F. de Navenne

Résumé

F. de Navenne Revue des Deux Mondes

Le Campo a cessé d’être la principale place d’une ville de province. On se croirait dans une grande et puissante métropole, car tout Sienne est là ou y sera dans un quart d’heure. Vomis par onze rues, ruelles ou passages voûtés, les dots humains continuent de se déverser dans la place. Une rumeur continue, grandissante, surgit de cette mer agitée. Le soleil, qui baisse à l’horizon, laisse déjà dans l’ombre le palais crénelé des Sansedoni, le casino des Uniti et la place tout entière. Seule la façade du palais public reste éclairée, avec la tour du Mangia perdue dans l’éther.
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F. de Navenne Revue des Deux Mondes

De la place, par le portone ouvert, on aperçoit la campagne qui verdit sous le ciel bleu. J’ai toujours éprouvé un ravissement en franchissant la voûte, par une belle matinée. On débouche sous un portique qui forme le fond d’une cour de moyenne grandeur, délicieuse de vétusté et d’abandon. A droite, un grand mur, tapissé à sa base d’écussons héraldiques. L’horizon, en face, n’a pas de limites. Sur le ciel se détache une fontaine d’une incomparable légèreté. A n’en pas douter, dans ses eaux murmurantes, se cache la divinité tutélaire de Viterbe.
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F. de Navenne Revue des Deux Mondes

Contre les surprises du dehors, le Mangia dressa longtemps sa flèche aiguë. En ce temps-là, loin d’être isolé, toute une forêt de tours élancées lui faisaient cortège ; Sienne en était hérissée, comme aujourd’hui San Gemignano, mais avec la profusion qui convenait à sa puissance. Une tablette de Biccherna, peinte dans l’année funeste du sac de Rome, atteste que ces tours privées, orgueil des palais patriciens, n’avaient pas encore entièrement disparu en 1527. Aujourd’hui, le Mangia est resté maître de l’espace, avec un seul satellite, le campanile de la cathédrale.
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