“ Ce projet, la vie d’un homme n’était pas assez longue pour le voir se réaliser. Taïko l’entreprit néanmoins avec vigueur, tout en cachant soigneusement ses intentions. Moi seul, je fus le confident de ses pensées, et, jusqu’à ce jour, je ne les ai révélées à personne. Lorsque Taïko jeta les princes dans cette guerre contre la Chine, qui parut aux yeux de beaucoup un acte de folie, c’était pour affaiblir les seigneurs par une guerre dispendieuse et les tenir pendant quelque temps éloignés de leurs principautés. ”
Taïko
Définition et enjeux
Citations sur “Taïko”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Taïko-Naga avait été un des fougueux partisans de celui-ci. Dans sa vaillance farouche, il pensait que la victoire du sombre mikado serait le signal d’une proscription générale des todjins, ces cruels barbares d’Europe que leur insatiable avidité poussait sur les côtes de l’empire. Mais, hélas ! Taïko s’était trompé, de même que les autres Samouraïs. Le mikado, ce prince fainéant, invisible et immobile dans son impénétrable palais de Kioto, ne semblait sortir de sa torpeur que pour dépasser les plus fantasques, dans leur amour des innovations. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ En lui-même, il s’amusait extraordinairement de l’aventure de ce Japonais de haute naissance, tombant chez les Tristapattes, dans une bande de rapins, de pions sans ouvrage comme Boumol, de poètes et de petits journalistes, jetant son or aux filles de Bullier, content de cette existence et croyant avoir vu Paris. Alors, il racontait à Taïko que, par delà les ponts, couraient d’immenses boulevards et de longues avenues que, peut-être, il avait traversés en visiteur rapide, sans se douter que la variété d’aspect correspondait à une complète diversité de mœurs. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ La jeune femme ne s’imaginait pas que le Japonais pût la tromper. Elle pensait absolument le tenir par les fortes attaches de la chair et ne croyait pas que cet étudiant, qui profitait si mal des leçons de ses professeurs de droit, dût si bien retenir les enseignements du vicomte de Valterre. Que pouvait-elle craindre d’ailleurs ? Taïko, toujours doux et charmant, était même souvent trop généreux... Elle ne voulait pas qu’il fît des bêtises avec elle. Ça, c’était bon pour les vieillards et les gens sérieux. ”
Judith Gautier,
La Sœur du Soleil
“ Écoute, continua Hiéyas en baissant la voix, cette puissance, il faut l’affaiblir encore ; il faut que le mikado n’aie plus que le titre de souverain ; accable-le d’honneurs, divinise-le de plus en plus, de façon qu’il lève ses regards vers le ciel et les détourne définitivement de la terre. Taïko a été interrompu par la mort dans l’accomplissement de son œuvre, qui est à peine commencée ; les princes sont encore puissants et riches. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Taïko-Fidé pensa aux vadrouilles de jadis, à ses amis les Tristapattes. Il entra. C’était bien là ce qu’il avait connu autrefois : la pareille gaîté ordurière, bête et soulographique, les mêmes femmes avilies, les mêmes clients ivres, la grande symphonie de la bêtise qui ne se respecte pas encore. Mais pas un visage ne rappelait un souvenir au Japonais. Tout passe, tout change. Il sortit, entra dans une autre brasserie. Enfin, à la Haute-Meuse, il rencontra Boumol qui pérorait au milieu d’un groupe d’inconnus imberbes. Le bohème ouvrit les bras, se précipita vers lui. ”
Judith Gautier,
La Sœur du Soleil
“ Comme Taïko était aussi un grand homme de guerre, la victoire vint couronner son entreprise hasardeuse et affermir sa puissance. Le mikado depuis longtemps déjà s’occupait fort peu des affaires du royaume. Taïko trouva bon qu’il s’en occupât encore moins ; il rendit sa puissance illusoire... ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Mais on frappait à coups redoublés à la porte de la loge. Taïko ouvrit : un bouquet de jolies femmes et une bande de jeunes gens se précipitèrent. Il y avait Blanche Timonnier, dite la Joie n’me fait pas peur, une vieille-garde assez bien conservée, Cora, aux armes de Taïko, et Léa la Jolie-Laide. Les hommes étaient : Manieri, le peintre à la mode, celui qui envoie chaque année, au Salon, de jolies petites femmes nues, très léchées ; Otto Wiener, dont tout Paris connaît la face blême, et fredonne les valses fantastiques ; enfin Sosthène Poix, le chroniqueur. ”
Arthur de Boissieu,
Lettres d'un passant par Arthur de Boissieu
(1869)
“ Bien qu'il ait les goûts d'un Chinois, Taïko-Sama est un Japonais pur sang, étant né dans l'île Xicoco, une des plus grandes de celles qui flottent, comme des vaisseaux, sur l'océan Pacifique. Pris à vingt ans du désir de connaître et du goût de voyager, il avait accompagné, dans sa visite à l'Exposition universelle, le frère de cette émanation du ciel appelée Taïcoun par les frivoles humains. Il a lui-même une parenté incontestable avec les astres du ciel, et s'honore à juste titre de compter parmi ses ancêtres un empereur tombé jadis du firmament comme une rosée bienfaisante. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Taïko-Naga essaya encore, par tous les arguments qu’il put trouver, de dissuader son fils. Il lui faisait le plus noir tableau des défauts qu’il connaissait aux todjins et de ceux qu’il leur supposait. L’Europe était un pays sauvage où régnaient des maladies pernicieuses, où les hommes étaient vicieux et cruels. ”
Judith Gautier,
La Sœur du Soleil
“ Il confie le commandement de ses troupes à un de ses généraux, et quitte la scène, par un chemin qui traverse le parterre, et se perd dans les plis d’une draperie. La scène pivote sur elle-même, et découvre l’intérieur d’une pagode. Taïko entre. Il demande à se reposer et à passer la nuit dans la pagode. On lui annonce que Mitsou-Fidé vient d’arriver avec sa femme et sa mère. Ils voyagent et se sont arrêtés là. Taïko fait un bond en arrière. — Mon ennemi si près de moi s’écrie-t-il. Faut-il fuir ? Non, il faut me déguiser. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Il se disait que Taïko-Naga, avec sa haine profonde pour les todjins, après l’avoir laissé, à grand peine, venir à Yedo, ne consentirait jamais à son départ pour l’Europe. La pensée seule de l’épouvantable colère du vieillard l’empêchait de lui faire aucune ouverture à ce sujet. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Taïko-Naga ne comprit pas, d’abord. Puis, sentant à l’air de Fidé que ses projets étaient sérieux, il entra dans une colère terrible. Pâle, debout, retrouvant ses forces dans l’excitation de la haine, il cria, menaça, s’accusant lui-même d’avoir laissé partir son fils pour Yedo, où ces idées étranges lui étaient venues, maudissant les todjins funestes qui, par leurs peintures et leurs promesses ; voulaient lui enlever son enfant. Silencieux et résolu, Fidé laissait passer l’orage. Le vieillard se sauva, craignant sa propre colère. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ D’abord le vieux Taïko-Naga, avec sa sereine et majestueuse figure encadrée dans les jardins de Mionoska. Puis l’officier Durand, les camarades de la traversée, ceux du quartier Latin, la petite Cora, si gentille dans les premiers temps, Valterre, Solange de Maubourg, enfin Juliette. Toute amertume disparaissant devant la certitude qu’il avait de mettre fin à ses souffrances, Fidé considérait cette suite d’événements avec une sorte d’ennui, trouvant que l’existence est émaillée de bien peu de joies et qu’en somme il est plus sage de ne pas être. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Dans la joie des embrassements, le vieillard oubliait de remarquer les vêtements de Fidé qui portaient la marque abhorrée de la façon étrangère. Jamais Taïko-Naga ne s’était senti aussi ému. Pourtant, l’enfant avait déjà fait de longues absences autrefois, lorsqu’il étudiait à Kioto. Mais, alors, le samouraï était plus jeune ; d’autres soucis hantaient son esprit. Aujourd’hui, confiné par sa volonté dans son siro de Mionoska, déjà âgé et de jour en jour vieillissant, il avait mis tous ses espoirs sur la tête de son fils. ”
Adolphe Boucher, Histoire dramatique et pittoresque des Jésuites… (1864)
“ Mais pendant qu'ils délibèrent, l'usurpateur Taïko, homme de tête autant que d'action, gagne des batailles et se fortifie. Les chefs du parti catholique veulent en vain, sur l'ordre des Jésuites, faire revenir les peuples à eux en proclamant qu'ils ne combattent que pour l'empereur détrôné. Le moment est passé : l'habile Taïko a su diriger vers lui le flot changeant de l'affection populaire. Aussitôt les Jésuites se hâtent de faire leur paix avec lui, et intiment à leurs partisans l'ordre de se soumettre au nouveau Coubo. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ XVIIIhara-kiri La résignation mélancolique du Samouraï Taïko-Naga de plus en plus se changeait en misanthropie farouche. Depuis le départ de Fidé, il vivait à Mionoska, dans la retraite, dur aux autres et sévère pour lui-même. Les premiers temps, son existence assombrie avait encore de rares éclaircies, lorsqu’arrivaient les lettres de l’enfant. Mais, aux descriptions étonnées, empreintes de l’admiration des merveilles occidentales, avaient succédé les demandes d’argent incessantes. Sur ce point, le vieillard n’hésitait pas. ”
“ Il se précipite dans la salle de bain, puis en ressort avec tous les signes d’un désespoir qui touche à la folie. La scène pivote encore une fois et représente un champ. Taïko en costume de guerre, environné de soldats, attend au passage son ennemi qui veut fuir. Mitsou-Fidé traverse la scène avec une suite peu nombreuse ; il est enveloppé par les hommes de Taïko. Celui-ci, après un long discours dans lequel il accable de reproches son indigne serviteur ; le fait charger de chaînes et l’emmène prisonnier. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Les étudiants de la rive droite avaient, de leur. côté, remarqué cette physionomie exotique et cet étrange personnage. Dès que son titre fantaisiste de prince fut connu, ils s’empressèrent de lui faire des avances et, tout en restant au quartier Latin, avec ses amis les Tristapattes, lentement Taïko prit pied dans un monde nouveau à l’aspect brillant, aux dehors séduisants qui le fascinait et l’attirait peu à peu. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Sans Valterre, qui, à chaque instant, les obligeait à reprendre leurs distances, ils se fussent enferrés. Tout à coup. Taïko-Fidé, dans un coup droit brusque, découvrit sa poitrine. Le journaliste, sans réflexion, avec une rapidité instinctive, se fendit à fond. Mais sa main fatiguée conduisait mal son arme ; sans que le coup eût été paré, il passa par côté, à deux centimètres du corps. En même temps, le Japonais, allongeant le bras, transperçait obliquement le biceps de son adversaire. ”
Édouard Fraissinet, Le Japon : histoire et description… (1853)
“ Ce qui avait le plus irrité l'Empereur, c'est que des Portugais avaient à plusieurs reprises acheté des indigènes, les revendant aux Indes comme esclaves. Taïko rendait les Pères responsables de tous les méfaits de leurs compatriotes; et c'est pour en tirer une éclatante punition qu'il avait fait signifier à Oucondono, de renoncer à la Foi des chrétiens pour revenir à la religion de ses pères, sous peine d'être banni, dépouillé de tous ses biens et des charges qu'il avait à la Cour. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Maintenant, ils nous ont appris à tuer davantage, sans bravoure. Enfin, nous avons une religion simple, qui ne nous passionne pas : ils veulent nous diviser avec la leur qui est compliquée et immorale. Fidé, la tête baissée, pensait aux merveilles qu’on lui avait contées de la ville impériale et n’écoutait pas. Il monta dans son norimon, et les quatre porteurs partirent au trot. Il semblait à Taïko-Naga que son fils était perdu et que quelque chose se déchirait en lui. ”
“ Moi, le descendant direct des dieux qui fondèrent le Japon, j’abaisse mes regards vers la terre et je vois que le temps s’est écoulé depuis la mort du fidèle serviteur de ma dynastie : Taïko-Sama, que mon prédécesseur avait nommé général en chef du royaume. Le fils de ce chef illustre, qui a rendu de grands services au pays, avait six ans quand son père mourut ; mais le temps a marché pour lui comme pour tous, et il est aujourd’hui en âge de succéder à son père, c’est pourquoi je le nomme à son tour général en chef du royaume. ”
Adolphe Boucher, Histoire dramatique et pittoresque des Jésuites… (1845-1846)
“ En même temps, pour achever de regagner les bonnes grâces du Coubo, les Jésuites se font courtisans, ils se font même soldats. Taïko, dont ils flattent l'humeur belliqueuse, envoie, sur leur conseil, des troupes faire la conquête d'une partie de la Corée, cette presqu'île du continent asiatique qui termine à l'Orient l'empire de la Chine, et n'est séparée de celui du Japon que par un bras de mer peu considérable. L'armée envahissante était en grande partie composée de chrétiens ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Malgré toutes les explications de son fils, il ne consentit pas à prendre le chemin de fer pour aller à Yokohama. Ils parcoururent encore la route en norimon. Lorsqu’ils arrivèrent, dans la rade tranquille formée par la baie de Yedo, se balançait gracieusement, aux poussées des vagues montantes, le paquebot qui devait, le lendemain, emporter aux contrées lointaines le fils de Taïko-Naga. En l’apercevant, le vieillard lança un regard brillant de haine farouche, et des larmes lui vinrent aux yeux. Ému, le cœur torturé par ses craintes, il adressa à son fils une dernière adjuration. ”
Émile Guimet,
Promenades japonaises
(1878)
“ Ta'iko (1) . (Fac-similé d'un dessin japonais) . 1. NOTA. — Sous ce dessin on a imprimé le nom d'Yoritomo, c'est une erreur. — Le personnage représenté est Taïko, le même qui s'est appelé de son vivant tantôt Hashiba, et tantôt Hidé-Yoshi, et que la postérité connaissait sous le nom célèbre de Taïko ; car le Japon honore ses grands hommes sous un nom différent de celui qu'ils portaient de leur vivant. C'est trfs-commode pour les recherches historiques ! son sabre à une Japonaise nommée Endjou et se dirigea au nord vers le Kvantoo. ”
Edmond Villetard,
Le Japon
(1879)
“ Ajoutons que, d'après plusieurs écrivains, le nom de Taïko Sama, décerné au Louis XIV japonais après sa mort, a précisément le même sens que l'épithète de grand, décernée au monarque français de son vivant et ratifiée par la postérité. Taïko Sama était mort à soixante-trois ans, après douze ans de règne, laissant un enfant mineur qu'il s'était hâté de marier avec la fille d'Iyeyas,. l'un des principaux personnages de l'empire. Il avait fait jurer à lyeyas de protéger le jeune prince et de lui remettre fidèlement le pouvoir dès qu'il serait en âge de l'exercer. ”
Jules-Hippolyte Percher,
Hara-Kiri
“ Et les protestations d’amour délicat étaient des comédies. Et les lèvres roses mentaient sous leur apparence d’indignation passionnée. En vérité, mieux valait alors la barbarie des ancêtres. Honte sur cette nation corrompue ! Taïko-Naga avait bien raison et ses haines se trouvaient justifiées : Mieux valait mille fois la simplicité des vieilles mœurs japonaises, que cette société gangrenée dont le mirage tentateur l’avait autrefois séduit. IXl’œuvre des banlieues Pour la première fois, peut-être, depuis son arrivée à Paris, Taïko-Fidé regrettait d’avoir quitté le Japon. ”
Alfred Roussin, Une Révolution au Japon - la chute du taïcoun et les daïmios
“ Iye-yas, à la mémoire duquel on rend un culte sous le nom de Gonguensama, continua les travaux de Taïko-sama, et établit sur des bases inébranlables le système qui a régi le Japon jusqu’à nos jours. Les taïcouns qui se sont succédé sur le trône de Yeddo appartiennent tous à sa famille. L’avènement du chef de cette dynastie fut moins illégitime qu’on pourrait le croire tout d’abord. Iye-yas se rattachait par ses ancêtres aux Guéngi et à l’un des cinq groupes de daïmios koksis descendus des premiers mikados ; Hidé-yori au contraire était le fils d’un homme de naissance obscure. ”
Raymond de Dalmas, Les Japonais, leur pays et leurs moeurs (1885)
“ Au fond du jardin sacré de l'un d'eux, se trouve la maison de plaisance de Taïko, l'un des plus redoutables généraux, qui fut Fauteur d'une sanglante guerre civile avant la révolution dont nous avons raconté les péripéties. Il fut vaincu par la famille Tokougawa qui accapara pendant si longtemps à son profit le trône des Shogun, après avoir fait verser des torrents de sang. Les victimes tombées dans les différents combats reposent dans un grand cimetière établi sur Tune des collines voisines ; leurs sépultures, rangées symétriquement, ont l'aspect d'une véritable armée de pierre. ”
