“ Ésope est appelé tantôt μυθοποιός tantôt λογοποιός ; mais les manuscrits des fables portent toujours le titre d’Αἰσώπου μῦθοι. Les diverses sortes de fables. À côté des fables d’Ésope, les anciens reconnaissaient plusieurs autres espèces. Il est question chez Eschyle (fr. 42) de fables libystiques, et Aristote (Rhét. II, 20) associe aux fables ésopiques les fables libyques. Les rhéteurs énumèrent en outre des fables sybaritiques, phrygiennes, ciliciennes, cariennes, égyptiennes, cypriennes [3] . ”
Fables d'Ésope
Définition et enjeux
Le thème de “Fables d'Ésope” a été abordé par des auteurs tels que Jean de La Fontaine, Philostrate de Lemnos, Florian, Ésope ou Saint-René Taillandier. Il est souvent associé à des termes comme la fable, Grèce, Babrius, Zeus ou le renard.
Citations sur “Fables d'Ésope”
“ Est-ce Aristophane qui a donné le premier l’exemple de mettre sur le compte du père de la fable des fables qui furent connues avant lui ou naquirent après lui ? Il est plus probable qu’il ne faisait que suivre un usage, ou plutôt une mode qui avait pour but de piquer la curiosité, en prêtant au récit l’autorité d’un personnage fameux. Le scholiaste d’Aristophane (Oiseaux, 651) a constaté cette mode : « Il est clair, dit-il, qu’on attribuait les fables à Ésope, même celle-ci [7] qui est contée par Archiloque, qui est plus ancien qu’Ésope. » ”
Jean de La Fontaine,
Fables
(1847)
“ Nous n'avons plus besoin de consulter ni Apollon ni les Muses, ni aucune des divinités du Parnasse : elles se rencontrent toutes dans les présents que vous a faits la nature, et dans cette science de bien juger les ouvrages de l'esprit, à quoi vous joignez déjà celle de connoître toutes les règles qui y conviennent. Les fables d'Ésope sont une ample matière pour ces talents, elles embrassent toutes sortes d'événements et de caractères. Ces mensonges sont proprement une manière d'histoire où on ne flatte personne. ”
“ La fable ne s’est séparée du conte que le jour où le conteur, préoccupé d’être utile, tira de son récit une leçon morale. L’idée piquante de faire de nos frères inférieurs des maîtres de sagesse a fait fortune chez tous les peuples, dès qu’ils ont su réfléchir sur la vie et les règles de conduite qu’elle comporte. La fable avant Ésope Les Grecs n’attendirent pas l’exemple pour enfermer leur expérience de la vie dans le cadre de la fable. On se racontait certainement des fables depuis longtemps, lorsque Hésiode, deux siècles avant Ésope, mit en vers celle du Rossignol et de l’Épervier [2] . ”
Saint-René Taillandier,
Revue des Deux Mondes
“ Les Fables d’Ésope ou Ésope à la ville, tel est le titre de la comédie représentée à Paris le 18 janvier 1690. Le sujet, c’est la mise en action des apologues du fabuliste antique. Lisez la Vie d’Ésope par La Fontaine, vous verrez le sage Phrygien tour à tour malheureux ou puissant, esclave de Xanthus ou favori de Crésus,et constamment supérieur à la fortune, enseigner la sagesse, la prudence, la modération, la vertu, à l’aide de ces apologues qui résument d’une façon si vive toute une philosophie pratique. ”
“ On peut y voir pourtant une imitation de la fable sybaritique. Ils en ont la forme : il ne leur manque que le mordant ou la naïveté comique. Ils suffisent cependant pour nous donner une idée du genre. On ne les retrouvera pas dans nos manuscrits, mais on y en verra quelques-uns aussi faibles. On attribue à Ésope des fables plus anciennes ou plus récentes que lui. Il est remarquable qu’Aristophane attribue à Ésope la fable de l’Aigle et du Renard, bien qu’elle se rencontre déjà dans Archiloque. Sans doute aussi la fable d’Ésope et de la Chienne n’est pas plus d’Ésope que la précédente. ”
“ Ces qualités toutes grecques brillent dans un bon nombre de fables, comme L’Aigle et l’Escarbot, Le Renard et le Bouc, Le Lion vieilli et le Renard, Le Lion, le Loup et le Renard, Le Bûcheron et Mercure, L’Avare et bien d’autres. Il est vrai qu’un certain nombre de fables, d’une invention tout aussi ingénieuse, sont resserrées en une forme un peu étroite, et paraissent étriquées. On a voulu voir dans cette concision un peu sèche la véritable marque de la fable grecque ”
“ Parce que certaines fables ou un Sybarite est en scène sont des traits de naïveté hyperbolique, certains philologues modernes ont voulu voir dans la naïveté exagérée à plaisir la marque particulière des fables sybaritiques. En réalité toutes ces fables ne diffèrent que de nom. D’après Théon, la seule différence qu’il y ait entre elles, consiste dans la citation d’auteur qui est faite au début ; une fable est dite ésopique ou lybienne, quand elle commence par : Ésope a dit, un Libyen a dit, et ainsi des autres ; si aucune addition ne désigne l’espèce, on l’appelle communément « ésopique ». ”
Philostrate de Lemnos, Une galerie antique de soixante-quatre tableaux
“ C’est pourquoi les Fables, mises en honneur par Ésope, se pressent devant la porte du sage afin de lui ceindre la tête de bandelettes et le couronner de branches nouvelles. Quant à Ésope, il compose une fable, j’imagine, on le devine à son sourire, à ses yeux fixés sur le sol. Une douce sérénité qui détend l’âme, est nécessaire au fabuliste ; l’artiste le savait bien. La peinture se montre aussi fort ingénieuse dans la manière dont elle personnifie les fables ; les personnages en effet dont elle entoure Ésope comme d’un chœur tragique tiennent à la fois de l’homme et de la bête ”
“ Les modernes au contraire, surtout les Français, n’ont pour Ésope qu’une admiration tempérée. La Fontaine lui fait tort. Pour juger équitablement la fable grecque, il faut oublier un instant l’art exquis du fabuliste français, qui s’est trouvé, de surcroît, être un grand poète. Ésope, ou, pour être plus exact, les Grecs – car nous n’avons rien d’Ésope, et c’est au peuple grec tout entier qu’il faut rapporter les fables dites ésopiques – les Grecs ont d’abord le mérite de l’invention. ”
“ La fable du Rossignol et de l’Epervier, qui se trouve dans Hésiode, est antérieure de six siècles aux plus anciennes fables de l’Inde ; les fables d’Archiloque, L’Aigle et le Renard, Le Singe attiré dans un piège, celle de Stésichore, Le Cheval et le Cerf, celle du Chien qui porte de la viande, déjà connue de Démocrite, celle de la Chatte amoureuse, à laquelle Stratis fait allusion, et quelques-unes au moins des vieilles fables que les témoignages des auteurs font remonter à Ésope lui-même, ne laissent aucun doute sur la priorité de la Grèce. ”
“ Alors Hermès lui apparut à lui aussi, et apprenant le sujet de ses pleurs, il plongea et lui rapporta aussi une cognée d’or, et lui demanda si c’était celle qu’il avait perdue. Et lui, tout joyeux, s’écria : « Oui, c’est bien elle. » Mais le dieu, ayant horreur de tant d’effronterie, non seulement garda la hache d’or, mais il ne lui rendit même pas la sienne. Cette fable montre que, autant la divinité est favorable aux honnêtes gens, autant elle est hostile aux malhonnêtes. ”
“ Le crabe l’exhortait sans cesse à se conduire envers lui avec droiture et à imiter sa manière à lui : il n’était pas écouté. Aussi, indigné, il observa le moment où le serpent dormait, le saisit à la gorge et le tua. En le voyant étendu mort, il dit : « Hé ! camarade, ce n’est pas maintenant que tu es mort, que tu aurais dû être droit, c’est lorsque je t’y exhortais : alors tu n’aurais pas été mis à mort. » On pourrait justement conter cette fable à propos des hommes qui pendant leur vie sont méchants envers leurs amis et leur rendent service après leur mort. ”
“ Quoi qu’il en soit, il nous faut décider ici entre Hérodote et ceux qui tiennent Ésope pour un nom supposé. Or que peuvent-ils opposer à l’autorité de l’historien ? Qu’il a été dupe d’une supercherie ? qu’il a cru à l’existence d’un homme imaginé pour être le héros éponyme de la fable, et que la mort d’Ésope à Delphes est le premier effort de l’imagination grecque pour assurer à ce prétendu créateur de la fable une existence réelle et une histoire ? ”
“ C’est la moralité qui distingue la fable du conte, et les premiers écrivains qui ont usé de la fable, Hésiode, Archiloque, Stésichore, s’en sont servis pour imprimer plus fortement une leçon dans l’esprit de leurs auditeurs. Et je m’imagine que, si Ésope fut regardé comme le père de la fable, c’est en partie pour avoir mis au premier rang l’utilité morale de ses récits. Aux yeux des Grecs la morale était si indispensable qu’ils en attachèrent une à tous les récits, à toutes les anecdotes, à tous les bons mots qui sous le nom d’Ésope s’annexèrent à la fable. ”
“ Etre simultanément présents côte à côte dans l’homme, tous deux s’y refusent ; mais qu’on poursuive l’un et qu’on l’attrape, on est presque contraint d’attraper toujours l’autre aussi, comme si c’était à une tête unique que fût attachée leur double nature. Il me paraît, ajouta-t-il, qu’Ésope, s’il avait pensé à cela, aurait pu en composer une fable : « La Divinité désirant mettre un terme à leurs luttes, mais n’y réussissant pas, leur attacha ensemble leurs deux têtes réunies ; voilà pourquoi où se présente l’un, c’est l’autre qui vient derrière [3] . » ”
“ Et c’est bien en un temps où les esprits sont tournés vers la morale que la fable devait fleurir et porter des fruits. Ésope, nous l’avons vu, ne l’a pas inventée, et s’il a été considéré comme le père de la fable, c’est sans nul doute qu’il a frappé ses contemporains par l’abondance de sa verve, par son talent à rajeunir les vieux thèmes et à en imaginer de nouveaux, et qu’il a exercé par la fable, comme Socrate le fera plus tard par sa dialectique, un apostolat plus humble auprès de la foule qu’il amusait et moralisait à la fois. ”
“ « Si au temps ou je t’apportai pour la première fois la tablette que j’avais volée, tu m’avais battu, je n’en serais pas venu au point où j’en suis : on ne me conduirait pas à la mort. » Cette fable montre que ce qu’on ne réprime pas dès le début grandit et s’accroît. ”
“ On trouve aussi chez eux des noms nouveaux. Jusqu’alors la fable était désignée par le mot αἶνος ; Eschyle lui donne le nom de μῦθος (Myrmidons, fr. 133) et Hérodote celui de λόγος (I, 141) . On a beaucoup discuté sur la valeur de ces termes. Au dire du scholiaste d’Aristophane (Guêpes, 1251) la différence vient de ce que l’αἶνος n’est point faite pour les enfants, mais pour les hommes, et qu’elle n’est pas un simple amusement, mais une exhortation. Mais je ne sache pas qu’Ésope ait adressé ses fables aux enfants et qu’il en ait négligé l’application morale. ”
“ Dès lors on peut croire que cette ingénieuse histoire n’a d’autre fondement que le désir d’expliquer le meurtre d’Ésope et d’en faire un récit propre à piquer la curiosité. C’est pour compléter la satisfaction du lecteur que la tradition et Plutarque prêtent à Ésope cette fable de l’Aigle et de l’Escarbot, qui est d’une application si peu exacte à la situation du malheureux : Ésope fabuliste devait à sa réputation de mourir comme le cygne, en faisant entendre sa plus belle fable. ”
“ Il est vrai qu’on a depuis essayé de reculer l’époque ou les fables indiennes furent connues en Grèce ; mais en admettant même avec Ribezzo [6] que certaines fables indiennes remontent au IVe siècle, parce qu’Aristote fait mention de la fable indienne, il reste toujours à la Grèce une avance de quatre siècles. Or pendant ces quatre siècles, le genre de la fable s’est constitué sur le sol hellénique, et a revêtu dès lors la forme qui a servi de modèle à tous les successeurs d’Ésope anonymes ou connus. Au reste la question est beaucoup moins importante qu’on ne pourrait le croire. ”
“ Mais si les papyrus nous ont fourni des contes, ils n’ont livré jusqu’ici qu’une seule fable, celle des Membres et de l’Estomac ; il est vrai que les papyrus ne sont pas tous exhumés et qu’un jour ou l’autre nous pouvons avoir la surprise de voir apparaître au jour quelque apologue du temps de Sésostris. Il se peut d’ailleurs, comme on l’a conjecturé, que les fables qui ont pour acteurs le crocodile et le chat, ajoutons-y le scarabée, vénéré des Égyptiens, aient été apportées en Grèce des bords du Nil par des voyageurs ou des commerçants, comme le conte de Rhampsinite le fut par Hérodote. ”
“ D’ailleurs la seule biographie importante que l’antiquité nous ait laissée, le roman d’Ésope, ne contient que 7 fables, dont 4 seulement se retrouvent dans nos manuscrits, et encore, sur ces 4 fables, une seule est à sa place, celle des Loups et des Brebis ; les trois autres sont mal rattachées au texte et peu en rapport avec la situation ; elles semblent avoir été insérées par un maladroit, qui ne voulait pas laisser mourir le fabuliste, sans qu’il eût donné quelque échantillon de son talent. Il faut donc chercher ailleurs que dans ces biographies problématiques la source de nos fables. ”
“ Alors l’aigle, prenant l’essor, saisit un lièvre dans ses serres et le lui rapporta en présent. Un renard, l’ayant aperçu, lui dit : « Ce n’est pas à celui-ci qu’il faut le donner, mais à ton premier maître ; le deuxième en effet est naturellement bon ; tâche plutôt de te faire bien venir de l’autre, de peur qu’il ne te reprenne et ne t’arrache les ailes. » Cette fable montre qu’il faut généreusement payer de retour ses bienfaiteurs, et tenir prudemment les méchants à l’écart. ”
“ On est en droit d’y reconnaître que la fable ne fut pas l’apanage d’une tribu ni d’un pays particulier, mais une production commune à toute la Grèce ; et comme ce sont les pays d’Asie, depuis la Phrygie jusqu’à la Carie et à l’île de Cypre, qui tiennent le plus de place dans ce catalogue des pays qui ont pris part à la production de la fable, on peut en conclure que l’Asie mineure a été le champ où la fable a poussé la végétation la plus luxuriante, et j’ajouterai aussi la plus précoce ; car l’Asie est le pays du lion ”
“ Sauf ces quelques exceptions, nos recueils ne contiennent guère que des fables proprement dites. L’on pourrait s’attendre à y voir quantité de ces γέλοια que dès le temps d’Aristophane on attribuait à Ésope, et qu’on retrouve disséminés dans maint auteur, en particulier chez Athénée et Stobée. Mais les collectionneurs qui ont rédigé nos manuscrits en ont exclu généralement les anecdotes et les jeux de mots qui ne comportaient pas de leçon morale. La moralité. Il arrive parfois, il est vrai, que la moralité n’a qu’un rapport assez lâche avec la fable, ou même qu’elle n’en a pas du tout. ”
“ Platon a composé une courte fable étiologique. À défaut d’Ésope, un autre a exaucé le vœu de Platon, en utilisant sa pensée d’une autre façon, moins philosophique, et plus simple, plus touchante aussi. Mais est-ce un Byzantin qui aurait mis en œuvre la pensée de Platon avec ce naturel et cette simplicité ? Une telle fable porte avec elle sa marque d’origine, et sa naissance ne doit pas être bien loin du temps de Platon lui-même. Tout est païen dans le recueil P. Une autre preuve de l’antiquité de nos fables, c’est leur caractère païen. C’est toujours des dieux qu’il est question ”
“ Ésope et le Bavard III, 19 ; Ésope et l’Ecrivain, app. 7 ; Ésope et le Vainquear aux Jeux, app. II ; Ésope et l’Esclave fugitif, app. 18. Crusius et Hausrath ont supposé qu’elles avaient été prises à une biographie d’Ésope, et en ont conclu qu’une partie de nos recueils étaient issus de biographies de ce genre : supposition gratuite, nous le démontrerons plus loin. Dans son Histoire de la fable grecque, Denis prétend que Phèdre a puisé ses fables à deux recueils, celui de Démétrios de Phalère et celui d’un certain Théopompe dont il est question au chapitre 48 de la Vie de César par Plutarque. ”
“ Ces messieurs-là, reprit le vieillard, n'ont rien de commun avec vous. Indépendamment de la différence de leur nation, de leur siècle, de leur langue, songez que Phèdre fut le premier chez les romains qui écrivit des fables en vers, que Gay fut de même le premier chez les Anglais. Je ne prétends pas assurément leur disputer leur mérite: mais croyez que ce mot de premier ne laisse pas de faire à la réputation des hommes. Quant à votre Ésope, je ne dirai pas qu'il fut aussi le premier chez les Grecs, car je suis persuadé qu'il n'a jamais existé. ”
