Résumé

Portrait de Gaston Boissier Gaston Boissier La Jeunesse de Marc-Aurèle et les Lettres de Fronton

C’était une grande victoire pour Fronton. Aussi sa joie a-t-elle des effusions et des excès qui nous font sourire. Il croyait Marc-Aurèle tellement converti à la rhétorique qu’il allait, dans sa confiance naïve, jusqu’à lui supposer des remords pour s’en être un moment éloigné. Nous voyons qu’il s’applique à les calmer avec un zèle touchant. Il lui montre que ce malheur, tout grand qu’il soit, n’est pas irréparable quand on a le génie de Marc-Aurèle. « Le voyageur qui marche bien peut s’arrêter impunément en route ; il arrivera un peu plus tard, mais enfin il est sûr d’arriver ».
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Portrait de Gaston Boissier Gaston Boissier La Jeunesse de Marc-Aurèle et les Lettres de Fronton

Fronton n’a rien vu de tous ces bienfaits ; ce grand mouvement lui a tout à fait échappé. Le philosophe ne lui semble qu’un faiseur de tours de force de dialectique, un oisif, un fainéant qui passe ou plutôt qui perd son temps à imaginer des sorites et des syllogismes, à échafauder des raisonnemens bizarres et inutiles, comme le chauve ou le cornu. Par un étrange renversement d’idées, l’homme sérieux pour lui, c’est le rhéteur ; l’amuseur public et le diseur de riens, c’est le philosophe.
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On est toujours tenté d’être sévère pour Fronton quand on vient de le relire. Il faut cependant résister, pour être juste, aux impatiences que ce style maniéré nous cause. Chez lui, le cœur était plus droit que l’esprit, et l’homme se fait aimer quand on peut le saisir sous le rhéteur. Peut-être même la rhétorique, qui a fait de lui un si mauvais écrivain, l’a-t-elle aidé à rester un honnête homme. Il respectait en lui l’art qu’il professait, et il tenait à l’honorer par sa vie comme par son talent.
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