Résumé

Portrait de Onésime Reclus Onésime Reclus France, Algérie et colonies

La petite mer, c’est la mer du Nord, qui ne regarde qu’un vide ouvert sur le Pôle, entre Albion et la Scandinavie. Par deux détroits, le Pas de Calais et la Manche, cette moindre de nos mers communique avec la plus grande.
Eaux turbulentes, bruyantes, colériques, nos mers bordent chez nous un rivage où le péril est partout, sur des bancs, des sables, des alluvions, des galets, des écueils. Notre littoral est hominivore, aux falaises normandes comme aux granits bretons, aux « côtes de fer » des îles de l’Atlantique ainsi qu’aux dunes de Gironde et d’Adour.
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C’est une terre fertile dont le sol léger ne retient pas les eaux pour en créer des rivières, des lacs, tout au moins des étangs. Des fossés, quelques mares, sont tout ce que lui accordent ses avares Naïades. L’herbe n’y verdoie point, le soleil y poudroie, terrible, faute d’ombre et d’eau. Aller en été, par un jour sans brise, d’un bourg de Beauce à l’autre, par un sentier bordé d’épis, haie jaune et qui réverbère, c’est voyager dans un Sahara qui serait le Tell par excellence, un Tell tout à fait français, monts en moins, meules de paille en plus.
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C’est que la France n’a jamais essaimé comme l’Angleterre, sa rivale d’au delà le détroit, ou l’Espagne, sa rivale d’au delà le mont, ou le Portugal, qui se renouvelle cent fois dans le Brésil. Quand mille Français voguaient pour la Nouvelle-France, vingt mille Anglais au moins cinglaient vers la Nouvelle-Angleterre.
Puis, nous étions faibles sur mer à force de nous épuiser sur terre pour des querelles frivoles. C’est par millions que nos armées ont stérilement semé des cadavres sur l’Escaut, la Meuse, le Rhin, le Danube, le Pô, l’Èbre et les sierras d’Espagne.
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