Résumé

Portrait de Leopold von Sacher-Masoch Leopold von Sacher-Masoch A Kolomea : Contes juifs et petits russiens

« Et qui te prouve que Dieu ne prie pas ? exclama soudain Pintschew avec un éclair de triomphe.
— Qui implorerait-il ? ricana ironiquement Mintschew. Lui-même, peut-être ?
— Certainement il s’implore lui-même.
— Donne-m’en la preuve, Pintschew.
— Rien n’est plus simple.
— Alors ?
— Connais-tu le Talmud ? reprit Pintschew fièrement, en se dandinant sur ses talons, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, les pouces passés dans sa ceinture. Non, je sais que tu ne le connais pas. Eh bien, Mintschew, le Talmud nous dit que Dieu prie, et même il nous donne des preuves à l’appui. »
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Pintschew leva les bras au ciel, et se mit à cabrioler dans la boue deçà et delà. Sa colère était si forte, que ses dents claquaient.
« Et nous n’avons pas le droit de considérer la prière comme un office divin, ajouta Mintschew avec un grand calme.
— La prière n’est pas un office divin !
— Non, ce n’est pas un office divin, reprit Mintschew. La prière, chez nous, est généralement considérée comme un abedah. C’est une grave erreur. Rendre service à autrui, n’est-ce pas ? cela veut dire accomplir à la place de quelqu’un un acte qu’il ne veut ou ne peut accomplir. »
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Igar sourit.
« Vous alléguez une excuse à laquelle je ne m’attendais pas, et qu’il ne me fût jamais venu à l’idée d’exiger, ajouta-t-il. Ça me prouve que mes leçons n’ont pas été complètement perdues. Vous dévorez toujours de mauvais livres, mais au moins vous en rougissez.
— Et qui vous le prouve ? demanda la jeune femme.
— La poche de votre kasabaïka, qui semble se glorifier plus que vous du roman dont vous venez d’interrompre la lecture, car elle se gonfle d’une manière toute particulière, en vérité. » Ce disant, Igar frappa légèrement du doigt sur le livre qu’Aldona lui cachait.
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