Résumé

Portrait de Colette Yver Colette Yver Revue des Deux Mondes

L’impression est assez singulière, alors que la disette de charbon règne partout, qu’elle est à Paris le souci poignant de tous, que le charbon, dont chacun manque, apparaît aux imaginations comme un produit-fantôme dont il n’est plus permis de jouir, de voir ce même charbon emplir les cales de plus de cent vaisseaux qui se renouvellent sans cesse, inonder le port de Rouen, s’amonceler sur les quais, s’entasser nuit et jour dans les wagons et les péniches, enfin abonder.
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L’âme rouennaise, une fois troublée, une fois émue, laisse vite apercevoir les ressources cordiales dont elle est si jalouse, qu’elle ignore souvent. Lorsqu’on vit à Rouen arriver ces uniformes kakhi si peu militaires pour l’œil habitué aux couleurs brillantes de nos troupes, les bras se tendirent, on jeta des fleurs et des baisers, le sentiment si doux, si profond de l’alliance des patries envahit, força les cœurs. Les Anglais étaient l’appui, la force amie, les loyaux auxiliaires : le Rouennais sagace et avisé ne pouvait le méconnaître.
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Rien ne ressemble plus à l’infirmière française que la nurse de l’armée britannique : la souffrance qui s’abandonne à de tendres mains maternelles, la femme qui a pitié et qui se dévoue sont identiques chez deux races dignes l’une de l’autre. Une matron (infirmière major) m’a montré, avec un fin sourire de vieille religieuse catholique, les vestiges de l’Arbre de Noël qu’à Christmas elle avait fait à ses blessés. Quel est l’hôpital français qui, en décembre dernier, n’a pas eu le sien, garni avec le même soin pieux, par des mains aussi douces ?
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