Résumé

Ch. Labitte Revue des Deux Mondes

Dante n’est pas pour rien le représentant poétique du moyen-âge. Placé, si j’ose dire, comme au carrefour de cette étrange époque, toutes les routes mènent à lui, et sans cesse on le retrouve à l’horizon. En philosophie, il complète saint Thomas ; en histoire, il est le commentaire vivant, animé, de Villani ; le secret de la vie religieuse, des tristesses, des terreurs de l’époque, est dans son poème. C’est un homme complet à la manière des écrivains de l’antiquité ; il tient la plume d’une main, l’épée de l’autre ; il est savant, il est diplomate, il est grand poète.
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Mais c’est faire, dira-t-on, la critique de toute une école, c’est nier un côté de l’art. Mon Dieu, je ne conteste pas qu’il y ait là de la poésie. Elle y abonde, mais elle n’est pas fixée sous une forme ferme et par conséquent, immortelle. La pensée n’est pas arrêtée nettement sous les mots par le génie de l’expression. C’est là le vice capital de toute la littérature moderne du Nord : une lyre harmonieuse, touchante, mais qui n’a qu’une corde.
Le genre une fois adopté, on ne peut nier que Tegner ne soit un suave écrivain, plein de rêverie.
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Mais c’est là justement ce qui rend admirable l’œuvre de M. Raynouard ; c’est cette émotion, inconnue et nouvelle au théâtre, pour le sublime martyr, qui ne faiblit pas un instant. Comme le dit encore Joseph Chénier (et on verra que ce jugement n’est pas sans quelque prix dans sa bouche) , il n’y a point, en cette tragédie, de confidens, d’usurpateurs, de tyrans, de conjurations, de rivalité d’ambition, pas plus les malheurs de l’amour que les fureurs de la jalousie. Cependant on a beaucoup reproché à M. Raynouard d’avoir donné au grand-maître des proportions plus qu’humaines.
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