Paul Groussac

Paul Groussac

Résumé

Portrait de Paul Groussac Paul Groussac Revue des Deux Mondes

La cité victorieuse se livra plusieurs jours à des transports de joie indescriptibles : le nom du héros populaire était sur toutes les lèvres, dans tous les cœurs. Liniers, qui, depuis le mois de juin, avait été reconnu par l’Audience comme gouverneur militaire de la province, fut promu chef d’escadre ; il recevait peu après le titre de comte de Buenos-Ayres, avec la grandesse et 100 000 réaux annuels de dotation. Enfin, en décembre de cette même année, la dignité de vice-roi l’élevait au plus haut rang qu’un étranger eût jamais atteint en Espagne.
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Mieux vaut sauter d’emblée au dénouement. Il fut terrible. Chaque colonne, postée de la veille à l’entrée de la rue qu’elle devait parcourir, se mit en mouvement à trois heures du matin, qui est, en hiver, la nuit noire. Sauf pour les deux colonnes extrêmes, qui purent se développer à l’aise et s’emparer, au Sud, de l’hôpital dit la Résidencia, au Nord de la Plaza de Toros, que Gutierrez de la Concha défendit vainement, toutes les autres subirent un sort égal. D’abord, protégé par les ténèbres, chaque bataillon s’engagea sans encombre dans la rue droite aux maisons basses.
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Les générations argentines, qui recueillent aujourd’hui les fruits glorieux de l’arbre planté par leurs pères, se rendent compte des obligations auxquelles ils ont obéi, si dures qu’elles aient été quelquefois. Mais cette reconnaissance, qui n’est au fond que de la justice, les Argentins, dans la générosité de leur âme, la devaient aussi à Liniers, tombé victime de sa foi monarchique, fidèle au serment de loyauté qui pour lui représentait le premier, le plus sacré des devoirs.
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