“ En effet, tant que les Grecs et les Macédoniens furent maîtres de cette cité, ils ne soulevèrent aucune sédition contre nous, et ils toléraient nos antiques solennités. Mais quand le nombre des Égyptiens se fut accru parmi eux par le désordre des temps, les séditions se multiplièrent sans cesse. Notre race, au contraire, demeura pure. 70 C’est donc eux qu’on trouve à l’origine de ces violences, car le peuple était loin désormais d’avoir la fermeté des Macédoniens et la sagesse des Grecs ; tous s’abandonnaient aux mauvaises mœurs des Égyptiens et exerçaient contre nous leurs vieilles rancunes. ”
Résumé
“Contre Apion”, est une œuvre de Flavius Josèphe. Des thèmes tels que les Juifs, Apion ou Manéthôs y sont abordés.
Citations de Contre Apion (Flavius Josèphe)
“ Peut-on honorer Dieu d’une façon plus convenable qu’en préparant tout le peuple à la piété et en confiant aux prêtres des fonctions choisies, de sorte que toute l’administration de l’État soit réglée comme une cérémonie religieuse ? 189 Car les pratiques en usage, chez d’autres, un petit nombre de jours, et qu’ils ont peine à observer, les mystères et les cérémonies, comme ils les appellent, c’est avec plaisir, avec une décision immuable que nous les observons toute notre vie. 190 Quelles sont donc les prescriptions et les défenses de notre loi ? ”
“ Ces peuples, en effet, se font gloire d’offrir aux dieux des hécatombes ; ils mangent les victimes dans les festins, et cette pratique n a pas vidé l’univers de troupeaux, comme l’a craint Apion. 139 Si, au contraire, tout le monde suivait les coutumes égyptiennes, c’est d’hommes que l’univers serait dépeuplé pour être rempli des bêtes les plus sauvages, qu ils prennent pour des dieux et nourrissent avec soin. 140 En outre, si on lui avait demandé lesquels de tous les Égyptiens il considérait comme les plus sages et les plus pieux, il eût convenu assurément que c’étaient les prêtres. ”
“ Les dieux s’irritent contre l’impiété, non contre les infirmités du corps. [257] . Puis, comment quatre-vingt mille lépreux et malades ont-il pu être réunis presque en un seul jour ? Comment le roi n’a-t-il pas écouté le devin ? Il lui avait prescrit, en effet, de faire passer la frontière d’Égypte aux infirmes, et le roi les enferma dans les carrières, comme un homme qui a besoin d’ouvriers, mais non qui a décidé de purifier le pays. [258] . D’après Manéthôs, le devin se tua parce qu’il prévoyait la colère des dieux et le sort réservé à l’Égypte, et il laissa au roi par écrit sa prédiction. ”
“ La preuve, à l’en croire, que nos lois ne sont pas justes, et que nous n’adorons pas Dieu comme il faut, c’est que nous ne sommes pas les maîtres, mais bien plutôt les esclaves tantôt d’un peuple, tantôt d’un autre, et que notre cité éprouva des infortunes [62] , — comme si ses propres citoyens étaient habitués depuis une haute antiquité à être les maîtres dans la cité la plus propre à commander au lieu d’être asservis aux Romains. ”
“ J’appellerai, en témoignage de mes assertions, les écrivains les plus dignes de foi, au jugement des Grecs, sur toute l’histoire ancienne ; quant aux auteurs d’écrits diffamatoires et mensongers à notre sujet, ils comparaîtront pour se confondre eux-mêmes. [5] . J’essaierai aussi d’expliquer pour quelles raisons peu d’historiens grecs ont mentionné notre peuple ; mais, d’autre part, je ferai connaître les auteurs qui n’ont pas négligé notre histoire à ceux qui les ignorent ou feignent de les ignorer. IISur les choses de l’antiquité les Grecs ne sont pas dignes de foi. ”
“ Or, quel est celui de ces peuples dont les citoyens n’aient jamais eu à voyager chez nous ? Et pourquoi dès lors, par un complot sans cesse renouvelé, aurions-nous besoin, pour les Grecs seuls, de verser le sang ? 100 Et puis comment se peut-il que tous les Juifs se soient réunis pour partager cette victime annuelle et que les entrailles d’un seul aient suffi à tant de milliers d’hommes, comme le dit Apion [48] ? ”
“ Pour Chærémon, chassés d’Égypte, ils trouvèrent auprès de Péluse trois cent quatre-vingt mille hommes abandonnés par Aménophis et, avec eux, revenant sur leurs pas, ils attaquèrent l’Égypte et Aménophis s’enfuit en Éthiopie. [298] . Mais le plus beau, c’est qu’il ne dit ni qui étaient, ni d’où venaient tant de milliers de soldats, s’ils étaient Égyptiens ou arrivés du dehors. Il n’a pas même révélé pour quelle raison le roi n’avait pas voulu les amener en Égypte, lui qui, au sujet des lépreux, a imaginé l’apparition d’Isis. ”
“ Dans le désir de défendre Antiochus et de couvrir la déloyauté et le sacrilège qu’il a commis envers notre race par besoin d’argent, ils ont encore inventé sur notre compte la calomnie qu’on va lire. Apion s’est fait le porte-parole des autres : il prétend qu’Antiochus trouva dans le temple un lit sur lequel un homme était couché, et devant lui une table chargée de mets, poissons, animaux terrestres, volatiles. L’homme restait frappé de stupeur. Bientôt il salua avec un geste d’adoration l’entrée du roi comme si elle lui apportait le salut ”
“ Au contraire, les événements qui se sont produits chez les Égyptiens, les Chaldéens et les Phéniciens - pour l’instant je n’ajoute pas notre peuple à la liste -, de l’aveu même des Grecs, ont été l’objet d’une transmission historique très ancienne et très durable. [9] . En effet, tous ces peuples habitent des pays qui ne sont nullement exposés aux ravages de l’atmosphère, et leur grande préoccupation a été de ne laisser dans l’oubli aucun des événements accomplis chez eux, mais de les consacrer toujours par des annales officielles, œuvre des plus savants d’entre eux. ”
“ Les historiens grecs ne mentionnent pas les Juifs parce qu’ils ne les connaissaient pas. [60] Or donc, nous n’habitons pas un pays maritime27, nous ne nous plaisons pas au commerce, ni à la fréquentation des étrangers qui en résulte. Nos villes sont bâties loin de la mer, et, comme nous habitons un pays fertile, nous le cultivons avec ardeur, mettant surtout notre amour-propre à élever nos enfants, et faisant de l’observation des lois et des pratiques pieuses, qui nous ont été transmises conformément à ces lois, l’œuvre la plus nécessaire de toute la vie. ”
“ En effet, s’il n’avait pas eu le plus grand mépris pour les Égyptiens, il ne se serait pas évadé lui-même de cette race : les hommes fiers de leur patrie se flattent d’en être appelés citoyens et attaquent ceux qui s’arrogent sans droit ce titre. ”
“ Informé de ces faits, et redoutant l’avenir, le roi, même alors, ne chassa pas du pays ces infirmes dont il devait, suivant la prédiction, purger l’Égypte, mais, sur leur demande, il leur donna pour ville, d’après Manéthôs, l’ancienne résidence des pasteurs, nommée Avaris. [261] . Ils s’y réunirent en masse, dit-il, et choisirent un chef parmi les anciens prêtres d’Héliopolis, et ce chef leur apprit à ne point adorer de dieux, à ne point s’abstenir des animaux honorés d’un culte en Égypte, mais à les immoler et à les manger tous et à ne s’unir qu’à des hommes liés par le même serment ”
“ Quoi de plus beau que la piété inviolable ? de plus juste que d’obéir aux lois ? 294 Quoi de plus utile que de s’accorder entre concitoyens, de ne point se désunir dans le malheur, et dans la prospérité de ne point provoquer de dissensions par excès d’orgueil ; dans la guerre de méprisez la mort, dans la paix de s’appliquer aux arts et à l’agriculture, et de croire que Dieu étend sur tout et partout son regard et son autorité ? ”
“ De même les Juifs d’Ephèse et au reste de l’Ionie ont le même nom que les citoyens indigènes, droit qu’ils ont reçu des successeurs d’Alexandre [20] . 40 Les Romains, dans leur générosité, n’ont-ils pas partagé leur nom avec tous les hommes, ou peu s’en faut, non seulement avec des individus, mais avec de grands peuples tout entiers ? Par exemple les Ibères d’autrefois, les Etrusques, les Sabins sont appelés Romains [21] . 41 Mais si Apion supprime ce genre de droit de cité, qu’il cesse de se dire Alexandrin. ”
“ Le culte. 193 Il n’y a qu’un temple pour le Dieu un — car toujours le semblable aime le semblable [95] — commun à tous, comme Dieu est commun à tous. Les prêtres passeront tout leur temps à le servir, et à leur tête sera toujours le premier par la naissance. 194 Avec ses collègues, il fera des sacrifices à Dieu, conservera les lois, jugera les contestations, châtiera les condamnés. Si quelqu’un lui désobéit, il sera puni comme d’une impiété à l’égard de Dieu même. 195 Nos sacrifices n’ont pas pour but de nous enivrer – car Dieu déteste ces pratiques – mais de nous rendre sages. ”
“ Même résolus à combattre aussi les Égyptiens, ils n’auraient point osé faire la guerre à leurs propres dieux et n’auraient point non plus rédigé des lois absolument contraires à celles de leurs pères, dans le respect desquelles ils avaient été élevés. [270] . Nous devons savoir gré à Manéthôs de dire que, si les lois furent violées, ce ne fut point sur l’initiative des gens venus de Jérusalem, mais sur celle des Égyptiens eux-mêmes, et que leurs prêtres surtout s’en sont avisés et ont fait prêter serment à la foule. ”
“ Et il n’est pas un Juif, si éloigné de sa patrie, si terrorisé par un maître sévère, qu’il ne craigne la loi plus que lui. 278 Si donc c’est grâce à la vertu de nos lois que nous leur sommes tellement attachés, qu’on nous accorde qu’elles sont excellentes. Et si l’on estime mauvaises des lois auxquelles nous sommes à ce point fidèles, quel châtiment ne mériteraient pas ceux qui en transgressent de meilleures ? XXXIXLa loi juive a subi l’épreuve du temps et a été adoptée par plusieurs peuples. ”
“ Et même parmi les autres Égyptiens, il n’en est pas un seul qui ose sacrifier un porc aux dieux. 142 Apion n’avait-il pas l’esprit aveuglé lorsque, se proposant de nous injurier pour faire valoir les Égyptiens, il les accusait au contraire eux qui, non seulement pratiquent ces coutumes blâmées par lui, mais encore ont enseigné aux autres peuples la circoncision, comme le dit Hérodote [68] . 143 Aussi est-ce justement, à mon avis, qu’après avoir médit des lois de sa patrie, Apion a subi le châtiment qui convenait. ”
“ Le dieu ordonna de purger les temples des hommes impurs et impies en les chassant de là dans des lieux déserts, de noyer les galeux et les lépreux, car, selon lui, le soleil était irrité de leur existence, et de purifier les temples ; qu’ainsi la terre porterait des fruits. [307] . Bocchoris, informé de l’oracle, appela près de lui les prêtres et les serviteurs de l’autel, leur ordonna de faire un recensement des impurs et de les livrer aux soldats pour qu’ils les emmenassent dans le désert, et de lier les lépreux entre des feuilles de plomb pour les jeter à la mer. ”
“ Et d’abord je suis saisi d’un grand étonnement à voir les gens qui croient nécessaire, dans l’étude des événements les plus anciens, de s’attacher aux Grecs seuls et de leur demander la vérité, sans accorder créance ni à nous ni aux autres hommes. ”
“ Depuis la mort de Moïse jusqu’à Artaxerxés18, successeur de Xerxès au trône de Perse, les prophètes qui vinrent après Moïse ont raconté l’histoire de leur temps en treize livres19. Les quatre derniers contiennent des hymnes à Dieu et des préceptes moraux pour les hommes20. [41] . Depuis Artaxerxés jusqu’à nos jours tous les événements ont été racontés, mais on n’accorde pas à ces écrits la même créance qu’aux précédents, parce que les prophètes ne se sont plus exactement succédé. [42] . Les faits montrent avec quel respect nous approchons nos propres livres. ”
“ L’invention première ne parait pas appartenir à Manéthôs, car Hécatée d’Abdère, dont l’ouvrage est, semble-t-il, un peu plus ancien, raconte déjà (ap. Diodore, XL, 3) que les Hébreux sont des étrangers expulsés d’Égypte à la suite d’une peste : c’était la tradition juive elle-même, accommodée au goût du public égyptien. La version d’Hécatée se corsa de nouveaux détails dont le motif est transparent : par exemple, les Juifs ont prétendu que Dieu frappa les Egyptiens de la lèpre ; on riposte qu’eux-mêmes sont des lépreux, etc. ”
“ Les Pasteurs, au comble de la joie, s’empressèrent de se mettre en marche tous ensemble au nombre de deux cent mille hommes environ et peu après arrivèrent à Avaris. Le roi d’Égypte Aménophis, à la nouvelle de leur invasion, ne fut pas médiocrement troublé, car il se rappelait la prédiction d’Aménophis, fils de Paapis. [244] . Il réunit d’abord une multitude d’Égyptiens, et après avoir délibéré avec leurs chefs, il se fit amener les animaux sacrés les plus vénérés dans les temples et recommanda aux prêtres de chaque district de cacher le plus sûrement possible les statues des dieux. ”
“ Vainqueurs de l’Égypte, dit-il ensuite, les envahisseurs venus de Jérusalem commettaient mille sacrilèges qu’il leur reproche, comme s’il ne les avait pas introduits en qualité d’ennemis ou comme s’il était juste de faire un crime de cette conduite à des hommes appelés de l’étranger, alors qu’avant leur arrivée des Égyptiens de race commettaient ces mêmes impiétés et avaient juré de les commettre. [276] . D’autre part, dans la suite Aménophis revint à la charge, gagna une bataille, et, tout en massacrant les ennemis, il les chassa jusqu’en Syrie. ”
“ Les choses se passaient ainsi en Éthiopie. Cependant les Solymites firent une descente avec les Égyptiens impurs et traitèrent les habitants d’une façon si sacrilège et si cruelle que la domination des Pasteurs paraissait un âge d’or à ceux qui assistèrent alors à leurs impiétés. ”
“ Après tant de siècle écoulés, personne ne s’y est permis aucune addition, aucune coupure, aucun changement. Il est naturel à tous les Juifs, dès leur naissance, de penser que ce sont là les volontés divines, de les respecter, et au besoin de mourir pour elles avec joie. ”
“ S’ils avaient juré contre ceux qui les chassèrent une éternelle hostilité, c’eût été un récit vraisemblable ; mais qu’ils aient engagé contre toute l’humanité une guerre implacable, eux qui avaient besoin du secours de tout le monde, vu leur état misérable qu’il dépeint lui-même, cela dénote une très grande folie, non de leur part, mais de la part de l’historien menteur. ”
“ Il disposa le peuple entier à dépendre de lui, et, le trouvant docile en toute chose, il ne profita point de cette situation pour son ambition personnelle ; 159 mais dans les circonstances précisément où les chefs s’emparent de l’empire absolu et de la tyrannie, et habituent les peuples à vivre sans lois, Moïse, élevé à ce degré de puissance, estima au contraire qu’il devait vivre pieusement et assurer au peuple les meilleures lois, dans la pensée que c’était le moyen le meilleur de montrer sa propre vertu, et le plus sûr de sauver ceux qui l’avaient choisi pour cher. ”
“ Ainsi, pour tous les envahisseurs, d’où qu’ils viennent, l’Égypte est une proie facile ; [277] . ainsi, ses conquérants d’alors, informés qu’Aménophis était vivant, n’ont ni fortifié les routes par où l’on vient d’Éthiopie, bien qu’ils eussent pour le faire de nombreux armements, ni préparé leurs autres forces ! « Le roi, dit Manéthôs, les poursuivit jusqu’en Syrie en les massacrant, à travers le sable du désert ». Or, on sait que même sans combattre, il est difficile à une armée de le traverser. ”
“ L’unité et l’identité de croyance religieuse, la similitude absolue de vie et de mœurs produisent un très bel accord dans les caractères des hommes. 180 Chez nous seuls, on n’entendra pas de propos contradictoires sur Dieu, — comme chez d’autres peuples en osent soutenir, non pas les premiers venus suivant la fantaisie qui les prend, mais des philosophes mêmes, les uns essayant par leurs discours de supprimer toute divinité, les autres privant Dieu de sa Providence sur les hommes ”
“ Critique de la religion grecque. 236 Après cela, les Lysimaque, les Molon et autres écrivains du même genre, méprisables sophistes qui trompent la jeunesse, nous représentent injurieusement comme les plus vils de tous les hommes. 237 Je ne voudrais pas examiner les lois des autres peuples ; il est de tradition chez nous d’observer nos propres lois et non de critiquer celles des étrangers ; même la raillerie et le blasphème à l’égard des dieux reçus chez les autres nous ont été formellement interdits par le législateur, à cause du nom même de Dieu [149] . ”
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