“ Dites pourquoi, mon cher Laurence!... confessez-vous entièrement.—Eh! mon Dieu, répondit-il en se levant et en se promenant avec agitation dans la chambre bleue, parce que j'ai contracté dans ma vie errante une maladie chronique très-grave: le vouloir irréalisable, la fantaisie de l'impossible, l'ennui du vrai, l'idéal sans but déterminé, la soif de ce qui n'est pas et ne peut pas être! Ce que j'ai rêvé à vingt ans, je le rêve toujours; ce qui m'a fui, je le cherche toujours dans le vide.—La gloire de l'artiste! est-ce cela?—Peut-être! J'ai eu à mon insu quelque ambition inassouvie. ”
George Sand
Résumé
Le Beau Laurence de George Sand, publié en 1851, explore les tensions entre art et vie à travers les destins entrelacés de Laurence, un artiste taraudé par l'idéal inatteignable, et Impéria, une femme complexe liée à ses aspirations.
Le roman mêle théâtre, passion et déceptions, avec des personnages comme Bellamare et Marco qui incarnent les luttes intérieures et les conflits sentimentaux. Les thèmes de l'échec, de la création artistique et des liens fragiles entre les êtres dominent, révélant une réflexion profonde sur la nature de l'art et de l'âme humaine.
Citations de Le Beau Laurence (George Sand)
George Sand,
Le Beau Laurence
(1870)
“ Il me semble qu’elle m’aime aussi. Peut-être suis-je un fat, peut-être n’a-t-elle pour moi que de l’amitié, — comme Impéria ! C’est peut-être ma destinée d’inspirer l’amitié. C’est doux, c’est pur, c’est charmant, mais cela ne suffit pas. Je commence à m’irriter de cette confiance dans ma loyauté, qui n’est pas si réelle qu’elle le paraît, puisqu’elle me coûte. Et voilà où j’en suis ! Amoureux timide et méfiant, impatient et craintif, parce que... parce que, faut-il tout vous dire ? j’ai autant de peur d’être aimé que de peur de ne pas l’être. ”
George Sand,
Le Beau Laurence
(1870)
“ Écoute, Laurence, je ne suis pas libre, je suis mariée. — Mariée ! m’écriai-je ; toi, mariée ! Ce n’est pas vrai ! — Ce n’est pas vrai par le fait ; mais à mes yeux je suis irrévocablement liée. J’ai engagé ma conscience et ma vie à un serment qui est ma force et ma religion. J’aime réellement quelqu’un, et je l’aime depuis cinq ans. — Ce n’est pas vrai ! répétai-je avec colère ; cette fable est usée ; ce prétexte ne peut plus servir. Vous avez dit à Bellamare devant moi, à Paris, un jour où j’étais encore malade et où je feignais de dormir, que ce n’était pas vrai. ”
