaite. ”
Antoine Meillet,
Les origines indo-européennes des mètres grecs
(1923)
“ C'est un mètre, savant, manié par des spécialistes, les aèdes qui composaient des épopées, les savants qui composaient des poèmes didactiques. C'est un vers où tout est artificiel et traditionnel : le vocabulaire, plein de mots archaïques ; la grammaire, où les vieilles formes se maintiennent à côté des nouvelles, et où se rencontrent des formes éoliennes à côté de formes ioniennes ; le phonétisme, mêlé de formes de dates diverses et de parlers divers. ”
Maurice Grammont, Petit Traité de versification française
“ Quand le poète adopte une même forme de strophe pour tout son poème ou pour une partie, il doit, lorsqu’il a déterminé cette forme de strophe, modeler les idées qu’il exprime dans chaque strophe sur le moule qu’il a choisi. Il doit s’arranger de façon que dans chacune, prise isolément, tout changement de mètre soit justifiable et même exigé par le sens. ”
Saint Augustin,
Les Confessions
(401)
“ Mais sur quelle mesure puis-je apprécier le temps même ? Un temps plus long est-il la mesure d’un plus court, comme la coudée est la mesure d’une solive ? comme une syllabe longue nous paraît être la mesure d’une brève, quand nous disons que l’une est double de l’autre ; comme la longueur d’un poème s’évalue sur la longueur des vers, la longueur des vers sur celle des pieds, la longueur des pieds sur celle des syllabes, et les syllabes longues sur les brèves : évaluation qui ne repose pas sur l’étendue des pages, car elle serait alors mesure d’espace ; et non plus mesure de temps. ”
Scipion Chautard, La Bonne École, ouvrage au moyen duquel… (1843)
“ L'usage ne veut pas, il en ferait un crime, Qu'on mette au féminin STÈRE, GRAMME , CENTIME ; On veut parler de la nomenclature du système métrique qui appartient tout entière au genre masculin. Le mot mètre signifie mesure ; il désigne une longueur d'à peu près dix fois la largeur de la main d'un homme fait. ”
Alexandre Vincent, Analyse du traité de métrique et de rhythmique de saint Augustin… (1849)
“ « Tout mètre est rhythme à cause de l'enchaînement rationnel « de ses pieds ; mais le mètre a ce que le rhythme proprement « dit n'a pas : une terminaison saillante qui arrive à un rang dé« signé. Aussi tout rhythme n'est-il pas mètre. » Vient ensuite une autre distinction du mètre en deux espèces, suivant qu'il admet ou qu'il n'admet pas une coupure qui le partage en deux membres distiocts. Lorsque le mètre admet cette coupure ou césure, il prend en outre le nom de vers ; il conserve exclusivement celui de mètre dans le cas contraire. ”
Charles Blanc,
Histoire de la renaissance artistique en Italie…
(1889)
“ Quant aux proportions moyennes du corps humain dont l'auteur donne ensuite le tableau, ce sont plutôt des mesures que des proportions, parce que les proportions d'un corps doivent avoir pour unité de mesure un des membres de ce corps, et non pas une unité prise en dehors de l'homme, comme le mètre, ou les divisions du mètre, le pied, la brasse, la coudée. ”
“ Il convient donc de conserver l’ancien mètre, mais de le diversifier à l’infini ; l’abandonner pour recourir à un mètre absolument nouveau serait dérouter le lecteur. Il y a du plaisir à retrouver sous des formes inattendues des mètres déjà connus ; il ne faut pas dans le vers de révolution, mais une évolution lente qui habituera progressivement le lecteur aux nouveautés métriques et au bout de laquelle le vers n’en sera pas moins transformé. ”
Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy,
Encyclopédie méthodique
(1788)
“ Ils ont le rythme et le mètre lorsqu’un ordre, un principe, une convention quelconque, ont réglé la lenteur ou la vitesse de prononciation de chaque syllabe dans une langue, et ensuite déterminé le nombre de pieds qui constituent leur mesure. ”
Charles Blanc,
Grammaire des arts du dessin
(1908)
“ Le même génie qui l'avait porté à mesurer les sons pour en créer la musique le porte à mesurer l'étendue, à peser les corps et à régler les surfaces, pour créer l'architecture. On conçoit maintenant pourquoi les hommes veulent de la proportion dans un édifice. Mais qu'est-ce que la proportion ? C'est l'existence d'une mesure commune entre les diverses parties d'un tout. Un corps a des proportions lorsqu'un de ses membres sert de mesure à chacun des autres et au tout. C'est là ce que les Grecs appelaient symétrie. ”
Jean-Baptiste Say,
Traité d’économie politique/1841
“ Une toise ou un mètre sont de véritables mesures, parce qu’elles présentent toujours à l’esprit l’idée d’une même grandeur. Fussé-je au bout du monde, je suis certain qu’un homme de cinq pieds six pouces (mesure de France) a la même taille qu’un homme de cinq pieds six pouces en France. ”
