Eugène Forgues

Résumé

Eugène Forgues Revue des Deux Mondes

Nous entrons dans le navire et je retrouve, presque intact, le même décor qu’il y a vingt ans. Les grandes plantations de cannes à sucre sont toujours là, bordant des deux côtés le large fleuve, et s’étalant en tapis de verdure jusqu’aux murailles sombres des forêts à l’horizon. Les rives sont couvertes d’habitations diverses, tellement rapprochées les unes des autres qu’on se croirait presque dans une rue gigantesque. Çà et là, un manoir de dimensions plus saillantes s’élève, entouré d’arbres. Tout le pays a un air de tranquille prospérité.
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Eugène Forgues Revue des Deux Mondes

J’ai repris presque toutes mes anciennes habitudes du bord, et, bien entendu, je me fais réveiller avec le pilote de service à quatre heures du matin, car on n’a jamais trop d’occasions d’assister au lever du soleil sur le Mississipi. L’heure même qui précède est charmante par le profond silence qui règne de toutes parts, et le sentiment exquis de solitude et de repos qui s’empare du voyageur. Puis le difficile arrive par degrés, les murailles noires de la forêt commencent à pâlir, de grandes échappées de fleuve se révèlent.
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Hier, il revenait à son pays et à son premier thème, et dans les deux volumes intitulés Life on the Mississipi, il racontait en détail les péripéties de sa rude et sauvage adolescence, l’éducation d’un pilote à bord des grands steamers qui couraient le long du fleuve, toutes les gloires et toutes les émotions de cette navigation périlleuse, aujourd’hui réduite à sa plus simple expression. C’était une race d’hommes à part que ces marins d’eau douce, affronteurs de dangers devant lesquels le loup de mer le plus endurci eût reculé peut-être.
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