Georges Casella

Résumé

Georges Casella Du sang sur la neige (1918)

Il leva son piolet contre l'absurde
jouet gonflé de paille, mais il s'arrêta, horrifié, parce que derrière lui naissait un bruit redoutable qu'il connaissait : un craquement sourd qui grandissait pour s'achever en fracas assourdissant, en rumeur de tempête. Il osa regarder: l'arête du Mont Rose n'avait plus de corniche. La pente entière, raclée par l'avalanche, apparaissait luisante et nue sous le soleil. Une poussière ténue s'en élevait, comme une fumée.
Baumann, affolé, se pencha. Sur le glacier de Gorner, une masse de neige mouvante avait de singuliers soubresauts.
Source : Gallica

Georges Casella Du sang sur la neige (1918)

L'instinct fut plus fort que son désir de vengeance. Lorsqu'ils atteignirent le névé, ce fut malgré lui que Jean perdit l'équilibre et fila sur la pente, dans l'ombre redoutable.
— Attention ! cria-t-il.
Le heurt de la corde lui scia les reins, puis il eut l'affreuse sensation d'entraîner Robert, dont il ne distinguait plus la silhouette. Il roula, grattant la neige du fer de son piolet. Il répétait : « Foutus !
foutus ! » avec horreur. Enfin un choc brusque l'immobilisa et, près de lui, le corps de son compagnon s'étalait.
Source : Gallica

Georges Casella Du sang sur la neige (1918)

La pente se faisait rapide. Parfois, aux endroits tachés d'ombre, Baumann devait tailler des marches.
Il les coupait d'un coup brusque de son piolet dans la glace vive, et les éclats roulaient à l'abîme avec un crissement plaintif, lent et grave. Jacques et son guide montaient en biais, les genoux ployés, le dos courbé, bossué par le sac, et le prodigieux décor s'élargissait autour d'eux. Un instant ils se reposèrent sur un promontoire de roc, puis, les yeux cachés sous des lunettes noires, ils reprirent leur escalade. Le soleil, qui les brûlait à la nuque, rendait la neige pulvérulente.
Source : Gallica

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