“ Lentement la tête est retombée sur l’oreiller. Une longue mèche de cheveux dévore la moitié du visage. Et l’homme porte une main à sa gorge pour étancher sa soif. Et il fait miroiter ses doigts devant ses yeux, comme un ruisseau, pour étancher sa soif. Ses yeux chavirent, son cœur aussi chavire. L’autre main tient les draps : s’il allait s’échapper. Quelque part on entend la cloche d’un village, la voiture d’un laitier qui redescend la rue, le bruit familier des mansardes. Pierre à filleul ramène le coin de sa lèvre au bord de son oreille pour un hideux sourire. ”
René Guy Cadou
Élements biographiques
René Guy Cadou (1920-1951) a publié des œuvres comme Porte d’écume ou Poèmes choisis. Ses écrits évoquent le filleul, L'Impératrice ou envol princier et s'inscrivent dans le courant École de Rochefort.
Citations de René Guy Cadou
René Guy Cadou,
Poèmes choisis
“ J’ai vécu comme toi parmi les hordes villageoisesÔ Serge et j’ai bien écoutéLes chiens qui boivent dans l’écuelle de la luneÀ l’odeur d’églantine et de menthe coupéeJe t’apporte un printemps tout neuf ô mon PoèteEt tel que n’en connut la ferme de RiazanAlors que ceint de cuir tu promenais tes bêtesLe long d’un abreuvoir de lumière et de sangAh ! dis bonjour à cousin Serge cheval triste Par ton amour au moins qu’il soit récompenséD’avoir osé prétendre à la flamme des lysQuand le jour s’est éteint sur des poissons séchés ! ”
“ J’ai grandi dans la douleur et dans la haine. Peu importe comment : ma vie n’est pas un roman. Et puis j’allai vivre là-bas, d’abord chez l’oncle Pierre qui était un peu mon parrain. Mon sang coulait avec plus de chaleur en moi. Tout allait bien. On m’ignorait au village. Pierre mourut et je devins Pierre à filleul, un drôle d’homme tout dans ses yeux, mauvais braconnier sans doute. On n’aimait pas me trouver tout seul sur la grand’route sans trop savoir pourquoi. ”
