Résumé

E. Barrault La Russie et ses Chemins de Fer

Après avoir fait sortir de l’énergie surexcitée d’une population de 65 millions d’âmes une puissance inouïe de production, la Russie remplacerait, dit-on, la passion de la guerre, de l’envahissement et de la monarchie universelle par la passion de l’accaparement des marchés et du monopole! On veut qu’elle cherche une autre issue et des armes plus sûres à tant de visées ambitieuses forcées de se contenir, et qu’en renonçant à peser sur le monde du poids d’une nation militaire, elle entende se faire compter comme une nation industrielle de premier ordre, sinon d’un rang exceptionnel.
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E. Barrault La Russie et ses Chemins de Fer

Tour à tour chaque grande nation européenne s’est proposé de refaire l’empire romain, empire d’Occident d’abord, puis empire d’Orient; la Russie a passé par le même rêve, avec cette nuance géographique qu’elle commençait en Orient pour achever en Occident. C’a été une sorte de péché originel, péché légué aux sociétés modernes par les sociétés anciennes, mais toujours puni par l’impuissance. L’unité d’une seule des parties du globe n’est plus possible par la conquête d’un peuple et la prépotence d’un césar; l’unité ne saurait plus procéder que de l’union.
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E. Barrault La Russie et ses Chemins de Fer

Tout dans ce peuple tend à une domination gigantesque. Placé entre l’Europe et l’Asie, il se croit appelé par le ciel à les maîtriser. Enfin c’est par le prestige de l’autorité et par les ressorts administratifs tout ensemble qu’il se gouverne, de façon qu’à un moment donné il peut tout oser. Que lui manque-t-il pour accomplir ses desseins ? La faculté de se mouvoir avec rapidité, et on lui fait des chemins de fer! On ne l’armera de tous les arts de la civilisation qu’au péril de la civilisation elle-même, dont il se porte pour l’héritier, parce qu’il est né d’hier.
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