“ Attiré par le bruit du fond de sa tanière,Un jeune léopard, prince assez débonnaire,Se présente au milieu de nos singes joyeux.Tout tremble à son aspect. Continuez vos jeux,Leur dit le léopard, je n'en veux à personne:Rassurez-vous, j'ai l'ame bonne;Et je viens même ici, comme particulier,A vos plaisirs m'associer.Jouons, je suis de la partie.Ah! monseigneur, quelle bonté!Quoi! votre altesse veut, quittant sa dignité,Descendre jusqu'à nous!—Oui, c'est ma fantaisie.Mon altesse eut toujours de la philosophie,Et sait que tous les animauxSont égaux. ”
Florian
Élements biographiques
Florian, auteur du XVIIIe siècle, est principalement connu pour ses fables et ses récits amoureux, notamment les Fables de Florian et la Romance de Clémence Isaure. Son œuvre aborde des thèmes de moralité, d’amour et de conflits familiaux, souvent à travers des personnages animaux qui dénoncent les injustices sociales tout en célébrant la vertu.
Comparé à La Fontaine, son style mêle élégance et profondeur, comme en témoigne la citation du léopard prônant l’égalité. Son héritage littéraire résonne dans l’œuvre de contemporains tels que Stassart ou Jauffret, soulignant son rôle dans la tradition des fables et des récits pédagogiques.
Citations de Florian
“ C'est d'un chardonneret que le sort vous fit naître.Vous ne fûtes jamais serin: regardez-vous,Vous avez le corps fauve et la tête écarlate,Le bec... Oui, dit l'oiseau, j'ai ce qu'il vous plaira;Mais je n'ai point une ame ingrate,Et mon cœur toujours chériraCeux qui soignèrent mon enfance.Si mon plumage au leur ne ressemble pas bien,J'en suis fâché; mais leur cœur et le mienOnt une grande ressemblance.Vous prétendez prouver que je ne leur suis rien,Leurs soins me prouvent le contraire:Rien n'est vrai comme ce qu'on sent. ”
“ Là, notre désolé lapinSe trouve au milieu d'un parterre,Et voit une grande volièreOù mille oiseaux divers volaient sur un bassin.L'amitié donne du courage.Notre ami, sans rien craindre, approche du grillage,Regarde et reconnaît... ô tendresse! ô bonheur!La sarcelle: aussitôt il pousse un cri de joie,Et, sans perdre de temps à consoler sa sœur,De ses quatre pieds il s'emploieA creuser un secret cheminPour joindre son amie, et, par ce souterrain,Le lapin tout-à-coup entre dans la volière,Comme un mineur qui prend une place de guerre.Les oiseaux effrayés se pressent en fuyant. ”
