“ Béchard Point de preuves contre moi, voilà tout ! Poutré Mes enfants, remercions la Providence qui n'abandonne jamais ceux qui ont confiance en elle. Félix Oui, père, remercions la Providence qui a veillé sur nous, et prions pour ces pauvres victimes qui, moins heureuses, ont expié sur l'échafaud le crime d'avoir trop aimé leur pays. Ils sont morts en braves patriotes et en héros chrétiens ; puisse leur mort devenir une source féconde de patriotisme, et la terre qui a bu leur sang porter les plus beaux fruits pour l'avenir du Canada !... ”
Louis Fréchette
Élements biographiques
Louis-Honoré Fréchette (1839-1908), poète, dramaturge et homme politique québécois, incarne une figure centrale de la littérature canadienne-française du XIXe siècle. Son œuvre, marquée par un romantisme vibrant et un profond attachement à l’identité nationale, explore les thèmes de la patrie, de l’histoire canadienne et des enjeux sociaux.
À travers des recueils poétiques comme Les Fleurs boréales et des pièces dramatiques telles que Félix Poutré, il allie lyrisme et engagement civique. Ses contes, notamment Contes canadiens, démontrent une maîtrise narrative qui place son héritage littéraire au cœur des réflexions sur la culture québécoise.
Citations de Louis Fréchette
Louis Fréchette,
Contes canadiens
“ De tous temps, la beauté s’est plu à soumettre les hommes forts. Il s’en suivait que les rivaux de Montferrand étaient souvent des types peu ordinaires — et s’il a soutenu des combats contre quelques-uns de ses propres amis ou compatriotes, c’est dans cette situation qu’il faut en rechercher la cause. De là aussi ces attaques nocturnes, ces surprises qui tiennent du roman et dont sa carrière fut remplie. De là également le prestige de sa renommée, car notre peuple fait toujours la mesure très large à celui qui fascine le beau sexe et qui s’expose au danger en son honneur. ”
Louis Fréchette,
Les hommes du jour : Wilfrid Laurier
“ Laurier n’est pas un chef ordinaire. Renseigné sur tous les points, toujours prêt à la riposte, jamais découvert, d’une prudence sans pareille dans ses mouvements, ne laissant rien au hasard, charmant ses amis par sa crânerie, désarmant ses adversaires par sa loyauté courtoise autant qu’il les étourdit par ses brillantes charges à fond de train, il ne fait jamais une fausse manœuvre, ne se laisse jamais prendre au dépourvu ; et, s’il n’écrase pas l’ennemi à chaque rencontre, au moins est-il bien rare qu’il ne le couche pas sur le champ de bataille. ”
Louis Fréchette,
Les Fleurs boréales
“ Alors le bruit des eaux brisant sur les écores, Les murmures du vent dans les grands pins sonores La chanson des oiseaux, la plainte des bois sourds, Tout ce concert confus de rumeurs innommées Qui s’élèvent, la nuit, de l’onde et des ramées, Tout lui parlait des anciens jours. Ouvrant au souvenir l’essor de ses pensées, Ce débris glorieux de nos grandeurs passées, Géant d’une autre époque oublié parmi nous, Comme il vous écrasait de sa hauteur sereine, Colosses d’aujourd’hui, tourbe contemporaine Qui n’alliez pas à ses genoux ! ”
Louis Fréchette,
Feuilles volantes
“ Au mois de mai, doux mois où fleurit la cerise, Dans les bosquets tout blancs où l’on s’est attardé, On hume les parfums vernals, et l’on se grise Dans un flot virginal d’effluve débordé.Le temps passe ; et, plus tard, on voit avec surprise, Sur un rameau pliant, de soleil inondé, Le fruit lourd et vermeil, que balance la brise, Briller robuste et mûr sur l’arbre fécondé.Cousines, bénissons le ciel ; la vie humaine Est comme la nature : un bon ange ramène Par un autre chemin le bonheur qui s’enfuit. ”
Louis Fréchette,
La Légende d’un peuple
“ Un vrai rêve ! et sortant du grand brouillard diffus, Comme un charivari parti de l’autre monde. Alors, messieurs, ― tenez, que le ciel me confonde Et me punisse aussi longtemps que je vivrai, Avec tous mes enfants, si je ne dis pas vrai, ― Par un trou du brouillard qu’on ne soupçonnait guère, J’aperçus tout à coup huit gros vaisseaux de guerre, De voilure inconnue et d’ancien gabarit, Qui, poussés par un vent dont l’effet m’ahurit, Pavillons à la corne et tout couverts de toile, Vers les rochers du bord couraient à pleine voile. ”
Louis Fréchette,
Contes canadiens
“ Mais hélas ! il était écrit sans doute que Pierriche ne pourrait pas même faire bouillir la marmite ; car à peine l’avait-il mise au feu que la vache, dégringolant dans la rivière, enleva Pierriche à six pieds du sol. Elle avançait à grands pas. Le malheureux, se sentant ainsi monter tout d’un coup avec la rapidité d’un décor de théâtre, n’eut que le temps de s’arc-bouter avec force à la poutre et demeura suspendu dans le vide, gigotant comme un possédé et criant avec désespoir : « À moi, Madelon ! à moi, Madelinette ! » ”
“ Mon cher Béchard, nous sommes biens seuls enfin ! (Il lui serre la main.) Eh bien, dites-moi, trouvez-vous que je sache bien faire le fou ? Béchard Comment !... tu n'es pas fou ?... Félix Pas plus fou que lorsque je suis entré en prison. Mais parlez moins haut, vous allez me trahir !... Béchard Ah ! mais franchement, là, est-il possible que tu aies véritablement ta raison ? Félix Mais vous m'avez donc cru fou pour tout de bon ? Béchard Eh ! bon Dieu ! fou à lier, plus fou que tous les fous ensemble. Je n'ai rien vu de pareil. Félix Comment trouvez-vous que je les fais danser ? Béchard Mais c'est pourtant vrai qu'il a sa raison... ”
Louis Fréchette,
La Légende d’un peuple
“ Le vieux drapeau flotter à son mât qui balance. Ils entrèrent au fort. Un lugubre silence Régnait partout. Soudain, dans un obscur réduit Où le pressentiment d’un malheur les conduit, Les trois chasseurs se voient en face d’un cadavre. C’était Cadot, rigide, et ― spectacle qui navre ― N’ayant que son drapeau pour dernier vêtement. Le héros était mort, drapé dans son serment ! Le fort n’est plus debout. Pourtant, sur ses ruines, Le voyageur prétend qu’à travers les bruines Et les brouillards d’hiver, on voit encor souvent Le vieux drapeau français qui flotte dans le vent ! ”
Louis Fréchette,
Feuilles volantes
“ À ma petite Marie-Jeanne. L’océan roule en paix sa houle souveraine, Où, mobile, se joue un reflet de ciel clair : Et, les ailes au vent, comme un oiseau de l’air, Notre steamer géant y plonge sa carène.Le soleil radieux s’enfonce dans la mer, Dorant l’immensité de sa splendeur sereine ; Sur les flots monte au loin comme un chant de sirène... Et pourtant, sur ma lèvre erre un sourire amer.Le spectacle est charmant, féerique, unique au monde ; Mais j’aime mieux les soirs où l’âpre bise gronde Et dans les grands huniers jette son cri strident ;Ah ! ”
Louis Fréchette,
Les hommes du jour : Wilfrid Laurier
“ « On peut être charmant discoureur, logicien puissant, et même orateur parlementaire hors ligne, sans pour cela avoir la valeur d’un chef de parti. On peut compter de brillants états de service, posséder même la bravoure d’un héros, sans avoir les qualités d’un général. On peut être un admirable soldat, sans être un grand capitaine. Laurier sera-t-il au premier rang ce qu’il a su être au second ? » Eh bien, là aussi, sur ce terrain pourtant si glissant, l’attitude ferme et habile du jeune leader a plus que justifié le choix du parti, plus que satisfait l’attente de ses admirateurs ”
Louis Fréchette,
Les Fleurs boréales
“ Il bredouillait des mots d’une étrange douceur, Des mots incohérents, indécis, adorables ; Et moi qui l’écoutais, je sentais dans mon cœur Courir des frissons ineffables. Les jours de soleil sont passés, Et l’automne fait sa vendange ; Dans l’enceinte des trépassés, La feuille tombe à flots pressés ; Dors, mon doux ange ! Il est là qui repose en son linceul glacé, Au cimetière, hélas ! sa dernière demeure, Songe-t-il quelquefois, le pauvre délaissé, A sa mère qui souffre et pleure ? Oh ! oui ”
Louis Fréchette,
Contes canadiens
“ Il va de soi que pas un Canadien ne les renvoyait les mains vides. La plupart des Anglais donnaient par admiration pour l’excellent caractère et les prouesses de Montferrand. Car il eut ce beau privilège d’être aimé de tous ceux qui le connurent. Ses anciens compagnons ; ceux pour qui il travailla ; les hôteliers qui l’hébergèrent : tous m’ont parlé de lui avec respect et affection. La postérité se tromperait grandement si elle faisait de lui un hercule mal dégrossi, avide de luttes et rude envers les autres comme il l’était parfois pour lui-même. ”
Louis Fréchette,
Feuilles volantes
“ Au frère Stephen J’ai planté ce matin un bouquet éphémère Au-dessus du cher mort sous le tertre endormi ; Et je veux, un moment, dans votre sein d’ami Épancher le trop plein de ma détresse amère.Dieu, qui ne fait jamais les choses à demi, Près du pauvre exilé vous mit comme une mère ; Et quand le sort fatal vint briser ma chimère Des peines de mon cœur votre cœur a gémi.Aussi, dans le secret de mon âme froissée, Je vous confonds tous deux, et ma triste pensée Va de celui que j’aime à celui que j’aimais.Hanté par l’un, je sens que l’autre me regarde ; ”
“ Félix Non, sans doute, mais on peut faire semblant d'être fou. Béchard Bon, perds-tu la tête ? faire semblant d'être fou, mon cher ; je t'assure que c'est plus difficile que tu le penses. Une demi-heure, passe encore, mais des semaines, des mois peut-être... C'est une chose impossible, vois-tu ; il n'y a pas un homme qui puisse soutenir un pareil rôle. Comment s'empêcher de rire seulement ? car c'est précisément là la caractéristique de la folie, et le plus difficile. Si tu manques seulement une fois au sérieux de ta figure, tu es perdu. ”
Louis Fréchette,
La Légende d’un peuple
“ Les huit grands voiliers noirs s’abîmer sur les rochers... ― Et puis ? ― Et puis plus rien ; tout comme auparavant, Moins le brouillard chassé par le soleil levant. Messieurs, par mon patron, le grand saint Chrysostome, J’avais vu les vaisseaux de l’amiral fantôme ! Ne soyez pas surpris si mes pas sont tremblants ; C’est depuis ce jour-là que mes cheveux sont blancs ! ― Celui qui nous parlait était un vieux pilote, Qui jurait ses grands dieux, son âme et saprelotte, Que jamais il n’avait, même en vidant son broc, Fait à la vérité le plus petit accroc. ”
Louis Fréchette,
Les Fleurs boréales
“ Dressent dans le ciel pur leurs altières splendeurs, Des brouillards et des bruits du présent dégagée, Son âme s’élevait radieuse, et plongée Dans de célestes profondeurs. Gloire, succès, revers, douleurs, luttes sans trêve, Tout un monde endormi s’éveillait dans son rêve ; Il lui semblait entendre, au milieu des rumeurs, Appel désespéré d’un peuple qui s’effare, Son grand nom résonner, ainsi qu’une fanfare, Au-dessus d’immenses clameurs. Mystérieux échos du passé ! les rafales Lui jetaient comme un bruit de marches triomphales ”
Louis Fréchette,
Les hommes du jour : Wilfrid Laurier
“ Aussi n’est-il pas de ceux qui déplorent outre mesure les vicissitudes de fortune qui ont introduit au Canada la domination britannique. Il aime les institutions politiques dont celle-ci nous a dotés ; et il ne s’en cache ni chez nous ni ailleurs, quitte à travailler plus tard, à modifier ces mêmes institutions suivant les besoins des circonstances et de l’heure, lorsque l’intérêt du pays l’exigera. Cette manière d’entendre le patriotisme se trouve admirablement développée dans la péroraison du mémorable discours sur le Libéralisme politique, qu’il prononça à Québec, le 26 juin 1877. ”
Louis Fréchette,
Feuilles volantes
“ La tempête a cessé. L’éther vif et limpide A jeté sur le fleuve un tapis d’argent clair, Où l’ardent patineur à l’envol intrépide Glisse, un reflet de flamme à son soulier de fer.La promeneuse, loin de son boudoir tépide, Bravant sous les peaux d’ours les morsures de l’air, Au son des grelots d’or de son cheval rapide, À nos yeux éblouis passe comme un éclair.Et puis, pendant les nuits froidement idéales, Quand, au ciel, des lambeaux d’aurores boréales Battent de l’aile ainsi que d’étranges oiseaux,Dans les salons ambrés, nouveaux temples d’idoles, Aux accords de l’orchestre, au feu des girandoles, Le quadrille joyeux déroule ses réseaux. ”
Louis Fréchette,
Contes canadiens
“ Ils vont les petits chevaux canadiens, s’ébrouant dans la buée, secouant leurs crinières où le givre brode des festons et emportant, avec l’ardeur qu’on leur connaît, Maurice Flavigny et les fermières emmitouflées au fond des « carrioles », tandis que, debout sur le « devant », bien ceinturés dans leurs « capots » de chat sauvage, le « casque » sur les yeux, des glaçons dans les moustaches et les guides passées autour du cou, Philippe Gendreau et Marcel Benoit se battent vigoureusement les flancs pour se réchauffer les doigts — car l’air est vif et sec... ”
Louis Fréchette,
La Légende d’un peuple
“ Chênes au front pensif, grands pins mystérieux, Vieux troncs penchés au bord des torrents furieux, Dans votre rêverie éternelle et hautaine, Songez-vous quelquefois à l’époque lointaine Où le sauvage écho des déserts canadiens Ne connaissait encor que la voix des Indiens, Qui, groupés sous l’abri de vos branches compactes, Mêlaient leur chant de guerre au bruit des cataractes ? Sous le ciel étoilé, quand les vents assidus Balancent dans la nuit vos longs bras éperdus, Songez-vous à ces temps glorieux où nos pères Domptaient la barbarie au fond de vos repaires ? Quand, épris d’un seul but, le cœur plein d’un seul vœu, ”
“ Chargez-nous de fers, abreuvez-nous d'outrages, faites-nous souffrir tous les mauvais traitements, faites tomber nos têtes sur l'échafaud... oui, prenez notre vie, nous vous laisserons faire. Mais si vous attentez à notre honneur, halte-là ! Allez dire à ceux qui vous envoient que les traîtres sont dans leurs rangs, et non parmi ceux qui donnent leur sang pour leur pays. Pour ma part, tant que la corde du bourreau ne m'aura pas privé du dernier souffle, il me restera toujours assez de cœur pour crier : « Mort aux tyrans et vive la liberté ! » ”
Louis Fréchette,
Les Fleurs boréales
“ Qui de purs dévoûments n’est jamais assouvie ; Qui nous donne son sang, et qui nous fait la vie Douce comme un baiser d’amour ! Toi qui sais les effets sans deviner les causes, Et qui souris de voir nos figures moroses S’épanouir à tes ébats ; Toi dont le cœur est comme une onde transparente, Et dort la foi naïve est encore ignorante Des tristes choses d’ici-bas ! Ecoute ! il est un temps dans l’existence humaine, Où, sous le lourd fardeau que l’âge nous amène, Le front se penche soucieux ”
Louis Fréchette,
Les hommes du jour : Wilfrid Laurier
“ Je l’ai dit plus haut, Laurier est un patriote, mais c’est un patriote de son temps ; et, si bizarre que soit l’expression, j’ajouterai : de son pays. D’autres, parmi nous, peuvent être plus français que lui : je veux dire plus enthousiastes des institutions françaises. Nul n’est plus véritablement canadien. Sa patrie, c’est le Canada, et non pas seulement la province de Québec. C’est vers le Canada tout entier qu’il dirige constamment ses vues et ses préoccupations patriotiques. Il aime sa race, il en est fier ”
Louis Fréchette,
Feuilles volantes
“ Ce n’était qu’un bébé, tu n’étais qu’un doux ange ; Et Dieu sait quel courant de sympathie étrange Vous pénétra tous deux de son charme subtil.Puis l’âge vint ; la vie est un décor qui change. Pourtant, presque mourant, quand il revint d’exil, Ton nom fit souvent poindre une larme à son cil : Du temps et de l’oubli toujours le cœur se venge. ”
Louis Fréchette,
La Légende d’un peuple
“ Jacque — après avoir fait le signe du chrétien — Près du marmot qui dort au creux d’une javelle, Commença les travaux de la moisson nouvelle. Un ravissant tableau ! Dans le cadre assombri De l’immense forêt qui lui prête un abri, Une calme clairière où l’on voit, flot mouvant, Les blés d’or miroiter sous le soleil levant ; À genoux sur la glèbe, et tête découverte, Les travailleurs penchés sur leur faucille alerte ; Deux enfants poursuivant le vol d’un papillon ; Et puis ce petit ange, au revers d’un sillon, Parmi les épis mûrs montrant sa bouche rose... ”
Louis Fréchette,
Contes canadiens
“ Et Maurice Flavigny avait quitté la cure de Contrecœur avec une nouvelle commande, pour l’église, d’un grand tableau de la Sainte-Trinité, patronne de la paroisse. Jugez quel orchestre délirant, quel cantique attendri devaient chanter au fond du cœur de ce jeune homme de vingt-quatre ans, qui, dans cette nuit de Noël, si joyeuse, si solennelle, si impressionnante pour tous, apportait le bonheur et la richesse à ce qu’il avait de plus cher au monde — sa bonne vieille mère pauvre et aveugle, qu’il n’avait pas revue depuis six ans ! ”
Louis Fréchette,
Les Fleurs boréales
“ Et brandissaient dans l’ombre un tomahawk vainqueur ? Hélas ! ils ne sont plus... et sous les sombres dômes De tes forêts, la nuit, on entend leurs fantômes Mêler leur plainte au bruit du vent. Ils sont morts ! et tes flots qu’ils dominaient naguère, Tes flots ont oublié le noble chant de guerre Qu’ils entendirent si souvent ! Malheur ! malheur ! malheur ! à ces Visages-Pâles Dont les rangs hérissés de foudres infernales Ont fait de nos guerriers un carnage inouï ! Leurs victimes encore attendent la vengeance... ”
“ Félix, Béchard, Camel Béchard Je le sais bien, mon Dieu ! mais comment s'imaginer qu'un homme dans son bon sens puisse faire de pareilles extravagances. Quand je t'ai vu si fou, vrai comme je m'appelle Béchard, j'ai cru que le bon Dieu t'avait puni d'une pareille pensée et t'avait réellement privé de la raison. J'aurais mis la main dans le feu pour jurer de ta folie ! Quoi ! vrai, là, tu n'es pas fou ? ”
Louis Fréchette,
La Légende d’un peuple
“ Qu’il est un droit plus saint que celui du plus fort ; Oui, dans ce siècle où tout s’élève et s’émancipe, Chez nous, au plus flagrant mépris de tout principe De clémence, d’amour, de paix et d’équité, À la race du monde et de la liberté, Sur le classique sol de toute indépendance, Pris de férocité, gonflés d’outrecuidance, On a vu des guerriers et des hommes d’État, Juges, bourreaux, unis dans un même attentat, Au-dessous d’un gibet qu’un peuple entier renie, Groupés pour savourer un râle d’agonie ! Civilisation, admirez !... ”
Louis Fréchette,
Feuilles volantes
“ L’Été met des fleurs à sa boutonnière ; Au fond des taillis et dans les roseaux, Ivres de soleil, les petits oiseaux Entonnent en chœur l’hymne printannière ;Sur les clairs sommets, les champs et les eaux, Tombent de l’azur des jets de lumière ; Au nid, au palais et sous la chaumière, Le parfait amour tourne ses fuseaux.Sous les bois touffus la source murmure ; La brise en jouant berce la ramure ; Le papillon vole au rosier fleuri ;Tout chante, s’émeut, palpite, étincelle... Transports infinis ! joie universelle ! À son créateur la terre a souri ! ”
Louis Fréchette,
Contes canadiens
“ « Oui, tu vas en faire de l’ouvrage ! Ah ! les femmes ! les femmes ! un homme fait dix fois plus de besogne qu’aucune d’elles en une journée. » Sitôt qu’au détour du chemin Pierriche eut vu disparaître sa petite famille, — car si bourru, si grognon qu’il fût, Pierriche, ce bon Pierriche se serait fait couper en quatre pour sa femme et ses enfants, — il rentra dans sa chaumière et demeura quelques moments indécis, en peine de ses bras vigoureux, ne sachant pas comment commencer cette besogne toute nouvelle pour son tempérament et ses habitudes. ”
Louis Fréchette,
Les Fleurs boréales
“ Dont l’ombre se dessine en gigantesques franges Flottant parmi les nénuphars. L’oiseau de nuit, quittant sa pose taciturne, S’envole en tournoyant, et sa clameur nocturne Eveille des grands bois l’écho retentissant. Tout est calme ; et pourtant, dans le couchant rougeâtre, Sinistre précurseur, un nuage grisâtre Etend son voile menaçant. II Voyez là-bas, longeant les détours de la grève, Comme un vague fantôme entrevu dans un rêve, Une ombre se glisser d’un pas lent et discret. ”
Louis Fréchette,
La Légende d’un peuple
“ « À Notre-Dame ! » quand il lui serait très facile de mettre ces cris ; c’est que volontairement il cherche le mouvement, la vie, et ne s’astreint pas servilement à la règle, quand il croit que d’une émancipation quelconque doit résulter une beauté. Et en cela encore il est du libre pays qui fut une autre France. Qui fut ! disons : qui est. Aux jours de la Saint-Jean, lorsqu’au soleil des fêtes nationales, dans son étui de soie, passe le vieux drapeau, le drapeau de Montcalm à la bataille de Carillon, le drapeau fleurdelisé troué de balles, le cœur des Canadiens bat au nom de la France. ”
Louis Fréchette,
Feuilles volantes
“ Notre âme est un oiseau qui, hardi dans son vol,A besoin d’horizon serein et diaphane : Toute pensée amère, ou perverse, ou profane, Comme un fil ennemi retient son aile au sol. (1894) À mon frère Achille Frère, tu veux causer ; tu veux que je rassemble Mes souvenirs ; tu veux, me tenant par la main, Comme un vieillard penché sur son bâton qui tremble, Des jours qui ne sont plus remonter le chemin.Il fut rude, souvent, ce long passé qui semble Pourtant si court, plus tard, au pauvre cœur humain ! ”
“ Les Précédents, Félix Duquette (à Cardinal) Le voici ! Camel (à part) Félix Poutré !... L'être exécrable que l'enfer s'est plu à jeter sans cesse en travers de ma route ! C'est lui surtout qu'il me faut ! Cardinal (à Félix) Bien, jeune homme ! (Il lui serre la main.) Tu sais ce dont il s'agit ; es-tu des nôtres ?... Félix Messieurs, si votre intention est de renverser le gouvernement et de faire avaler une pilule évacuative à Messieurs les Anglais, vous pouvez compter sur moi. Il y a longtemps que ça me démange, et nom d'un nom ! j'ai hâte de me frotter un peu avec des habits rouges. ”
Louis Fréchette,
Contes canadiens
“ Nous avons parmi nous, dit un capitaine, le champion de la marine anglaise ; il est de votre force et serait heureux de voir ce que peut faire contre lui un Canadien. Le mot n’était pas lâché que Montferrand avait dit : « j’accepte ! » Son patriotisme n’hésitait jamais quoiqu’il aimât médiocrement la bataille par elle-même. Le rendez-vous était sur le quai de la Reine. Un trait qui peint bien les mœurs du temps, c’est que, outre Insulterez-vous encore les Canadiens ? ”
Louis Fréchette,
La Légende d’un peuple
“ Elle fut magnanime, héroïque et sans tache, Votre légende, ô fiers enfants de Saint-Eustache ! Quand le reste pliait ; quand, à Saint-Charle en feu, Sacrifiant leur vie en un suprême enjeu, Les hardis défenseurs de notre sainte cause, Martyrs du grand devoir que la patrie impose, Étaient morts aux lueurs de leurs foyers détruits ; Quand les plus dévoués au loin s’étaient enfuis, Traqués en malfaiteurs jusques à la frontière, Et que les conquérants, avec leur morgue altière, De leurs cris de triomphe insultaient les vaincus, Vous, au sublime appel d’un nouveau Spartacus, Voulûtes, réunis en phalange sacrée, ”
