Fanny Reybaud

Résumé

Fanny Reybaud Revue des Deux Mondes

« Oh ! ma chère Anastasie, je vais donc enfin vous revoir ! Mon pauvre cœur tressaille à cette pensée, et j’éprouve autant de joie que j’ai eu de douleur à vous quitter.
« Savez-vous, cousine, ce que m’a dit l’autre jour mon oncle Maragnon ? C’est que je vous aime tant que je suis capable de prendre le voile pour passer ma vie près de vous !
« Adieu, mon amie et ma sœur ; vous dont l’ame est si paisible et si sainte, vous qui peut-être ne laissez plus qu’une petite place dans votre cœur aux affections terrestres, aimez-moi un peu cependant, et priez Dieu pour votre Éléonore. »
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Fanny Reybaud Revue des Deux Mondes

Parfois Éléonore disait à sa cousine : — Que je suis heureuse, mon Dieu ! je n’avais point de sœur, et le ciel m’en a donné une en vous, chère Anastasie ! J’ai deux frères aussi à présent, deux frères que j’aime de toute mon ame ; peut-on ne pas s’aimer quand on est lié par une parenté si étroite ?...
Un jour qu’elle parlait ainsi, Mlle de Colobrières lui dit avec ingénuité : — Chère Éléonore, moi aussi je vous aime comme une sœur, et volontiers j’aimerais votre cousin Dominique autant que mon frère ; pourtant nous n’avons pas dans les veines une goutte du même sang !
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Fanny Reybaud Revue des Deux Mondes

Mme Godefroi pâlit sous son rouge, et les larmes lui vinrent aux yeux. En ce moment, elle aperçut Estève debout au milieu du chœur, le front calme et rayonnant, le regard tourné vers le ciel, et comme perdu dans les espaces infinis où sa foi cherchait le Dieu auquel il venait de donner sa vie.
— Oh ! triste victime, ton sort s’est accompli ! murmura Mme Godefroi en s’éloignant ; maintenant ne t’éveille pas à la lumière, à la vérité : reste à jamais enseveli dans les ténèbres de ton ignorance, meurs sans avoir vécu ; c’est le seul vœu que puissent désormais faire pour toi ceux qui t’aiment !
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