“ Et le sage Sembobitis répondait : — Seigneur, la science est infaillible ; mais les savants se trompent toujours. Balthasar avait un beau génie naturel. Il disait : — Il n’y a de vrai que ce qui est divin et le divin nous est caché. Nous cherchons vainement la vérité. Pourtant voici que j’ai découvert une étoile nouvelle dans le ciel. Elle est belle, elle semble vivante et, quand elle scintille, on dirait un œil céleste qui cligne avec douceur. ”
Citations sur “Balthasar”
“ Balthasar, ravi, écoutait l’étoile. Et il se sentait devenir un homme nouveau. Sembobitis et Menkéra, prosternés le front contre la pierre, adoraient à son côté. La reine Balkis observait Balthasar. Elle comprit qu’il n’y aurait plus jamais d’amour pour elle dans ce cœur rempli par l’amour divin. Elle pâlit de dépit et donna l’ordre à la caravane de retourner immédiatement au pays de Saba. Quand l’étoile eut cessé de parler, le roi et ses deux compagnons descendirent de la tour. Puis, ayant préparé une mesure de myrrhe, ils formèrent une caravane et s’en allèrent où les conduisait l’étoile. ”
“ Balthasar, en la voyant, fut saisi d’un grand trouble. Elle lui sembla plus douce que le rêve et plus belle que le désir. — Seigneur, lui dit tout bas Sembobitis, songez à conclure avec la reine un bon traité de commerce. — Prenez garde, seigneur, ajouta Menkéra. On dit qu’elle emploie la magie pour se faire aimer des hommes. Puis, s’étant prosternés, le mage et l’eunuque se retirèrent. Balthasar, resté seul avec Balkis, essaya de parler, il ouvrit la bouche, mais il ne put prononcer une seule parole. Il se dit : « La reine sera irritée de mon silence. » ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques d’Hoffmann
“ « Empoigne ! empoigne ! » crie Balthasar. Fabian et Pulcher s’emparent du petit et maitrisent tous ses mouvements ; alors Balthasar réunit avec précaution les trois cheveux rouges, les arrache d’une main ferme et d’un seul coup, saute à la cheminée et les jette dans le feu, où ils se consument en pétillant. Puis un coup fulminant se fait entendre, et tout le monde aussitôt se réveille comme d’un long rêve... ”
“ Magos reges fere habuit Oriens.TERTULL. En ce temps-là, Balthasar, que les Grecs ont nommé Saracin, régnait en Éthiopie. Il était noir, mais beau de visage. Il avait l’esprit simple et le cœur généreux. La troisième année de son règne, qui était la vingt-deuxième de son âge, il alla rendre visite à Balkis, reine de Saba. Le mage Sembobitis et l’eunuque Menkéra l’accompagnaient. Il était suivi de soixante-quinze chameaux, portant du cinnamome, de la myrrhe, de la poudre d’or et des dents d’éléphant. ”
Auguste Gilbert de Voisins,
Le jour naissant
“ Ce chemin tout droit, ce chemin triomphal qui le vit passer en tête de ses guerriers sanglants et d'un troupeau courbé de femmes gémissantes, Balthasar le retrouve avec étonnement, car lui-même a beaucoup changé.Il n'est plus un roi vainqueur, satisfait de la tâche accomplie ; il est un roi inquiet d'une autre tâche mal définie, d'un devoir obscur qui se dissimule, d'un désir qu'il ne conçoit pas. ”
Jeanne Marcel, Les petits vagabonds
“ «Bah! dit-il à Balthasar lorsqu'il l'eut examiné, tu n'es qu'un simple caniche, et un caniche mouillé, ce qui ne rehausse pas d'un centimètre ta position sociale. N'importe! tu as l'air intelligent, et l'esprit est de toutes les conditions.»César et Aimée, guidés par la lumière, avaient suivi Balthasar, et étaient entrés dans une de ces petites huttes en terre, comme en élèvent à peu de frais les paysans pour se faire un abri et resserrer les outils qui leur servent aux travaux des champs. Là, ils trouvèrent Balthasar en compagnie d'un jeune garçon qui allumait gravement une grosse pipe. ”
“ Quand le mage et l’eunuque revinrent, ils trouvèrent leur maître dans une attitude pensive, qui ne lui était pas habituelle. — Seigneur, n’auriez-vous conclu un bon traité de commerce ? demanda Sembobitis. Ce jour-là, Balthasar soupa avec la reine de Saba et but du vin de palmier. — Il est donc vrai ? lui dit Balkis, tandis qu’ils soupaient : la reine Candace n’est pas aussi belle que moi ? — La reine Candace est noire, répondit Balthasar. Balkis regarda vivement Balthasar et dit : — On peut être noir sans être laid. — Balkis ! s’écria le roi... ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques d’Hoffmann
“ Portez-vous bien, mon cher monsieur Balthasar ! — Si vous rencontrez par hasard le signorino Cinabre, ayez la complaisance de lui dire qu’il se garde bien de se montrer jamais dans un concert dont je ferais partie. Je le prendrais infailliblement par ses petites pattes de scarabée, et je le ferais passer par un des trous en f de la contrebasse ; là il pourrait tout à son aise faire le virtuose et la cantatrice le reste de ses jours. — Bonne santé, mon cher Balthasar, et ne négligez pas l’étude du violon. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
(1843)
“ Balthasar, « ne veux-tu pas renoncer à persécuter ce pauvre nain, qui ne demande qu'à vivre en paix ? Les qualités qui le distinguent, et dont notre professeur est convaincu, ne peuvent-elles lui faire trouver grâce à les yeux ? et ne faut-il pas rendre grâce à la nature, qui lui a accordé les dons de l'intelligence en échange des agréments physiques qu'elle lui a si fatalement refusés ? » ”
Auguste Gilbert de Voisins,
Le jour naissant
“ Le roi Balthasar, dont le turban porte en cimier un vivant oiseau rouge, entre, drapé de noir, dans le bois de ses ancêtres, de ses dieux.Nul n'ignore que la race de Balthasar remonte à la limite même du souvenir ; qu'elle est, proprement, une race divine. — L'Enfant-roi qui, jadis, en des temps très reculés, la fonda, descendit du ciel sombre, on ne sait comment, et fut découvert, dès les premiers rayons du jour, sur un tertre de l'oasis, par les femmes et les esclaves qui allaient puiser de l'eau. ”
Auguste Gilbert de Voisins,
Le jour naissant
“ Qu'est-il donc arrivé? une mouche a-t-elle piqué l'inégalable jambe, le torse sans rival? Non, la raison est autre : Balthasar ne fait aucun geste de défense, mais on dirait que, se tournant un peu sur sa couche, il prête l'oreille. Chacun écoute. On écoute avec lui, passionnément.En quoi! serait-ce... ne serait-ce que cela?Un chant, rien qu'un chant tout mince, tout menu, gracieux et limpide. ”
Auguste Gilbert de Voisins,
Le jour naissant
“ A tâtons, il cherche sa hache glorieuse, il en saisit le manche de ses puissantes mains, il la brandit et voici que d'un geste où il met tout son vouloir, toute sa colère, tout son obscur désir de délivrance, il l'abat d'un seul coup sur le chef de l'Enfant-roi. — La tête éclate, le bois se fend, le bois s'ouvre et l'Enfant-roi se déchire en deux.Humble, plus humble encore, Balthasar, debout devant la statue divisée et détruite, se sent très peu vainqueur et très humble... ”
“ Il parlait ainsi parce qu’il lui souvenait de Balkis. Et Sembobitis, qui était vieux, disait : — Il y a le phénomène des crues du Nil qui est admirable et que j’ai expliqué. L’homme est fait pour comprendre. — Il est fait pour aimer, répondait Balthasar en soupirant. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas. — Lesquelles ? demanda Sembobitis. — La trahison d’une femme, répondit le roi. Pourtant Balthasar, ayant résolu d’être un mage, fit construire une tour du haut de laquelle on découvrait plusieurs royaumes et tous les espaces du ciel. ”
Anatole France,
Balthasar
(1900)
“ Peu à peu , ce qui semblait des fourmis grandit et devint assez net pour que le roi reconnût des chevaux , des chameaux et des éléphants . La caravane s' étant approchée de la ville , Balthasar distingua les cimeterres luisants et les chevaux noirs des gardes de la reine de Saba . Il la reconnut elle-même . Et il fut saisi d' un grand trouble . Il sentit qu' il allait l' aimer encore . L' étoile brillait au zénith d' un éclat merveilleux . En bas , Balkis , couchée dans une litière de pourpre et d' or , était petite et brillante comme l' étoile . ”
Auguste Gilbert de Voisins,
Le jour naissant
“ « Le chameau dort dans l'ombre incertaine des palmes,« Le sanglier dans sa bauge puante,« L'aigle dans l'air...« Mais le roi Balthasar ne dort pas! »Furieux, il saute de sa couche ; il se dresse, et l'oiseau, pour paraître plus petit, sans doute, se pose à ses pieds, tout près, et lève le bec, et hoche la queue, et se moque sans pitié, infime touffe de duvet rouge devant le si grand roi, le si grand nègre nu qui sue de chaude colère et ne dit rien. — Balthasar avancerait si peu que ce fût, qu'il écraserait sans peine ces quelques plumes ébouriffées autour d'un cœur battant ; assurément ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques d’Hoffmann
“ Et avec toute votre sorcellerie vous ne pouvez même pas venir à bout de ce pitoyable petit Cinabre ? Savez-vous bien que je vous regarde, avec tous vos livres d’images, vos poupées, vos miroirs magiques et tout votre risible bataclan, comme un charlatan bien accompli ? Balthasar, lui, est amoureux et poète : aussi vous pouvez lui faire ajouter foi à tous les contes imaginables ; mais avec moi, vous seriez mal tombé : — je suis un homme éclairé et je n’admets absolument pas de miracles ! ”
Clair Tisseur , Le Littré de la Grand'Côte
“ À l’hasard, Balthasar ! — À tout risque. Te te maries et t’as vu ta prétendue que deux fois ! — Que veux-tu ! À l’hasard, Balthasar ! — M. Mistral dit que c’était « peut-être » le cri de guerre des princes des Baux, dont le patron commun était Balthasar. Il est infiniment plus vraisemblable que Balthasar n’est ici que pour la rime. Comp. à l’arte balarte (Forez) ; toto carabo ; nette comme torchette ; il fait chaud, Michaud, etc. ”
Anatole France,
Balthasar
(1900)
“ Balthasar , à mesure qu' il observait les douze maisons du soleil , songeait moins à Balkis . Menkéra , qui s' en aperçut , en conçut une grande joie . « Avouez , seigneur , dit -il un jour , que la reine Balkis cachait sous sa robe d' or des pieds fourchus comme en ont les chèvres . – Qui t' a conté une pareille sottise ? demanda le roi . – C' est la créance publique , seigneur , en Saba , comme en Éthiopie , répondit l' eunuque . Chacun y dit couramment que la reine Balkis a la jambe velue et le pied fait de deux cornes noires . » ”
Auguste Gilbert de Voisins,
Le jour naissant
“ Balthasar chante.Vraiment différente des autres, cette étoile!... L'étoile bouge!Balthasar chante. Il franchit le dieu mort, il s'avance, il marche vers l'étoile ; il chante en marchant.Alors l'oiseau, qui n'était pas intervenu, s'occupa d'autre chose. Sa tâche accomplie, dans l'obscur bosquet où il s'envola, il se mit à gazouiller doucement. Bientôt, de très loin, une autre chanson lui répondit, plus douce encore, où il reconnut la chanson de bienvenue et d'amour d'une compagne. — Il voyait dans l'ombre ; il perçut un duvet mince qui passait et le happa du bec. ”
Auguste Gilbert de Voisins,
Le jour naissant
“ « On y trouve parfois un peu de brise errante,« Les eaux sylvestres gardent leur fraîcheur... »L'oiseau rouge propose et, comme s'il obéissait à l'oiseau, c'est vers le bois que Balthasar dirige ses pas.Le sable fait, à cette heure, une piste suppliciante : il agrippe le pied du passant pour mieux le blesser, ou bien il se dérobe, et l'on trébuche tout à coup. — Balthasar avance avec peine, égaré dans la lumière qui l'aveugle, éperdu de chaleur, pâmé. Il marche, il s'obstine à marcher ; un roi ne s'arrête pas en route... ”
“ Il fit comme un grief à Balkis de ce que sa beauté n’était pas sans offense dans l’imagination de ceux qui l’ignoraient. À la pensée qu’il avait possédé une femme, bien faite en réalité, mais qui passait pour monstrueuse, il éprouva un véritable malaise et il ne désira plus revoir Balkis. Balthasar avait l’âme simple ; mais l’amour est toujours un sentiment très compliqué. À compter de ce jour, le roi fit de grands progrès en magie et en astrologie. Il était extrêmement attentif aux conjonctions des astres et il tirait les horoscopes aussi exactement que le sage Sembobitis lui-même. ”
Anatole France,
Balthasar
(1900)
“ La nuit était noire . Balkis était toute petite dans la nuit . Elle conduisit Balthasar dans un des cabarets où les crocheteurs et les portefaix de la ville s' assemblent avec des prostituées . Là , s' étant assis tous deux à une table , ils voyaient , à la lueur d' une lampe infecte , dans l' air épais , les brutes puantes qui se frappaient à coups de poing et à coups de couteau pour une femme ou pour une tasse de boisson fermentée , tandis que d' autres ronflaient , les poings fermés , sous les tables . ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
(1843)
“ Je n'étais pas loin de là, cher Balthasar. Cette scène comique excita mon fou-rire ; le ministre se retourna et me lança un coup d'oeil furieux. Mais il eut beau faire, l'étranger n'en persista pas moins dans sa flegmatique admiration, et voulut faire croquer à Cinabre des noisettes qu'il épluchait avec le plus grand soin. Le ministre n'y put tenir davantage ; il fut saisi d'une crise nerveuse ; on l'emporta dans sa voiture. Voilà la première mésaventure qui arrive à cette maudite mandragore. Cela me donna un peu d'espérance. Dieu n'abandonne pas toujours les honnêtes gens comme toi et moi. ”
Auguste Gilbert de Voisins,
Le jour naissant
“ « En ce pays les palmes jasent,« Les flots de la mer savent rire« Et les lacs sont bleus. »Ce pays, Balthasar l'imagine aussitôt. Est-il donc si beau? Il voudrait le connaître...La nuit se fonce ; on aperçoit quelques étoiles, déjà. — Dans l'ombre, la statue de l'Enfant-roi a presque disparu.« Le soir les grands jardins embaument« Et sur les pelouses plus sombres« La lune verse de l'argent. »Il partira! Balthasar fait un pas en avant et brusquement, brutalement, se heurte au bloc de bois dur. — Une furieuse colère l'agite incontinent : la brute se retrouve. ”
Auguste Gilbert de Voisins,
Le jour naissant
“ D'abord la voix frêle s'étonne : le roi n'a-t-il pas vu d'autre colère que la sienne? Celle de l'orage est cependant plus tonitruante, ses éclats sont plus émouvants ; celle du vent est pire, aux mauvais jours d'été, quand il soulève le sable en tourbillonnantes nuées, ou quand, la nuit, il gronde, hurle, siffle et, soudain, transperce l'ombre chaude d'un cri. — Se peut-il que le roi veuille rivaliser?D'un coup de tête impatient, Balthasar se débarrasse de l'oiseau qui se perche aussitôt sur l'autre tête, sur le front de l'image de bois, et qui se remet à chanter. ”
Jeanne Marcel, Les petits vagabonds
“ Un honnête homme de plus ne gâtera pas notre société.... Mais vous emmenez trop tôt ces pauvres enfants; ils auraient voulu rester pour voir le feu d'artifice.... C'est sans doute ce qui les fait pleurer.—Non, répondit Jean; ils sont plus raisonnables que cela, Dieu merci!... S'ils pleurent, c'est qu'ils en ont réellement sujet.»Et il raconta, en peu de mots, leur affaire et l'histoire de Balthasar.«Balthasar, dit un vieillard comme en cherchant dans ses souvenirs, où donc ai-je connu un chien qui s'appelait Balthasar?» ”
Jeanne Marcel, Les petits vagabonds
“ Et plus j'y pense, mes petits lecteurs, plus je me persuade que c'était là, en effet, le secret de son bonheur. Balthasar retrouvait dans le spectacle du soleil qui s'élevait lentement et majestueusement au-dessus de la terre, en dispersant les vapeurs de la nuit, un des heureux souvenirs de sa jeunesse. Quant au compagnon de ses jeunes maîtres, il haussait dédaigneusement les épaules et bourrait sa pipe avec les gestes et la mine d'un homme blasé depuis longtemps sur les plus beaux spectacles de la nature, et que plus rien en ce genre ne peut émouvoir désormais. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
(1843)
“ Mon Dieu, » dit Balthasar, « cela prouve seulement que les esprits moins moqueurs que le tien peuvent avoir des égards pour un être que la nature a trop durement traité, mais qui n'est pas coupable de la difformité de ses organes. » – « Mais il s'agit bien de cela ! » reprit Fabian ; « toute commisération mise à part, voudrais-tu bien m'expliquer de quelle sorte un magot de trois pieds de haut peut paraître un Adonis aux yeux de toute une population d'étudiants ? » Balthasar convint de la difficulté d'un pareil prodige ”
