Résumé

Jules Legras Revue des Deux Mondes

Peu à peu, cependant, la steppe touffue se peuple ; des villages chinois y apparaissent et les longs sillons des terres labourées s’étalent vers l’horizon. Tout l’après-midi se passe en attente vaine à une gare de triage, au bord du Soungari, où hiverne une imposante flottille de paquebots : nous nous trouvons décidément aux approches d’un grand centre. Au milieu des Russes, qui sont ici nombreux, circulent des Chinois, minces, sales, coiffés de leurs inévitables toques à oreillettes velues.
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Jules Legras Revue des Deux Mondes

Vous étiez immobile dans votre frêle demeure de planches et de fer remisée sur une voie de garage : vous étiez occupé à causer ou à lire, vous rêviez ou vous dormiez, et voici que tout à coup, sans que rien vous prévienne, votre frêle abri ressent un grand choc. Puis, des grincemens se font entendre : c’est un homme d’équipe qui vous accroche à la locomotive. Puis le wagon se meut, en avant, en arrière, parfois tout doucement, parfois avec une vitesse qui semble folle, dans la nuit, et, la plupart du temps, sans qu’on puisse se rendre compte de la direction suivie.
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Jules Legras Revue des Deux Mondes

On devine par ces récits le caractère de l’occupation russe en Mandchourie : c’est l’élément civil russe, ce sont les ingénieurs de la pseudo-compagnie du Chemin de Fer Est-Chinois, qui ont conquis le pays, paisiblement, adroitement ; ce sont eux qui ont établi de véritables liens entre les envahisseurs et les envahis. L’élément militaire, au contraire, moins souple par nature, moins préoccupé des nuances, a d’abord, dans une inaction forcée, rongé impatiemment son frein. Quand on l’a déchaîné, il s’est laissé, en plus d’un cas, emporter trop loin dans la voie des représailles.
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