Camille Debans

Camille Debans

Résumé

Portrait de Camille Debans Camille Debans La peau du mort (1880)

Montussan, tu vas me mettre hors de moi.
– Riaux, mon bon camarade, dit alors Montussan d'une voix singulièrement grav, je te l'ai dit : il est trop tard. A quoi bon les serments d'ivrogne ? Si tu m'aimes assez pour être atteint par les médisances que je m'attire, quitlons-nous, séparons-nous. Suppose que je sois mort et ne nous revoyons plus. Au fait, ne suis-je pas réellement un trépassé de l'intelligence et de l'honneur ?
– Comment ! tu penses ces choses-là et tu n'as pas la force.
– Non. J'ai le courage de le dire ; mais je ne puis vivre que ma vie de bohème.
Source : Gallica

Portrait de Camille Debans Camille Debans La peau du mort (1880)

Riaux crut devoir se reprendre et dire :
– Je n'ai pas voulu prétendre...
– Ehh ! qu'importe, mon ami, l'idée que tu as eue. Crois-tu que je ne sois pas fixé sur ce point ? Moi ! vieille guenille usée jusqu'à la trame, moi qui n'ai jamais connu que les fanges de l'amour, moi dont l'existence, en dépit de ma volonté même, a été fatalement entraînée vers le mal, vers la paresse, moi le lâche, le bohème, le corrompu, effleurer d'une pensée de possession cette radieuse innocencee ! Jamais ! jamais !
Me marier avec elle ! Condamner Geneviève à dix ou quinze ans de Montussan !
Source : Gallica

Portrait de Camille Debans Camille Debans La peau du mort (1880)

Qu'est-ce que tu me chantes là, mon pauvre Montussan ? Est-ce que ton punch n'a pas bien passé ?
– Ne ris pas. Le suicide, voilà mon lot, si je ne veux pas devenir un fantoche humilié. Mais sois tranquille. Tout est bien réglé dans ma caboche. Seulement je rajeunis en songeant que d'ici là je pourrai consacrer ma force, mon intelligence, ma vie, à cette enfant.
Riaux se leva.
– Viens m'embrasser, Montussan. Dès aujourd'hui tu es sauvé du naufrage où tu t'engloutissais. Et cent fois bénie soit Mlle Largeval d'être au monde, puisqu'elle te fait parler ainsi !
Source : Gallica

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