“ Tartaglia est homme d’honneur, à présent, et ne laisse faire de mal à personne. Vous retrouverez votre ami, sans une seule égratignure, dans la niche que l’on m’a appris à connaître, et d’où je sais, par expérience, qu’il est impossible de descendre sans échelle, à moins de vouloir se casser en plusieurs morceaux sur le pavé. ”
Niccolò Tartaglia
Définition et enjeux
Le thème de “Niccolò Tartaglia” a été abordé par des auteurs tels que Carlo Gozzi, George Sand, Paul de Musset, E. Lataye ou Lucie Félix-Faure-Goyau. Il est souvent associé à des termes comme Tarascon, Tartarin, Tatars, Rome ou Mondragone.
Citations sur “Niccolò Tartaglia”
“ Si j'en croyais Tartaglia, nous nous tiendrions tranquilles. Il assure que cela ne servira de rien; qu'on va nous ennuyer pendant six mois en nous confrontant avec tous les bélîtres arrêtés pour d'autres méfaits; enfin, que nos poursuites vont nous exposer à de pires aventures dès que nous quitterons Rome, et même dans Rome, peut-être. Il a l'air assez sûr de son fait. Peut-être aussi fait-il partie de quelque respectable société en commandite pour le détroussement des voyageurs. Je ferai ce que lord B*** jugera convenable. ”
“ Tartaglia fut, par l'ordre du docteur, hissé dans une niche de la muraille qui avait autrefois servi de garde-manger ou de chapelle, à vingt pieds au-dessus du sol. Puis on retira l'échelle. Il prit assez bien la plaisanterie; il pouvait s'asseoir commodément et ne craignait guère le vertige. Au bout d'une heure, il avait réussi, par ses lazzis et ses supplications comiques, à égayer les valets, qui lui passèrent les reliefs de leur festin au bout d'une broche.Cet incident avait fait manquer l'omelette soufflée, au grand désespoir d'Orlando ”
“ Ma contemplation était si douce et mon corps si fatigué, que je m’endormis comme lord B*** avait voulu s’endormir la veille, au bruit de la cataracte. Quand je m’éveillai, Tartaglia était auprès de moi. Vous avez tort de dormir là à l’humidité, me dit-il. Il y a de quoi être malade. Il avait raison : je me sentais mal partout. J’eus peine à remonter au temple. Chemin faisant, Tartaglia, qui était retourné la veille à Rome, m’apprit qu’il venait me chercher avec une voiture par l’ordre de la Medora. ”
Carlo Gozzi, Théâtre fiabesque de Carlo Gozzi (1865)
“ TARTAGLIA. Mère tyrannique, vous ne serez pas contente, avant d'avoir fait crever votre enfant. TARTAGLIONA. De quoi suis-je coupable, fils audacieux ? TARTAGLIA. Si vous n'étiez ma mère, vive le ciel ! TARTAGLIONA. Contiens-toi, scélérat, que t'ai-je fait ? TARTAGLIA. Par envie contre la beauté que vous n'avez pas, vous envoyez au devant du danger ma douce consolation, pour qu'elle y laisse sa vie. Ne savèz-vous pas qu'on expose ses jour* en voulant conquérir cette eau qui danse et cette pomme qui chante? ”
“ Taisez-vous, Carcioffo, reprit Tartaglia; vous ne devez jamais contredire votre supérieur!Voyant que le capucin se prêtait en riant à être l'esclave et le jouet de Tartaglia, pourvu que celui-ci consentît à le nourrir, je crus devoir ne pas me mêler de leurs relations. Seulement, je les observais sans en avoir l'air, afin d'intervenir s'il arrivait que le pauvre frère devint victime de la malice de notre Scapin ou de sa propre cupidité. Mais je fus bientôt à même de constater que Tartaglia, au milieu de tous ses vices de bohémien, est naturellement bon et même charitable et généreux. ”
Paul de Musset,
Nouvelles italiennes et siciliennes…
“ Cependant Tartaglia, bègue et stupide, quoique premier ministre, a deux raisons également bonnes de haïr son maître : il aurait voulu faire épouser à Dérame sa fille, que la pagode a rejetée ; en outre le vieux drôle se permet d’être amoureux de la reine. La vengeance et la jalousie le poussant, Tartaglia guette l’occasion d’assassiner son maître. Les bois et la chasse lui paraissent favorables à son coupable projet. Il suit le prince pas à pas. Dérame et le ministre arrivent seuls dans un site pittoresque où un cerf atteint d’un coup de feu vient tomber mort. ”
Carlo Gozzi, Théâtre fiabesque de Carlo Gozzi (1865)
“ TARTAGLIA. Ne pleurez pas, mon soleil, ma lune ! (A part.) Mon onguent a fait merveille pour attendrir les durillons de son cœur. (Haut.) Je les ai mis en prison, mon Angéla, pour apaiser le peuple qui frémissait dans son amour pour mon fidèle Tartaglia; mais, après examen, soyez assurée que votre père et votre frère seront sauvés quand même ils seraient coupables. ANGÉLA, à part. Ah ! traître ! TARTAGLIA. Et si, pour les délivrer plus vite, votre cœur se hâte de céder au mien, ils seront libres tout de suite. ”
“ Le pauvre homme n'est peut-être pas gourmand, mais il est affamé. Ce fut bien pis quand Tartaglia, que j'avais oublié, reparut avec un jeune esturgeon cuit au vin, et un plat d'artichauts frits dans la graisse. Il n'y eut plus moyen de tirer du moine un mot de bon sens, et, pendant plus d'une heure, il fallut me résigner à le voir engloutir ces mets, et à manger moi-même pour satisfaire Tartaglia, que je ne pouvais plus regarder comme un ennemi, et dont le dévouement méritait mieux de moi que des soupçons et des rebuffades. ”
“ Lord B*** offrant cinq cents livres sterling n’aurait pas été plus prodigue. Heureusement pour mon humble bourse, je sentis une main toucher furtivement mon coude, et, me retournant, je vis Tartaglia. — Que faites-vous ici, Excellence ? me dit-il en italien. Les chevaux que vous avez demandés sont là. C’est milord qui vous les envoie, et j’ai ordre de vous accompagner. — Excellent lord B*** ! pensais-je en suivant Tartaglia jusqu’aux chevaux, qui étaient effectivement à dix pas de là, tenus par un mendiant ; il me blâme, et pourtant il se prête à mon indomptable caprice ! ”
“ Tartaglia m’amuse malgré moi, et le capucin paraît s’accoutumer sans effort à son rôle de Carcioffo. Il dort à genoux devant la madone du portique, son chapelet enlacé aux doigts, tout le temps que nous passons à travailler. La prévoyance n’est pas le fléau de son imagination, et, tant qu’il aura quelque chose à mettre sous la dent, il conservera son sourire de crétinisme béat. ”
“ Il n’y en a peut-être eu qu’un seul, répondit Tartaglia avec son insouciance habituelle sur le chapitre de la vérité ; c’est un suicide qui aura fait des petits. Ce trait d’esprit produisit sur lord B*** un effet qui m’eût fait frémir si j’eusse été seulement à trois pas de lui, car il enfourcha le parapet avec l’aisance d’un bon cavalier, et parut un instant disposé à descendre sur la corniche ; mais j’avais été à temps de passer mon bras sous le sien, et je le tenais encore mieux que je n’avais tenu Medora quelques instants auparavant. ”
“ Je voulus mettre mon cheval au pas pour le ménager. Tartaglia s’y opposa énergiquement. — Eh ! mossiou, vous n’y songez pas ! La nuit est tout à fait tombée, et c’est ici le plus mauvais endroit, à cause de la montée. Tenez, voilà une fontaine où bien des gens sont restés pour avoir voulu y faire boire leurs chevaux ; et, là, tout le long de ce petit mur, est-ce que vous n’avez pas remarqué, dans le jour, les têtes de mort et les ossements en croix, qui parlent assez clairement ? Enfin nous arrivâmes à la porte de la ville, et Tartaglia consentit à me parler de lord B***. ”
Paul de Musset,
Nouvelles italiennes et siciliennes…
“ Dérame vient demander l’aumône à la porte du palais, et la reine, guidée par un secret pressentiment, se prend de passion pour ce mendiant, au grand scandale de Tartaglia, qui commence à murmurer des caprices de sa femme. Sur ces entrefaites, une petite chienne, que la reine aimait beaucoup, vient à mourir en mal d’enfant. La belle Angela s’amuse à exagérer son chagrin ; elle pleure, elle trépigne, elle fait enrager ses femmes et traite son époux comme un valet. Tartaglia en perd la tête. ”
“ Voyez-vous ce poltron et cet égoïste de moine ! reprit Tartaglia avec mépris. Eh ! je me moque bien de sa peau, à lui ! mais sachez, mossiou, qu’en vous livrant vous ne me sauveriez pas. Vous avez bien entendu que l’on m’accuse de trahir... ceux qui me croyaient leur compère pour vous persécuter et vous engager à sortir d’ici ! Mon affaire, à présent, n’est donc pas meilleure que la vôtre, et j’aimerais mieux devenir aussi sec qu’une pierre de ces ruines que d’avoir maille à partir avec le saint-office. Ce n’est pas la première fois que je goûte de la prison... et je sais ce qui en est ! ”
“ Hier matin, nous avons déjeuné copieusement ; malgré mes recommandations de sobriété et de prudence, Tartaglia a la passion de la cuisine. Faire de bons plats et en manger sa bonne part, voilà pour lui une jouissance intellectuelle et physique du premier ordre. Il aurait aussi le goût de l’économat ; son rêve serait de devenir majordome dans une grande maison. En attendant, il est fier et comme charmé, malgré notre situation précaire, de commander, dans les ruines de Mondragone, à une valetaille imaginaire, et d’y ordonner toutes choses en vue du bien et la satisfaction de ses seigneurs. ”
“ Cette machine, ingénieuse parce qu'elle est des plus simples, est à peu près impossible à découvrir. Quand elle eût escamoté le groom en nous présentant sa face convexe, elle se retourna pour nous ramener sa face concave, où je me plaçai, pour me trouver tout à coup vis-à-vis d'un homme en veste et tablier blancs, qui me salua en me baisant la main, et s'empressa de tourner le demi-cylindre, où Tartaglia parut à son tour en battant des mains et faisant des cris d'admiration. Il était dans la fameuse cuisine gigantesque de Mondragone, dans la cuisine de ses rêves, dans la Befana. ”
“ J’aurais été désolé que Tartaglia me traduisît le reste on qu’il m’apprît quel était ce dialecte. On sent en soi le besoin de respecter les mystères de certaines sensations. J’aurais été également fâché de songer seulement à faire un croquis de cette pythonisse détrônée, qui se trouvait là comme sortie de terre, frappant l’eau en cadence et essayant sa voix enrouée après deux ou trois mille ans d’inhumation sous les ruines de Rome. ”
“ À quelque chose malheur est bon. Le dépit et la confusion d'avoir rêvé à Tartaglia me rendirent plus méfiante et plus patiente. Beaucoup de garçons me firent la cour; aucun ne me plaisait. Je méprisais les hommes, et, comme cela me posait en fille fière et difficile, ma coquetterie et mon orgueil y trouvaient leur compte. ”
Carlo Gozzi, Théâtre fiabesque de Carlo Gozzi (1865)
“ PANTALON, à part. Quel coquin que ce Tartaglia avec ses flatteries ! Mais je n'ai pas le cœur, et ce n'est pas le moment;. je ne vaux pas mieux que lui; j'ai peur, moi aussi; et par poltronnerie je m'en tire avec une révérence. (il salue.) SINADAB. Combien de prodiges le ciel a-t-il faits dans ce royaume par égard pour mes mérites ; mais en vain, les pécheurs ne se sont pas amendés ! TARTAGLIA. Per Bacco! que pouvait-on voir de plus? Les méchants hommes devenus des animaux, les tristes femmes devenues des cavales et des génisses ”
“ Vous savez, mossiou, comment il avait laissé traiter le pauvre Tartaglia par ses gens, dans cette maudite befana où il faisait, on peut bien le dire, la figure d’un saint dans une niche. Eh bien, tout en passant la nuit ainsi enchâssé et béatifié, Tartaglia avait fait ses petites réflexions, par suite de ses petites remarques, et il s’était dit : Ce beau cheval noir que j’ai vu là, au bas de l’escalier, c’est Otello, je le connais bien. ”
“ Dans tout cela, nous cherchons Tartaglia sans retrouver sa trace. Le secours important qu’il nous a donné pour notre mariage, revirement inattendu de ses idées au sujet de mon union avec Medora, l’emploi de son temps depuis sa disparition de Mondragone, rien ne nous a été expliqué. Après nous être apparu comme un revenant dans l’église de Frascati, il s’est évanoui comme une ombre avant que nous ayons pu le remercier. Felipone prétend n’en savoir pas plus que nous sur son compte. ”
E. Lataye, Essais et Notices. — Masques et Bouffons de la Comédie italienne…
“ Une création napolitaine, Tartaglia, résume tour à tour ces différens types. George Sand, dans un de ses derniers romans, Daniella, a tracé de Tartaglia comme caractère italien de réalité moderne un très curieux portrait. On a vu les pères et les valets, voici les enfans et les servantes. Ici les libertés de l’improvisation sont nécessairement contenues en de certaines limites, et la part de l’originalité est moins grande. Les amoureux ne se font remarquer que par une nullité profonde. Complètement conduits par leurs valets, on pressent qu’ils auront plus tard le sort de leurs pères. ”
“ A propos de Tartaglia, je dois vous dire que le drôle m'a soigné paternellement, et que, maître de fouiller dans mes effets à toute heure, il a pleinement justifié ce que lord B*** me disait de lui:—C'est un vrai gredin, capable de vous arracher, par prières ou par intrigue, votre dernier écu; mais c'est un valet fidèle, incapable de vous dérober une épingle si vous n'avez pas l'air de vous méfier de lui. En Italie, beaucoup de gens de cette classe sont ainsi faits: ils pillent ceux qu'ils détestent; ils se font un plaisir de dévaliser ceux qui veulent lutter de finesse pour se garantir ”
“ Tartaglia, qui, bon gré mal gré, nous suit partout, et qui, en dépit du silence que nous lui imposons, trouve moyen de nous faire faire sa volonté, nous avait conduits au fond d’un abominable égout placé sous des jardins, dans un coin tout rustique du Vélabre ; car il faut vous dire qu’à chaque pas et sans transition, cette ville est une ruine antique, une cité chrétienne, un quartier nobile, et une campagne. ”
“ Le pauvre Tartaglia était démoralisé ; d’autant plus que, pendant notre ronde, le capucin, pour se remettre de son épouvante, avait avalé les restes copieux de mon souper. — Ogni santi ! (Par tous les saints !) s’écria Tartaglia en lui arrachant le plat des mains, nous avons là un joli convive ! J’ai beau être un cuisinier de génie et un homme de ressources, que ferons-nous, mossiou, de ce capucin qui mange comme six, de cet estomac d’autriche (Tartaglia voulait sans doute dire autruche) , de cette sangsue qui sera capable de nous sucer vivants pendant notre sommeil ? ”
George Sand,
La Daniella
(1857)
“ Ah! mossiou! s'écria Tartaglia, à qui la gaieté était revenue, si au moins j'avais eu le temps de brosser votre paletot et de donner un coup de fer à vos cheveux ! Mais qui pouvait s'attendre à cela ? Nous suivîmes le groom, qui nous conduisit droit au pianto, descendit le petit escalier, pénétra dans une des caves que j'avais explorées, traversa des tas de décombres, en nous éclairant avec courtoisie et nous avertissant à chaque obstacle qu'il semblait parfaitement connaître. ”
“ C’était encore Tartaglia. — Tout va bien, mossiou ! me dit-il. Le capucin ronfle déjà dans la paille, et tout est tranquille au dehors. Je vais vous souhaiter una felicissima notte, et faire moi-même un somme. Je sortirai avec fra Cipriano à l’heure de matines, et pourrai revenir avant le jour avec vos provisions de bouche pour la journée. C’est le moment où les plus éveillés se sentent fatigués, et où l’on peut espérer de tromper la surveillance. — Tu crois donc que, réellement, les jardins sont occupés par la police ; le moine n’a pas rêvé cela ? ”
“ « Ce vaurien a donc du bon comme tons les vauriens... de même que tous les gens vertueux ont un coin de perversité. » C’est toujours lord B*** qui parle, et je vous fais grâce des blasphème, de sa misanthropie. Tant il y a que le Tartaglia me fatiguait, et qu’après avoir bien payé, malgré lui, je dois le dire, ses bons services, je suis charmé d’être délivré de son babil, de sa protection et de ses suggestions matrimoniales. ”
“ C’est, à ce qu’il paraît, un homme précieux pour découvrir les transfuges. C’est lui qu’on a mis sur nos traces ; mais, là encore, il a voulu travailler pour son propre compte en se vengeant de vous par de fausses dénonciations. — On nous a parlé aussi, dit le docteur, d’un certain Masolino et d’un autre animal ejusdem farinœ, qui vous guettait, vous, et que nous sommes venus à bout, nous autres, de dépister en ce qui nous concerne. On l’appelle, je crois, Tartaglia. ”
