Eugène-Melchior de Vogüé

Eugène-Melchior de Vogüé

Résumé

Portrait de Eugène-Melchior de Vogüé Eugène-Melchior de Vogüé À Ravenne

La couronne forestière dont Ravenne s’enorgueillissait, la célèbre Pineta, s’étendait naguère encore de la ville à la mer, couvrant de ses masses sombres dix lieues de côtes. Là aussi une grandeur historique s’évanouit : la forêt s’est dépeuplée comme la cité. Les vieux plus parasols ont succombé à quelques hivers trop durs. Il en reste de beaux rideaux déchirés, çà et là, sur les dunes ; des fûts isolés se dressent à l’horizon, pareils aux colonnes épargnées dans la ruine d’un temple antique. Un sous-bois d’essences plus humbles a grandi à l’ombre des géans disparus.
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Portrait de Eugène-Melchior de Vogüé Eugène-Melchior de Vogüé À Ravenne

Sur la gauche, l’orbe rouge du soleil tombait dans les crêtes des pins ; à droite, la lune s’allumait, errante sur ce plateau de terres désertes où toute la paix de l’univers semble s’être doucement posée. Devant, à la perte de la route, on devinait le voisinage de la mer, invisible, endormie ; l’air immobile, saturé de clarté, tardait à s’obscurcir ; le silence des choses descendait jusqu’au fond de l’âme.
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Portrait de Eugène-Melchior de Vogüé Eugène-Melchior de Vogüé À Ravenne

Au loin, les hautes cimes de quelques plus parasols, échappés à la destruction de la Pineta, rappellent seules l’Italie. Le train s’arrête, on descend sur une place déserte. Roulée dans ce linceul de verdure, une petite ville aux tons rouilles, vide, silencieuse, émerge comme un objet antique et hors d’usage, avec l’air d’une vieille de l’autre temps qu’on oublia d’ensevelir. C’est Ravenne, la douce morte, la Byzance occidentale.
Ici vinrent expirer, s’anéantir et reposer enfin les plus grandes âmes que l’humanité ait connues, l’âme de Rome, l’âme de Dante
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