“ Montrez que la plus humble des squaws des Algonquins a plus de cœur et de courage que le premier des guerriers iroquois. Levez les yeux au ciel et priez le Grand-Manitou de vous pardonner vos fautes. Si vous êtes condamnés aux supplices, que les enfants de vos enfants proclament, en apprenant à lancer la flèche et le tomahawk, que les Algonquins n’ont jamais frémi devant la mort, et qu’ils ont subi les plus grandes tortures en chantant, avec courage le chant de mort ! ”
Algonquins
Définition et enjeux
Les Algonquins, peuple autochtone du Canada appartenant au groupe des Anishinaabeg, sont proches des Ojibwés et des Outaouais. Leur histoire, marquée par des déplacements et des alliances, est explorée par des auteurs comme Rodolphe Girard, qui souligne leur courage, ou Benjamin Sulte, qui relate leur mode de vie de chasseurs.
Leur organisation politique, profondément modifiée par la colonisation, est aujourd’hui régie par des élections, comme le précise la loi sur les Indiens. Leur culture, à la fois linguistique et spirituelle, demeure vivante malgré les défis contemporains.
Citations sur “Algonquins”
Benjamin Sulte,
Au coin du feu, histoire et fantaisie
“ Ces peuples chasseurs devaient, en effet, se répandre sur une grande étendue de pays. La tradition des Agniers, tribu iroquoise, porte que le pays des Algonquins était situé à cent lieues à l’ouest des Trois Rivières [2] . Nous savons que dans les premiers temps des Français, l’île des Allumettes, sur le haut de l’Ottawa, était regardée comme le quartier-général des Algonquins, et que d’ordinaire l’on désignait un certain nombre de ceux-ci sous le nom de gens ou Savages de l’Île pour signifier que leur demeure était en cet endroit. ”
Arthur Bouchard, Les chasseurs de noix
“ Mais, sur les croupes des collines séparant les vallées au fond desquelles coulaient les nombreux ruisseaux et rivières qui sillonnent ce pays en tous sens, aussi bien que sur les flancs des montagnes bornant l’horizon au sud, croissaient, en quantités innombrables, les érables à sucre — que les Algonquins appelaient : « Inimatik, » c’est-à-dire, l’arbre par excellence — aux troncs droits et élancés, au feuillage du plus beau vert et aux feuilles découpées comme les plus fines dentelles. ”
“ Nous connaissons assez maintenant la mentalité des Algonquins pour deviner que leur folk-lore doit tirer ses machines poétiques surtout de l’intervention des esprits qu’ils mêlent à toute la nature. Celle-ci est leur autre amour. ”
“ Ce sont les barbares qui ont massacré la première bande d’Algonquins et qui reviennent en triomphe avec leurs captifs et Oroboa. Les Algonquins s’aperçoivent alors que leur malheur est complet. Les femmes et les enfants fendent l’air de leurs gémissements. Mornes et sombres, les guerriers captifs se regardent avec angoisse et désespoir. ”
“ Les Algonquins ont été sérieusement avertis que les leurs, emmenés à Québec, répondraient pour nous... » — « Ne vous alarmez pas, reprit Fleur des Ondes ; vous rejoindrez, sans beaucoup de retard, votre capitaine. Je vous conduirai par un chemin de raccourci qui a encore l’avantage d’être le plus sûr. C’est une suite de rochers que l’on dirait dégringolés les uns sur les autres ; les sauvages ne s’y aventurent jamais, parce qu’ils croient que là se trouve la demeure du diable. En partant à l’aurore et faisant diligence, nous pouvons atteindre le village des Algonquins à la nuit tombante ». ”
“ Des cadavres jonchent le sol. Un ruisseau de sang mêle ses flots à ceux du lac tout proche. Ce ne sont que prouesses de part et d’autre. Chaque combattant est ivre de carnage. Toutes les ruses des fils des bois sont employées. Du côté des Algonquins, un homme, jeune encore, d’une vigueur et d’une agilité surprenante, se distingue. ”
“ C’était le Rocher Percé. Voilà qu’en y arrivant, les Iroquois apprennent qu’une armée de plus de cinq cents Algonquins descend vers le lac, de l’autre côté du cap. En effet, peu après, alors que les Iroquois étaient occupés à dresser leur campement d’un côté du Rocher, des cris de mort retentirent. Les Iroquois ont été aperçus par les Algonquins qui foncent aussitôt sur eux. Il y eut de part et d’autre des prodiges de valeur. Les Iroquois refoulés d’abord, revinrent à la charge en poussant leur féroce cri de guerre. Un corps à corps suivit. Chaque coup est un coup mortel. ”
Léo-Paul Desrosiers, Iroquoisie/Tome I
“ Ils craignent les expéditions de guerre des Agniers l’hiver, lorsqu’ils sont à la chasse. D’autres Algonquins viennent tournoyer autour de Sillery. Trente à quarante familles sont déjà établies là, à demeure, elles sont redevenues sédentaires, elles sont chrétiennes. Elles reçoivent des visites de plus en plus longues de leurs compatriotes. Les Algonquins de l’Île en particulier gravitent autour du village. Ceux-là, « quoique presque tous ruinés et réduits à rien, sont demeurés dans un orgueil étrange... » ”
“ Ils tombèrent comme un coup de foudre sur les tentes des Algonquins. Ils n’y trouvèrent que des femmes et des enfants. Tous les hommes étaient partis pour la chasse. Pas une femme, pas un enfant n’a le temps ni de se reconnaître, ni de s’enfuir. L’ennemi ne laisse aucun d’eux s’échapper. Trois Iroquois sont préposés à leur garde, et quinze autres partent à la recherche des hommes. ”
Léo-Paul Desrosiers, Iroquoisie/Tome I
“ De plus, c’est une coutume indienne que chaque membre de la tribu chasse sur la bande de territoire qui lui est assignée ; comme on le voit, les Algonquins du lieu la brisent continuellement et chacun tente de chasser sur la parcelle du voisin, ce qui indique un état de choses peu satisfaisant. Les Algonquins de l’Île se tirent mieux d’affaire. Ils cultivent un peu le sol, tout comme les Hurons, et ils ont quelques produits agricoles à offrir aux peuples du Nord ; ils peuvent obtenir leurs pelleteries et les revendre. ”
Léo-Paul Desrosiers, Iroquoisie/Tome I
“ En un mot, l’existence de la clause secrète paraît maintenant douteuse à la foule. Ceux qui savent se tiennent cois. D’autres nient la nouvelle. Mais ces dénégations ne rendront pas aux Algonquins la quiétude parfaite qu’ils ont perdue. Déjà défiants et réticents durant les conseils de 1645, ils sont vivement alarmés par les derniers incidents. C’est qu’ils connaissent bien, eux, leurs ennemis invétérés et qu’ils ne croient pas que la réconciliation soit sincère. Ils se sentent obscurément menacés. ”
Benjamin Sulte,
Au coin du feu, histoire et fantaisie
“ Les gens qui restaient de cette tribu furent adoptés par la nation algonquine, sans toutefois perdre leur principal chef, duquel ils tenaient le nom de l’Iroquet. Ce petit peuple offre ainsi doublement l’une des singularités que l’on observe chez les Sauvages du Canada : battu par les Iroquois, il devint iroquois, puis battu par les Algonquins, il redevint algonquin. Ajoutons que les Hurons, avec lesquels il avait eu tant de rapports, se rapprochèrent des Algonquins vers la même époque que lui probablement, entre 1560 et 1580. ”
“ Les plus méridionaux apprennent, des Confédérés et des Hurons, à cultiver la terre et à fortifier leurs villages. Quant à leurs autres industries, les Algonquins les tiennent de leurs ancêtres. Ils savent tisser des sacs et des nattes avec de l’écorce, et des couvertes avec des lanières en peau de lièvre. Tous pratiquent la pictographie, savent extraire de la terre et de certaines plantes, des couleurs brillantes et solides, et possèdent le secret de fabriquer des terrines à l’épreuve du feu. ”
“ Ainsi, l’enfant des bois, de caractère faible, déploie cependant une volonté étonnante, lorsqu’il est convaincu de la réalité d’un danger et ne voit qu’un moyen très difficile de l’éviter. Alors, l’arc de ses facultés, ordinairement détendu, se bande, et ce sauvage devient un être peu banal, un vrai démon de l’aventure hasardeuse, du canot d’écorce, du tomahawk et de la massue. Aussi, les Algonquins se font-ils rapidement belliqueux au contact des Hurons-Iroquois qui, pourtant, ne le sont pas et ne commencent à l’être, semble-t-il, que par nécessité. ”
“ Lorsque le soleil éclaira la forêt, il sembla à l’esprit endeuillé du jeune homme qu’il ne l’avait jamais vue ainsi, et que tout serait désormais ombre et chaos dans sa vie. Vers cinq heures de l’après-midi, il atteignit la bourgade. Les Algonquins à peine remis de l’orgie de la veille, commençaient à comprendre la gravité de la disparition des Français. Les uns accusaient les blancs de s’être enfuis pour courir seuls au devant de leur chef ; les autres attribuaient le coup aux Iroquois. Ceux qui se rappelaient les supplications de La Source, se gardaient bien de révéler leur couardise. ”
Léo-Paul Desrosiers, Iroquoisie/Tome I
“ Les Algonquins sont sensibles à l’invitation qui part d’une si grande générosité de cœur. Mais ils connaissent mieux l’état des choses que les nouveaux venus. Ils savent à quels dangers est exposée cette place sur la frontière. ”
Léo-Paul Desrosiers, Iroquoisie/Tome I
“ Ces deux misérables Agniers indiquent une rivière, non loin, où quelques hommes font la pêche et fabriquent avec des écorces des collets propres à capturer des orignaux ; plusieurs femmes y récoltent aussi des orties pour en faire des cordages. Les Algonquins se rendent aussitôt sur les lieux. Ils attaquent vivement la petite troupe, tuent, blessent, massacrent. Ils mettent enfin à mort vingt-huit personnes. ”
Léo-Paul Desrosiers, Iroquoisie/Tome I
“ En un mot, les Algonquins, ni en Huronie, ni à Québec, ni aux Trois-Rivières, ne trouvent un accueil sympathique pour leurs projets de vengeance. Mais ils ne s’en tiennent pas là. Ils doivent se consulter de nouveau entre eux, et se consulter avec les Hurons à l’embouchure du Richelieu. Et c’est maintenant vers cet endroit que convergent les Hurons qui ont franchi le territoire des Algonquins de l’île, les Montagnais de Tadoussac et les Indiens de Saint-Laurent. Un missionnaire part par exemple en barque pour les Trois-Rivières ”
“ De part et d’autre, mais surtout du côté des Algonquins, il y a des tués et des blessés. Et comme le soleil disparaît à l’horizon, derrière la ligne sombre des pins, ensanglantant de son disque le bleu fade du ciel, le combat cesse. Les guerriers qui conservent encore assez de forces pour s’enfuir sont étroitement garrottés. Vieillards, femmes, enfants, incapables de marcher, sont achevés avec barbarie. On broie, taille, brûle. Le plus doux des supplices est l’extraction des ongles. ”
Benjamin Sulte,
Histoire des Canadiens-français…
“ Les Iroquois en général étaient doués d’une imagination vive et d’un tempérament passionné. Les Algonquins offraient à peu près tous les traits opposés. Ils s’adonnaient à la guerre et à la chasse, conséquemment menaient une vie nomade. Leur mode de gouvernement s’en ressentait ; on peut même dire qu’en dehors du pouvoir déféré au chef de chaque famille, il n’existait pas d’autorité dans la nation, et, par suite, très peu d’ensemble dans la conduite des affaires publiques. ”
“ On se tue toujours pendant que le soleil baisse à l’horizon. Jusques là, le combat avait porté au pied du cap, sur une lisière de terrain qui s’étendait entre le Rocher et le lac. Mais voilà que les Algonquins s’aperçoivent que le gros de leurs ennemis se tient plutôt caché vers le milieu du cap et semble concerter une attaque de leur groupe par derrière en passant par la faille. ”
Arthur Bouchard, Les chasseurs de noix
“ Les Algonquins n’avaient amené, dans leur expédition, que juste assez de femmes pour porter les bagages et préparer les aliments. Le reste de la population, composé surtout de femmes et d’enfants, était resté au village. Ils accueillirent les arrivants avec de grandes démonstrations de joie, qui se changèrent en pleurs et en lamentations quand ils apprirent les nombreuses pertes que la troupe avait subies au cours de l’expédition. À peine étions-nous arrivés dans le village que le chef, me prenant par le bras, m’entraîna dans sa cabane. ”
Arthur Bouchard, Les chasseurs de noix
“ Un peu au-dessous de l’endroit où les Algonquins avaient atterri, une petite anse, bordée de sable fin et de gravier, invitait au débarquement les voyageurs passant par là. Acaki ne doutait pas un instant que ceux qu’il attendait en les faisant guetter s’arrêteraient là, soit pour se reposer, soit pour faire leurs préparatifs d’arrivée à Lachine qui, à cette époque, était l’endroit où les sauvages des pays d’en haut, comme on appelait toute la région des grands lacs, arrivant pour traiter leurs pelleteries, rencontraient d’ordinaire les premiers Blancs. ”
Léo-Paul Desrosiers, Iroquoisie/Tome I
“ Mais ce n’est pas petite entreprise que de calmer la fureur algonquine : le bûcher est prêt, Indiennes et Indiens ont la torche à la main. On fait intervenir les Algonquins catholiques ; ils calment leurs compatriotes. Montmagny veut aussi que les Hurons lui abandonnent leurs deux prisonniers. Ceux-ci font la sourde oreille. Des Algonquins suggèrent alors au Gouverneur de convoquer un conseil, d’inviter les Hurons, de leur offrir des présents en échange de leurs captifs. ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ Les Algonquins habitent dans la nouvelle France, le long des bords du fleuve S. Laurent, jusqu’au grand lac des Hurons. Un sauvage algonquin, un village algonquin, une algonquine, la langue algonquine. ”
“ Leur manque absolu d’organisation et l’impossibilité d’en avoir pour des peuples nomades isolés par petites bandes ; leur crainte des Iroquois ; les bons traitements reçus de Champlain, de ses successeurs et des missionnaires, font bientôt de tous les Algonquins des alliés fidèles et même affectueux des Français. Mais ils restent vagabonds et ne semblent pas comprendre l’avantage d’un état social plus parfait que la tribu. ”
Léo-Paul Desrosiers, Iroquoisie/Tome I
“ Les Agniers veulent-ils discuter loin des Français avec les Algonquins et les Hurons des questions afférentes aux pelleteries ? Mystère. Un Huron célèbre prononce ensuite une harangue, mais sans dire de phrases bien significatives : « ... Nous sommes frères, s’écrie-t-il, la conclusion est prise, nous voilà tous parents, Iroquois, Hurons, Algonquins et Français, nous ne sommes plus qu’une même chose ». Un Iroquois invite tous les Indiens à la chasse : « Tout le pays qui nous sépare est rempli d’ours, de cerfs, d’élans, de castors, et de quantité d’autres bêtes... ». ”
“ La langue iroquoise n’était pas aussi répandue que l’algonquine, ce qu’il faut attribuer au genre de vie plus sédentaire de ces indigènes. Ils résidaient le long de la rive méridionale du Saint-Laurent et des lacs, depuis la rivière de Sorel jusqu’au lac Michigan, et possédaient les vastes et fertiles plaines situées entre l’Hudson et l’Ohio. Les Iroquois étaient supérieurs aux Algonquins et aux Sioux sous bien des rapports. Ils cultivaient les arts de la paix et excellaient aussi dans ceux de la guerre. ”
Arthur Bouchard, Les chasseurs de noix
“ Comme le jeune Canadien parvenait à se hisser sur le premier des deux arbres, ce qui n’avait pas été chose facile pour un homme blessé comme il l’était, et qui lui avait pris un certain temps, un colosse huron y sautait, prenant pied à côté de lui, et lui assénait un formidable coup de tomahawk sur la tête. Puis, rebondissant à terre de l’autre côté des deux arbres, le sauvage reprenait sa course à la poursuite des Algonquins, précédé de ses compagnons qui, eux, avaient fait le tour de l’obstacle, et tous ensemble ils disparurent parmi les broussailles qui formaient le sous-bois. ”
Léo-Paul Desrosiers, Iroquoisie/Tome I
“ Les Algonquins surveillent étroitement le fleuve. Une barque française monte à la rivière des Prairies ; les matelots découvrent « un canot, qui rôdait doucement à l’entour des îles, pour voir s’il ne découvrirait point quelque Iroquois » [11] . Deux des Français demandent aux Indiens de les ramener aux Trois-Rivières ; ils n’obtiennent ce privilège qu’avec peine : ces alliés sont persuadés que les Iroquois les tueront au retour. Ils sont nerveux et demeurent aux écoutes ; ils sont convaincus que des bandes ennemies sont en route. Leur instinct ou leurs renseignements sont sûrs. ”
Pierre Durandal, Le supplicié vivant (1882)
“ Au nord du Saint-Laurent vivaient les Algonquins, tribus généralement nomades, qui parcouraient les forêts pour y suivre la piste des cerfs, des élans, des daims et des chevreuils, tout en étant forcées parfois de se défendre contre les ours et les loups. Souvent aussi ils pénétraient dans les plaines voisines des grands lacs qui étaient le domaine des bisons. Ou bien encore ils longeaient les rivières et s'engageaient dans les marais pour y surprendre le castor et la loutre, dont ils vendaient la fourrure aux Européens, et principalement aux colons du Canada. ”
