Résumé

Jean Rosmer Le Pré-Madame : roman inédit (1937)

Elle retrouvait sa belle mine, ses franches couleurs ; sa gaîté d'autrefois revenait. Elle se reprenait à chanter et à rire, comme au temps heureux où elle folâtrait dans le parc des Rives, sous l'œil indulgent de l'exquise tante Line.
Un soir où quelques intimes étaient réunis autour des tables de bridge du fumoir, le maître d'hôtel entra, tout effaré. A l'oreille de la châtelaine, il murmura :
— Monsieur le marquis descend de voiture, Madame. Elle se leva, très digne, pria Mlle Duval de tenir les cartes à sa place et gagna le vestibule, où Ghislain venait d'entrer.
Source : Gallica

Jean Rosmer Le Pré-Madame : roman inédit (1937)

Ghislain t'épousera bientôt.
Un effroi indicible se lut dans les prunelles noyées de l'orpheline. Elle bégaya :
— Il ne m'aime pas, marraine, vous le savez...
La moribonde eut un geste d'indifférence :
— Cela est sans importance pour le moment. Il te chérira quand tu seras sa femme : il apprendra à te connaître, à t'apprécier... vous serez heureux, et puis, vois-tu, enfant, il a besoin de toi... Tu en doutes ?... Tu le vois fier, solide, sûr de lui, et tu le crois inaccessible au découragement, au chagrin ?... Tu as tort...
Source : Gallica

Jean Rosmer Le Pré-Madame : roman inédit (1937)

Ghislain le rompit pour supplier : — Faites table rase du passé, Aude.. Recommençons la vie... Une existence pleine de charmes s'ouvre devant nous...
Il joignait les mains dans une supplication fervente. Elle eut un geste négatif.
— Ce n'est pas possible. Il est proche de nous, ce temps peuplé d'amertume, de désillusions... Je ne suis pas une sainte, mon ami... Seule, une prédestinée arriverait à oublier ces heures d'angoisse, où la déception, le mépris, la froideur, me blessèrent également. Je suis une femme, mon cher, et, comme telle, sujette à toutes les faiblesses humaines.
Source : Gallica

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