René Guy Cadou

Élements biographiques

Portrait de René Guy Cadou René Guy Cadou Porte d’écume

Lentement la tête est retombée sur l’oreiller. Une longue mèche de cheveux dévore la moitié du visage. Et l’homme porte une main à sa gorge pour étancher sa soif. Et il fait miroiter ses doigts devant ses yeux, comme un ruisseau, pour étancher sa soif. Ses yeux chavirent, son cœur aussi chavire. L’autre main tient les draps : s’il allait s’échapper.
Quelque part on entend la cloche d’un village, la voiture d’un laitier qui redescend la rue, le bruit familier des mansardes.
Pierre à filleul ramène le coin de sa lèvre au bord de son oreille pour un hideux sourire.
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Portrait de René Guy Cadou René Guy Cadou Poèmes choisis

J’ai vécu comme toi parmi les hordes villageoises
Ô Serge et j’ai bien écouté
Les chiens qui boivent dans l’écuelle de la lune
À l’odeur d’églantine et de menthe coupée
Je t’apporte un printemps tout neuf ô mon Poète
Et tel que n’en connut la ferme de Riazan
Alors que ceint de cuir tu promenais tes bêtes
Le long d’un abreuvoir de lumière et de sang
Ah ! dis bonjour à cousin Serge cheval triste
Par ton amour au moins qu’il soit récompensé
D’avoir osé prétendre à la flamme des lys
Quand le jour s’est éteint sur des poissons séchés !
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Portrait de René Guy Cadou René Guy Cadou Porte d’écume

J’ai grandi dans la douleur et dans la haine. Peu importe comment : ma vie n’est pas un roman.
Et puis j’allai vivre là-bas, d’abord chez l’oncle Pierre qui était un peu mon parrain. Mon sang coulait avec plus de chaleur en moi.
Tout allait bien. On m’ignorait au village. Pierre mourut et je devins Pierre à filleul, un drôle d’homme tout dans ses yeux, mauvais braconnier sans doute. On n’aimait pas me trouver tout seul sur la grand’route sans trop savoir pourquoi.
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