“ Me voilà, moi, Hugues de Maurever, chevalier breton, qui enlève une bonne épée à mon duc de Bretagne !— Monsieur mon père, répondit Aubry, ce que je fis ce jour-là, tous les nobles du duché le feront demain. Maurever courba sa tête blanche.— Alors, puisse Dieu m'épargner le châtiment que j'ai mérité peut-être ! murmura-t-il. Et comme Aubry le regardait, étonné, le vieillard reprit :— J'ai cru faire mon devoir, mais le crime de l'homme est entre l'homme et Dieu. Le crime ne change pas le droit de notre seigneur duc à qui appartient la vie de notre corps. ”
Paul Féval
Résumé
La Fée des grèves, roman historique de Paul Féval publié en 1850, se déroule en 1450 aux confins de la Bretagne et de la Normandie, durant la guerre de Cent Ans. L’histoire entrelace les destins de personnages comme Aubry de Kergariou, Reine de Maurever et Méloir, dans un cadre de mystères, de brumes et de légendes maritimes.
L’œuvre mêle aventure, drame familial et récits surnaturels, ancrée dans des réalités historiques précises, comme la chute des Anglais au Mont-Saint-Michel. Adaptée au cinéma en 1909, elle incarne l’équilibre subtil entre fiction et histoire.
Citations de La fée des grèves (Paul Féval)
“ Je vais voir si ma belle Reine pense un peu à son chevalier.— Toi ! son chevalier ! s'écria Aubry furieux ; tu en as menti par la gorge ! Défends-toi !Il lui porta en même temps un coup d'épée au visage, mais Méloir avait sa visière à demi rabattue. L'épée, frappant à faux contre l'acier, se brisa par la violence même du coup.Méloir leva le fer à son tour.— Il faut donc te payer ma dette tout de suite, mon cousin Aubry ? dit-il.Mais au moment où son arme retombait sur Aubry sans défense, une forme blanche glissa entre les deux combattants. L'épée de Méloir se teignit de sang. ”
“ Tais-toi enfant ! tais-toi ! ne blasphème pas ! Oui, je suis un traître, et Dieu m'a puni en livrant aux flammes les demeures de mes vassaux de Saint-Jean. Dans ma solitude, n'ai-je pas entendu comme un écho funeste ? Coëtivy est mort devant Cherbourg, Coëtivy, notre grand homme de guerre ! Ainsi s'en vont les Bretons vaillants, laissant leurs dépouilles dans les champs de la Normandie. Je te le dis, Aubry, je te le dis : la Bretagne commence son agonie dans la victoire, comme le duc François lui-même. Un vent souffle de l'est, qui sera une tempête. La France allongera son bras de fer... ”
