“ Quand le jour du départ de Rashleigh fut arrivé, son père reçut ses adieux avec indifférence, ses frères avec la joie mal déguisée d'écoliers qui voient partir leur précepteur et qui éprouvent un plaisir qu'ils n'osent pas manifester, et moi-même avec une froide politesse. Lorsqu'il s'approcha de miss Vernon pour l'embrasser, elle recula d'un air fier et dédaigneux, mais elle lui tendit la main en lui disant: — Adieu, Rashleigh; le ciel vous récompense du bien que vous avez fait et vous pardonne le mal que vous avez médité. ”
Rashleigh
Définition et enjeux
Citations sur “Rashleigh”
“ Pas un mot de Rashleigh ! il a l’oreille si fine quand on parle de lui, que mes paroles lui arriveraient à travers l’épaisse corpulence de Thorncliff, tout bourré qu’il est de bœuf, de pâté de venaison et de pouding. — Soit, répondis-je ; mais j’ai regardé derrière le mur vivant qui nous sépare, avant de vous adresser ma question, et j’ai vu que la place de monsieur Rashleigh était vide... il est sorti de table. ”
“ Rashleigh, quelque habitué qu’il fût à maîtriser ses émotions, ne put empêcher un léger sourire de sillonner son visage sinistre, tandis qu’il poussait un soupir affecté. « Vous êtes heureux, vous, Frank ; vous allez et venez comme il vous plaît, aussi libre que le vent qui souffle où il veut. Avec votre goût, vos talents, vous trouverez bientôt des sociétés où ils seront mieux appréciés que parmi les habitants stupides de ce château ; tandis que moi... » ”
“ Vous connaissez mal celui que vous cherchez, dit Rashleigh avec son flegme ordinaire. Mes amis me trouvent facilement ; mes ennemis plus facilement encore. Votre abord m’oblige à vous demander dans laquelle de ces deux classes je dois ranger M. Francis Osbaldistone. ”
“ Rashleigh est un drôle qui voudrait que tout le monde fût comme lui, afin de ressembler à tout le monde. C’est le plus jeune des fils de sir Hildebrand Osbaldistone ; il a votre âge environ ; mais, en deux mots, il n’est pas si bien que vous. Cependant la nature lui a donné une certaine dose de bon sens, et le prêtre y a ajouté une bonne mesure d’instruction. Il est ce que nous appelons un savant, dans ce pays où les savants sont rares. ”
“ Nous trouvâmes dans la cour le domestique de sir Hildebrand que nous avions rencontré en arrivant, et à qui Rashleigh avait dit de nous attendre. Nous partîmes aussitôt, et gardâmes le silence; car, à dire le vrai, j'étais encore si étourdi des événements extraordinaires qui s'étaient succédé dans le cours de la matinée que je n'étais pas en état de le rompre. À la fin miss Vernon s'écria, comme si elle ne pouvait plus contenir les réflexions qui l'agitaient:— Rashleigh est un homme étonnant, inconcevable, et surtout bien à craindre! Il fait tout ce qu'il veut ”
“ Et maintenant, tout ce que je puis faire pour le pauvre diable, c’est de faire dire des messes pour le repos de son âme. — Puis-je vous demander comment il se fait que miss Vernon ait eu assez d’influence sur Rashleigh et ses complices pour déranger votre plan ? — Mon plan ? Ce n’était pas le mien. Aucun homme ne peut dire que j’aie jamais rejeté mon fardeau sur les épaules d’un autre. C’était Rashleigh qui avait imaginé tout cela... ”
“ Ah! c'est vous, mon aimable cousin, dit Rashleigh en approchant de moi une lumière, et me regardant de la tête aux pieds. Soyez le bienvenu à Osbaldistone-Hall. Je vous pardonne votre humeur. Il est dur de perdre en une nuit une maîtresse et un beau domaine; car nous allons prendre possession de ce château au nom de l'héritier légitime, sir Rashleigh Osbaldistone. ”
“ C’est vrai Diana, c’est trop vrai, dit sir Hildebrand en soupirant ; je crains que Rashleigh ne reste court, s’il est mis à l’épreuve. Il aurait pu acquérir des connaissances utiles comme ses frères, car il a été élevé à la source ; mais les modes françaises, les livres élémentaires, les nouveaux navets [70] et les rats hanovriens ont bouleversé la vieille Angleterre. Allons, viens avec nous, Rashleigh, et apporte moi mon épieu ”
“ Mais son agitation devint encore plus évidente quand Diana Vernon lui dit : « Rashleigh, j’ai pitié de vous ! Oui, quelque soit le mal que vous avez cherché et que vous avez enfin réussi à me faire, je ne puis vous haïr autant que je vous méprise. Ce que vous venez de faire est peut-être l’ouvrage d’une heure ; mais cette heure vous fournira un sujet de réflexions pendant toute votre vie... De quelle nature seront-elles ? c’est ce que votre conscience vous apprendra ; car vous n’étoufferez pas éternellement sa voix. » ”
“ Lorsque M. Osbaldistone était en Angleterre, Rashleigh ne pouvait pas accomplir ses desseins: pendant son absence, il en trouvera mille occasions, et soyez sûr qu'il ne manquera surtout pas d'en profiter.— Mais comment puis-je, disgracié par mon père et sans aucun pouvoir dans sa maison, empêcher ce danger par ma présence?— Votre présence seule fera beaucoup. Votre naissance vous donne le droit de veiller aux intérêts de votre père; c'est un droit inaliénable. Vous serez soutenu par son premier commis, par ses amis, par ses associés. D'ailleurs les projets de Rashleigh sont d'une nature...! ”
“ Oui, dit Rashleigh en poussant un soupir. Il n’est pas besoin, je pense, de vous prémunir contre le danger de lier une amitié trop intime avec miss Vernon ; vous êtes homme du monde, et vous savez jusqu’à quel point vous pouvez vous laisser aller au charme de sa société sans danger pour vous et sans manquer aux égards que vous lui devez. ”
“ La physionomie de Rashleigh avait, comme je l’ai déjà dit, un caractère particulier, et je n’en avais jamais vu de pareille. Cette singularité ne consistait pas seulement dans ses traits en eux-mêmes, mais aussi dans sa manière d’en changer l’expression. Quand on passe de la peine à la joie, du chagrin à la satisfaction, il y a d’ordinaire un léger intervalle avant que la passion dominante remplace entièrement sur la figure celle qui l’a précédée : c’est comme une sorte de crépuscule semblable au passage des ténèbres à la lumière ”
“ Quoi qu’il en soit, nous vivons moins ensemble ; et quand il arrive par cette porte-ci, je m’esquive par celle-là. Aussi, voyant que nous ne pouvions rester tous les deux dans cet appartement, quelque large qu’il soit, Rashleigh, qui a souvent besoin d’être ailleurs, m’a généreusement cédé ses droits ; et maintenant je m’efforce de continuer seule les études dans lesquelles il me servait de guide. ”
“ « Continuez, je vous prie, continuez : le premier mot qui s’offre à vous est le plus simple et le meilleur. Ne songez pas à ce que je puis éprouver ; parlez comme vous feriez à une personne indifférente. » Pressé si vivement, je lui exposai tout ce que m’avait dit Rashleigh de cet ancien contrat qui l’obligeait d’épouser un Osbaldistone, et de l’embarras qu’elle éprouvait à choisir ”
“ Dans tout ce que vous m’avez dit, il n’y a rien qui me surprenne et à quoi je ne dusse m’attendre ; car, sauf une circonstance, tout est vrai. Mais comme il y a des poisons si violents que quelques gouttes suffisent, dit-on, pour corrompre toute une fontaine, de même il y a assez de perfidie dans les confidences de Rashleigh pour corrompre le puits où l’on dit que la vérité même a habité ; car Rashleigh sait que j’ai trop de raisons de le bien connaître pour que rien au monde pût me forcer d’unir mon sort au sien. ”
“ Je serai..., dit miss Vernon; et tout à coup, se reprenant, elle ajouta: Je préférerais être comme le faucon sauvage qui, privé de prendre son essor vers le ciel, se met en pièces contre les barreaux de sa cage. Mais pour revenir à Rashleigh, vous le trouverez l'homme le plus aimable que vous ayez vu, pendant une semaine au moins. S'il voulait prendre pour maîtresse une femme qui fût aveugle, il serait sûr d'en faire la conquête; mais les yeux détruisent le charme qui enchante l'oreille. ”
“ Je n'ai jamais cherché à rejeter mon fardeau sur les épaules d'un autre, mais la vérité est que Rashleigh en était le seul auteur... Quant à miss Vernon, bien certainement elle avait beaucoup d'influence sur lui et sur moi, à cause de l'affection de Son Excellence, et parce qu'elle était instruite de bien des secrets qu'il ne fallait pas mettre au grand jour... Au diable soit quiconque confie à une femme un secret à garder ou un pouvoir dont elle peut abuser... Il ne faut pas mettre un bâton ferré entre les mains d'un fou. ”
Paul Féval, Les contes de nos pères
“ Hélas ! je ne suis qu’un pauvre chevalier... — Moi je suis fille de juif, monseigneur, interrompit Rachel avec humilité ; — vous descendez jusqu’à moi, vous pardonnez à mon père... ne suis-je pas trop payée ? — Descendre jusqu’à toi ! s’écria le comte, — ne parle pas ainsi, Rachel, ma bien-aimée. Ton cœur est noble et tu es la plus belle. Mes pairs envieront mon bonheur. — Dieu le veuille ! soupira la jeune fille. — Je te montrerai à tous avec orgueil, poursuivit Addel ; je dirai : Voilà ma dame ! et par le saint tombeau du Sauveur, addel et rachel. ”
Alfred de Musset,
Œuvres posthumes
“ C’est le plus beau rôle de Racine ; je prétends le jouer. Sarah. Ma chère, tu as peut-être tort. Rachel. Laisse-moi donc ! Si on trouve que je suis trop jeune et que le rôle n’est pas convenable, parbleu ! j’en ai dit bien d’autres en jouant Roxane ; et qu’est-ce que cela me fait ? Si on trouve que je suis trop maigre, je soutiens que c’est une bêtise. Une femme qui a un amour infâme, mais qui se meurt plutôt que de s’y livrer ; une femme qui a séché dans les feux, dans les larmes, cette femme-là ne peut pas avoir une poitrine comme celle de madame Paradol. ”
Jean Racine,
Livre:Racine - Œuvres, Didot, 1854…
“ ROXANE. Mais enfin voulez-vous... Non, je ne veux plus rien. Ne m’importune plus de tes raisons forcées : Je vois combien tes vœux sont loin de mes pensées. Je ne te presse plus, ingrat, d’y consentir : Rentre dans le néant dont je t’ai fait sortir. Car enfin qui m’arrête ? et quelle autre assurance Demanderais-je encor de ton indifférence ? L’ingrat est-il touché de mes empressements ? L’amour même entre-t-il dans ses raisonnements ? Ah ! je vois tes desseins. Tu crois, quoi que je fasse, Que mes propres périls t’assurent de ta grâce ”
Eugénie Foa,
Courage et résignation : contes historiques dédiés à la jeunesse
(1863)
“ Apprenez que Sa Grâce sir Walter Raleigh est visible, comme vous dites, grâce à deux effrontés coquins. mais, patience, patience. le brave homme n'a reculé que pour mieux sauter. Qu'avez-vous donc, miss Grisel? Vous voilà blanche comme votre robe. — Vous n'avez guère de bon sens, maître Lachlan, dit Deans avec humeur, de parler comme vous le faites sur ce sujet qui doit être pénible pour notre jeune maîtresse !. — Non. non. dit Grisel faisant un effort pour parler, non, au contraire. achevez. maître Lachlan. dites-moi tout, l'incertitude est le plus affreux des maux. ”
Charles Dorchies, Daniel, ou Le festin de Balthazar… (1860)
“ RACHEL, SARA. SARA, se jetant aux bras de sa sœur. 0 Rachel ! RACHEL. (Se dégageant.) 0 ma sœur!. Ah! plutôt fille ingrate. SARA. Pitié ! je sais. Épargne-moi: Tu vois mes pleurs, et ma douleur éclate RACHEL. Mais ton cœur oublieux nous préfère ton roi. DUO. SARA. Rachel, ton reproche m'accable. RACHEL. Romps avec un amour coupable. SARA. Hélas! il est trop tard. RACHEL. Le devoir. SARA. Je l'aime ! je l'aime ! RACHEL. Pour accomplir sa loi suprême Il n'est jamais trop tard. SARA. Ah! si ma flamme est criminelle, Laisse-moi sans retard. ”
Paul Féval, Les contes de nos pères
“ Rachel écouta ces mots sans colère. Tandis qu’elle écoutait, un fugitif incarnat colora sa joue pâle. — Addel, répondit-elle en souriant avec mélancolie, je sais votre nom, moi aussi ; soirs et matins, je reste à ma fenêtre, tant que vous errez sur les bords de l’Ille... Mais vous êtes noble, et mon père est marchand ; vous êtes pauvre, et nul ne saurait compter les opulents trésors de mon père... Aimer, pour nous, ce sera souffrir. — Qui ne voudrait souffrir pour l’amour de vous, Rachel ! — Addel ! cria de loin la voix retentissante de Gérard Lesnemellec, qui était en selle sur le parvis. ”
A P Mantel, Rachel, détails inédits ; par A.-P. Mantel… (1858)
“ Rachel, que nous avons connue pour la première fois en mai 1859, était alorsdans tout l'éclat de sa renommée: Six mois auparavant, le roi Louis-Philippe l'avait complimentée dans sa loge, et, de ce moment, le monde officiel l'admit dans ses plus brillantes réunions." Le faubourg Saint-Germain, à son tour, l'attira dans ses salons; c'était à qui aurait la bonne fortune d'offrir la jeune tragédienne à 16 RACHEL ses invités. Rachel, simple et élégante dans ses manières comme dans ses vêtements, partageait alors son temps entre le monde et ses amis. ”
Arthur-Léon Imbert de Saint-Amand, Les Femmes des Tuileries. Louis-Napoléon et Mlle de Montijo… (1897)
“ Mlle Rachel est Emilie elle-même ; elle en a la haine insatiable, la farouche ardeur qui brûle de se baigner dans le sang, l'aveugle mépris du danger, les audaces, les impatiences, les dédains sans pitié pour la main qui hésite ou le coeur qui chancelle, tout, jusqu'à la cruauté ”
Joseph Raîche, Au creux des sillons
“ « Paul, dit-elle, en le regardant, vous ne m’aviez donc pas comprise. Ce que je vous avais juré, je l’ai juré à la mort. Rien ne pourra rien changer ». « Je comptais que nous étions jeunes et forts et que nous pourrions faire notre vie ailleurs ». — « Jeanne, je vous demande pardon. Vous êtes faite de vaillance et de bravoure. Il fera bon de traverser la vie avec vous ». ”
Honoré de Balzac,
Le Comte de Sallenauve
“ Jusqu’à présent il ne paraît pas que M. de Rastignac soit beaucoup plus heureux que les autres ; cependant on dit qu’elle lui fait des coquetteries ; c’est tout simple, il est le plus jeune, et a l’auréole du pouvoir. Voilà donc ce que je m’étais dit : si on pouvait décider cette fille à accepter le miraculeux bonheur de son mariage avec Ronquerolles, lequel, je vous le répète, est décidé à ce dénouement autant qu’on peut l’être, au moins on couperait court à la fantaisie de Rastignac. ”
George Sand,
Le Beau Laurence
(1870)
“ Ne dites pas non, mon groom a causé ce matin avec votre jeune comique, qui lui a tout avoué ; c’est bien Rachel qui se cache sous le nom d’Impéria. Je n’aurais pas pu m’y tromper, moi ! J’ai encore la voix de Rachel dans l’oreille et son fin profil devant les yeux. Si elle persiste à se dissimuler, ne la contrariez pas, nous ferons semblant de garder son secret ; mais le prestige de son vrai nom et la séduction de son merveilleux talent vont être d’une grande utilité à ma patrie. Entendez-moi bien ; personne n’est capable de commander une vaste insurrection. ”
Honoré de Balzac,
Œuvres complètes de H. de Balzac…
(1869-1870)
“ L'application de ce système deviné par de Marsay explique son dernier mot à Rastignac, qu'il vit presque jaloux de Victurnien. — Mon petit, lui dit-il, reste où tu es : notre Nucingen te fera ta fortune, tandis que la duchesse te ruinerait. C'est une femme trop chère. Rastignac laissa partir de Marsay sans en demander davantage : il savait son Paris. Il savait que la femme la plus précieuse, la plus noble, la plus désintéressée du monde, à qui on ne saurait faire accepter autre chose qu'un bouquet, devient aussi dangereuse pour un jeune homme que les filles d'Opéra d'autrefois. ”
Marcel Proust,
À l'ombre des jeunes filles en fleurs
“ Elle variait seulement la forme de sa phrase en disant: «Si vous avez besoin de moi», ou «si vous avez besoin de quelqu'un.» La patronne qui ne connaissait pas l'opéra d'Halévy ignorait pourquoi j'avais pris l'habitude de dire: «Rachel quand du Seigneur». Mais ne pas la comprendre n'a jamais fait trouver une plaisanterie moins drôle et c'est chaque fois en riant de tout son coeur qu'elle me disait: —Alors, ce n'est pas encore pour ce soir que je vous unis à «Rachel quand du Seigneur»? Comment dites-vous cela: «Rachel quand du Seigneur!» Ah! ça c'est très bien trouvé. Je vais vous fiancer. ”
