“ À mesure qu’on s’élève, le soleil devient brûlant. C’est encore trop, sous ses rayons, d’une chemisette de linon fin. Pénétrer sous les sapins, l’étoffe mince collée à la peau, c’est comme si l’on passait sous la manche à air d’un paquebot : une vraie douche. Ha ! l’air pur et froid, enfin, l’alcool de neige, conservé à l’ombre des branches ! Mais un baume l’alourdit, une secrète essence huileuse : là aussi, les bourgeons roses et bruns, gluants de sueur résineuse, distillent leur encens. Passé le dernier ravin, on arrive dans un cirque éblouissant dont il faut gravir les pentes. ”
Simonne Ratel
Résumé
Simonne Ratel, dans 0° cocktail, plonge le lecteur dans un paysage hivernal intense, entre Manchester et les Dominions de l'Empire britannique. L'œuvre, centrée sur les sports de neige et les émotions liées à la nature, suit Hélène et Daisy, protagonistes confrontées à l'alternance entre froid glacial et éblouissement printanier.
À travers des descriptions poétiques de la neige, des cabanes et des bobs, Ratel explore la tension entre effort physique et introspection, mêlant l'élégance des gestes sportifs à la vulnérabilité humaine. L'œuvre, riche en métaphores, célèbre la beauté fragile de l'hiver comme miroir des passions et des fragilités.
Citations de 0° cocktail (Simonne Ratel)
“ Elle voit un paysage blanc, nivelé par le clair de lune : le bob est une flèche dont la hampe est faite de bustes avec une bordure de bras allongés comme des rames, d’un même mouvement, d’un seul côté. Un de ces bustes porte un visage brun, qui rit de plaisir : ses dents brillent. La neige brille. Tout cela se confond en un seul élancement rapide : regret, désir, envie... Le cri la traverse et s’enfuit : Bôôb !... Hélène aime et déteste la douleur exquise de ce sillage, en elle. Perversité ? Eh ! le vieux chef de bureau a des ressources imprévues. ”
“ Cette heure qui est entre l’hiver et le printemps, c’est l’heure où l’esprit s’aperçoit qu’il ne se suffit plus à lui-même. Première défaillance, long frisson du découragement. Plus tard, la joie viendra, parée de toutes les séductions, et on aimera la défaite. Pas maintenant. Maintenant, c’est l’heure où la neige devient boue, où le pur cristal se désagrège, où la méditation virile et sûre qui s’élevait au-dessus du sommeil extatique de la terre se dissout en vapeurs. Et les membres de la guerrière deviennent lourds dans sa cuirasse amollie. ”
