Résumé

Portrait de André Suarès André Suarès La Nouvelle Revue Française

Il croit à la vérité, comme un enfant : sa vérité, non pas la vôtre. Et je ne comparerai pas l’une à l’autre, même pour rire. Je vais jusque là : même s’il ment, c’est la vérité qu’il veut servir. Vous, la plupart, même quand vous dites vrai, vous servez votre mensonge, le principe de négation qui est en vous, et que vous répandez si cruellement sur les autres. Le mensonge, mes bons Seigneurs, c’est de n’être pas. Il est, lui, ce Rousseau, ce pauvre homme, ce Jean-Jacques, Jacques comme Bonhomme, et Jean comme le tendre disciple.
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La vie est la raison des raisons. Il est, en elle, une force de persuasion à nulle autre pareille. Cette force de Rousseau, comme celle de Beethoven, est un amour qui s’épanche.
Il n’est pas l’homme de ses livres, disent-ils. Qu’est-ce qu’ils en savent ? et si, au contraire, l’homme de la vie n’était pas le pis aller du poète ? L’écart est tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre. Il y a des hommes que leurs livres trahissent, et d’autres qui trahissent leurs livres. Pour nous, qui vivons avec les livres immortels, et non avec les hommes morts, ils sont vrais s’ils nous forcent à les croire.
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Chateaubriand est toute négation.
Chateaubriand est un Rousseau qui nie : parce qu’en tout, monde, cité, passé, présent, politique et nature, il ne voit que soi, il n’aime que lui. Chateaubriand modèle son personnage ; il porte un masque ; il ne le quitte jamais ; il ne cesse de le polir et de l’orner ; il joue toute sa vie le rôle qui lui semble le plus digne de lui, devant la postérité.
Jean-Jacques est nu. Plus il se pare, plus il y est malhabile. Ses prétentions même décèlent sa nudité. Il ne se quitte jamais tant, que s’il tourne le dos à tous les hommes.
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