“ Le Bas-Canada et les autres colonies de l’Amérique du Nord sont, à mon avis, le bras droit de l’empire britannique. Je suis convaincu que quand les Canadiens seront le double de ce qu’ils sont actuellement, ils défieront toute l’union américaine. Ce sont les meilleurs colons de l’Angleterre. La seule chance qui reste à celle-ci de conserver ses possessions américaines, c’est de laisser les Canadiens français s’étendre dans toute la province basse, et s’y régir par leurs institutions actuelles ; autrement cette colonie sera perdue à jamais pour la métropole. ”
Barker
Résumé
“Revue des Deux Mondes”, est une œuvre de Barker. Des thèmes tels que Haut-Canada, Bas-Canada ou les Canadiens y sont abordés.
Citations de Revue des Deux Mondes (Barker)
“ De Kingston à l’extrémité occidentale de la province règne une forêt continuelle, qui empêche la vue de s’étendre sur aucun point à plus d’un mille de distance. Le sol en est extrêmement fertile ; mais jusqu’ici les habitans se sont contentés d’en tirer le simple nécessaire, et n’ont nullement songé à l’amélioration ou à l’embellissement de leurs propriétés. La nature semble avoir plus fait pour le Haut-Canada que pour toute autre contrée du globe. ”
“ La langue iroquoise n’était pas aussi répandue que l’algonquine, ce qu’il faut attribuer au genre de vie plus sédentaire de ces indigènes. Ils résidaient le long de la rive méridionale du Saint-Laurent et des lacs, depuis la rivière de Sorel jusqu’au lac Michigan, et possédaient les vastes et fertiles plaines situées entre l’Hudson et l’Ohio. Les Iroquois étaient supérieurs aux Algonquins et aux Sioux sous bien des rapports. Ils cultivaient les arts de la paix et excellaient aussi dans ceux de la guerre. ”
“ Les Européens commencent enfin à se défaire de leurs préjugés contre ce beau pays, qu’ils comparaient, sans le connaître, aux déserts de la Sibérie ; et ses avantages sont actuellement si bien appréciés des habitans de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, qu’on peut sans exagérer porter à huit ou dix mille le nombre de ceux qui viennent s’y établir tous les ans. L’émigration des États-Unis y est aussi fort considérable. Cette partie du Canada ne renferme rien d’intéressant pour le voyageur, si l’on en excepte la cataracte de Niagara, et un petit nombre d’autres curiosités naturelles. ”
“ J’encouragerais ces derniers, ce sont les seuls habitans sur lesquels vous puissiez compter. La population des autres provinces est mêlée, bien que renfermant beaucoup de bons et dévoués serviteurs ; les Canadiens français au contraire sont unis par une origine commune dont ils sont justement fiers, par leur religion, leurs mœurs et leurs vertus, et sont intéressés à soutenir une réputation qu’ils ont conservée jusqu’ici sans tache. ”
“ Aussitôt que ces lots furent peuplés, les seigneurs en formèrent d’autres sur les derrières, qui furent habités à leur tour. Toutefois, comme il est d’usage au Canada de ne défricher que le devant de chaque lot, et de laisser quarante à cinquante acres de bois dans le fond pour les usages domestiques, l’étranger arrivant dans le pays, s’imagine qu’il n’existe point d’établissement au-delà de la contrée cultivée, c’est-à-dire à un mille environ du rivage du Saint-Laurent, où le pays présente le même aspect boisé qu’il avait à l’arrivée des premiers Européens. ”
“ Mêmes lois, mêmes coutumes, mêmes habitudes, mêmes idées ; le régime féodal et ecclésiastique d’alors subsiste encore chez eux dans son intégrité, et, chose étrange ! ils ne témoignent pas le moindre désir d’améliorer leur condition. Seuls sur le continent américain, ils sont restés impassibles et comme engourdis au milieu des révolutions qui ont affranchi le Nouveau-Monde ; on les a même vus repousser avec un acharnement qui tenait du fanatisme le don que les États-Unis voulaient leur faire de l’indépendance. ”
“ Les immenses profits que les Canadiens ont retirés jusqu’ici de l’exploitation des forêts, dont leur pays est couvert, sont une des causes principales du peu de progrès qu’ils ont faits dans l’agriculture. Le Canada produit des bois de toute espèce. Le chêne, qui abonde sur le bord de quelques-uns des grands lacs et le long des rivières, atteint une grosseur moyenne de dix-huit pouces carrés et cinquante pieds de hauteur. ”
“ La population du Bas-Canada se compose des descendans des premiers colons français et d’émigrans de la métropole et des États-Unis. Les premiers, qui forment peut-être les trois quarts ou les quatre cinquièmes des habitans, se font remarquer par d’excellentes qualités ; ils sont probes, hospitaliers, polis, économes, spirituels et industrieux : qualités qui se trouvent rarement dans une société où le manque d’instruction est absolu. Les Canadiens français en sont encore, pour la civilisation, au temps de Louis xv. ”
“ Le Bas-Canada nomme cinquante députés, et le haut quarante. Les Canadiens de tous les rangs, de toutes les classes et de toutes les professions, ont accès à la maison d’assemblée ; aussi il n’est pas rare d’y voir les graves et importantes questions du gouvernement débattues par des hommes qui souvent ne savent ni lire ni écrire. ”
“ Ils se plaignent de ce qu’il n’existe point de cour de justice à une distance convenable de leurs établissemens, et réclament le privilége de nommer des représentans à la maison d’assemblée. Le plus grand obstacle à la prospérité de la colonie, c’est, suivant les pétitionnaires, que les privations et les autres inconvéniens qu’ils éprouvent, détournent les émigrans anglais de s’établir dans la province basse, qui est préférable à l’autre sous tous les rapports, et ils conseillent, comme une mesure salutaire, de réunir les deux provinces sous un même gouvernement. ”
“ Je ne puis partager l’opinion sévère de quelques voyageurs sur le caractère grec et sur l’influence funeste d’une si longue oppression. Je ne doute pas, au contraire, que si ce beau pays est conduit pendant quelques années par un gouvernement sage, il ne surprenne l’Europe par ses progrès dans tous les genres de civilisation. ”
“ Les forêts, surtout celles qui sont les plus éloignées des établissemens, fournissent aussi ces fourrures et ces pelleteries qui constituent, à proprement parler, la véritable richesse des deux Canada. Depuis peu néanmoins, cette branche de commerce commence à déchoir par suite de la rareté toujours croissante des animaux à fourrures, dont les plus estimées sont celles du renard, du castor, de la loutre, du rat musqué, du chat sauvage, du daim, de l’ours et du bison. On a remarqué que les bêtes fauves qui habitent les forêts du Canada sont naturellement peu féroces. ”
“ Laisser la seule clef de communication, la seule source de revenus dans la possession exclusive d’un peuple aussi anti-commercial et aussi opposé à fraterniser avec ses concitoyens britanniques que le sont les Canadiens français, c’est, suivant les pétitionnaires, le comble de la mauvaise politique. ”
“ Les juges, avec les meilleures intentions du monde, sont trop peu versés dans la connaissance des lois pour pouvoir remédier à cet état de choses ; et les avocats, étant pour la plupart des naturels du pays ou de jeunes aventuriers d’Angleterre ou d’Irlande, qui ont embrassé la profession du barreau sans avoir fait d’études préalables, il en résulte que leur ignorance donne lieu à une foule de procès. L’étude du droit, au Canada, est hérissée de difficultés presque insurmontables. ”
“ Il n’y rencontre qu’une forêt sans fin, repaire des bêtes fauves, quelques huttes en bois, éparses çà et là et de l’aspect le plus lugubre, des champs mal cultivés, et des routes construites avec des troncs d’arbres de neuf pouces à deux pieds de diamètre, jetés en travers, et si irrégulièrement disposés, qu’elles sont impraticables pour les voitures voire même pour les chevaux et les bestiaux. ”
“ Quoique la population soit un mélange de naturels de la plupart des contrées de l’Europe et de tous les états de l’Union américaine, il y existe néanmoins une grande conformité de mœurs, de coutumes et de caractères. Français, Irlandais, Anglais, Écossais, Allemands, Hollandais renoncent, au bout de quelques années de résidence, à leurs habitudes nationales pour adopter celles des Américains. La majorité des habitans se compose d’émigrans des États-Unis et de descendans des réfugiés royalistes qui s’y fixèrent après la guerre de la révolution. ”
“ La tolérance religieuse y a toujours été à l’ordre du jour ; aussi dans la province basse, catholiques et protestans vivent ensemble en parfaite intelligence. Chaque communion pourvoit elle-même à l’entretien de son clergé. Celui de l’église catholique perçoit une espèce de dîme du vingt-sixième environ du produit du sol. Le gouvernement paie celui de l’église anglaise, et les ministres des autres croyances sont maintenus par leurs troupeaux respectifs. Le Haut-Canada est presque entièrement desservi par des missionnaires de l’église méthodiste épiscopale des États-Unis. ”
“ Dans le Haut-Canada, la justice civile est rendue : 1o par une cour du banc du roi, composée d’un chef de justice, de deux juges, d’un procureur et d’un avocat général ; 2o par une cour de justice avec un juge pour chaque district ; 3o par une cour des requêtes formée de juges de paix. Les cours de districts se tiennent tous les trois mois, dans le chef-lieu de chaque district, et les cours de requêtes dans chaque arrondissement, une fois tous les quinze jours. ”
“ La province se divise en onze districts [4] , subdivisés en vingt-trois comtés, lesquels, avec les villes d’York, Kingston et Niagara, envoient quarante membres au parlement provincial. Tous les habitans mâles de seize à quarante-cinq ans, en état de porter les armes, étant appelés à faire partie de la milice, l’on compte actuellement dans le Haut-Canada une soixantaine de régimens de milice, supérieurement organisés, et dont l’effectif peut monter à 30,000 hommes. ”
“ J’ai vu des enfans étudier à l’ombre d’un mur, parce qu’ils ne pouvaient trouver place dans l’enceinte. Dans la pénurie de toutes choses, on voit à peine un volume entier dans une école ; les élèves se partagent les feuillets, et ceux qui ne peuvent en avoir copient leur leçon. Malgré ces difficultés matérielles, on ne saurait exprimer les progrès de ces pauvres enfans. ”
“ En passant sur les montagnes couvertes de neiges éternelles qui parcourent les affreuses solitudes situées entre le Saint-Laurent et le pôle, ce vent acquiert un degré de froid qu’il conserve encore malgré la différence de latitude. Vers la fin d’avril, la neige commence à fondre, et le sol étant une fois à découvert, la végétation succède bientôt aux frimas. L’agriculture est encore fort arriérée dans le Bas-Canada. ”
“ Si elle survit à son mari, elle ne peut léguer son douaire, ni en disposer autrement, attendu qu’il échoit aux enfans de son premier lit ; si c’est la femme, au contraire, qui meurt, ses enfans ont le droit de réclamer du père le partage du douaire de leur mère. Il en résulte qu’il est dangereux d’acquérir des propriétés au Canada, à moins cependant que la vente n’en soit effectuée par l’entremise du schérif, qui, s’il en donne publiquement avis, met l’acquéreur à l’abri de tout danger. ”
“ Le Bas-Canada [5] est non-seulement plus pittoresque que la province haute, mais ayant été colonisé long-temps auparavant, il est beaucoup plus riche et plus peuplé. Sa population s’élève à 450,000 habitans. Les fermes sont si rapprochées les unes des autres, qu’on avait au Canada des villages de cinquante milles d’étendue. Les principaux établissemens longent la gauche du Saint-Laurent. ”
“ Le loup, quoique plus grand que celui d’Europe, s’enfuit à l’approche de l’homme ; l’ours sort clandestinement du creux de son arbre pour poursuivre sa proie ; les serpens ne sont pas aussi venimeux que ceux du midi, et le voyageur n’a véritablement à craindre que les moustiques, qui, en été, sont extrêmement incommodes. ”
“ Cette justice tardive rendue au Canada a déjà produit d’heureux fruits. Sir James Kempt, dont l’administration est bénie à la Nouvelle-Écosse, a accédé aux vœux des Canadiens : les procès de la presse et autres, intentés par l’esprit de parti, ont cessé. Lord Dalhousie ne nommait que ses créatures aux emplois publics ; le nouveau gouverneur y appelle des hommes capables, sans égard à leurs principes politiques. Il vient de choisir, pour juge de la cour du banc du roi, M. Vallière, un des chefs du parti populaire ”
“ Il arrive ordinairement, dit-il, que quatre ou cinq candidats briguent à la fois l’honneur de représenter le même comté. Ce sont le plus souvent des boutiquiers de campagne, des avocats de village ou d’impudens aubergistes. Si le boutiquier est dans l’habitude de prendre en paiement de ses marchandises des billets à longue échéance, il est sûr de réunir tous les suffrages ; autrement les électeurs donnent leurs voix au plus inepte des candidats, parce que, disent-ils, s’il est incapable de faire du bien, il l’est aussi de faire du mal. ”
“ Les animaux domestiques du Canada ne sont pas d’une belle espèce, mais on a tort d’en inférer que ceux importés d’Europe dégénèrent en Amérique. C’est le peu de soin qu’on en prend qui est cause de leur détérioration. Le cheval de la province basse est d’origine normande. Quoique petit et grossièrement taillé, il est vigoureux, léger, et ne bronche jamais. ”
“ L’examen de la pétition des seigneuries était une tâche plus pénible, parce qu’elle signalait des abus d’une nature beaucoup plus grave, et qu’elle nécessitait par conséquent une enquête plus approfondie. Le comité déclara que l’état de confusion et d’embarras dans lequel se trouvaient les finances de la colonie provenait des conflits survenus entre le gouvernement et la maison d’assemblée, au sujet de l’emploi des deniers publics ”
“ Les membres du conseil exécutif sont aussi nommés par le roi, et remplissent dans la colonie les mêmes fonctions que les membres du conseil privé en Angleterre. Il y en a treize pour le Bas-Canada, et six pour le haut. La maison d’assemblée se compose de députés choisis tous les quatre ans par des électeurs qui justifient d’un revenu net annuel de 40 shellings. Les électeurs des villes doivent posséder un terrain du rapport de cinq livres sterling par an, ou y avoir résidé pendant douze mois antérieurement à la convocation du parlement. ”
“ La culture de l’orge y a été récemment introduite pour pouvoir être générale : on n’en recueille guère qu’aux environs de Québec. Le lin réussit presque partout. Malheureusement on ignore la manière de l’apprêter, et c’est ce qui fait que la qualité n’en est pas aussi bonne qu’elle pourrait l’être. Il en est de même du chanvre, qui se cultive presque exclusivement dans le Haut-Canada. ”
“ Le Canada est, après l’Inde, la possession extra-européenne la plus importante de l’empire britannique. Placé dans la partie septentrionale du continent américain, il est borné au nord par les baies d’Hudson et de James et le Labrador, à l’est et au sud-est par le golfe Saint-Laurent, le Nouveau-Brunswick, les États-Unis, dont il est séparé par une ligne de convention, et par le fleuve Saint-Laurent ; au sud, par ces mêmes États et par les grands lacs Ontario, Érié, Huron et Supérieur, et par une multitude d’autres de moindre étendue ”
“ En général, aucun changement important n’a eu lieu dans le misérable système de culture qui était en usage dans le pays à l’époque de sa conquête, et si l’on remarque un accroissement dans les exportations des produits agricoles c’est à l’extension donnée à la culture, et non au perfectionnement du système, qu’il faut l’attribuer. ”
Termes fréquents
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