Résumé

Portrait de Pierre Loti Pierre Loti Les Trois Dames de la Kasbah

On voyait maintenant là-haut la Kasbah, qui tout à l’heure semblait transparente, se détacher sur le violet cendré du ciel en blancheurs opaques marquées çà et là de nuances rousses. Les teintes des objets les plus éloignés étaient devenues si nettes, qu’il n’y avait plus de perspective ; tout semblait près, et la ville mauresque avait l’air d’une masse de constructions superposées se tenant tout debout dans l’air. Il n’y avait que le ciel gris-perle, qui gardait, derrière toutes ces choses humaines, une transparence et une profondeur infinies...
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Alors elles échangeaient le bonsoir avec d’autres femmes, qui vivaient comme elles, et qui étaient perchées sur le haut des vieux murs, dardant leurs yeux noirs sur la Kasbah, comme les cigognes des ruines.
Elles voyaient de là toute une série monotone de terrasses blanches, et puis deux choses qui se dressaient tout près d’elles dans le vaste ciel lumineux : l’antique mosquée de Sidi-Abderhaman, avec ses carreaux de faïence verte et jaune aux nuances crues, tranchant sur la chaux sans tache, — et, à côté, la silhouette raide d’un palmier.
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Et, ainsi éclairées, tout le jour elles poursuivaient dans le silence leurs rêves indécis, aussi ténus que les fumées du kief.
En se cambrant comme des almées, elles appuyaient leurs têtes contre le marbre des colonnes, et relevaient au-dessus leurs beaux bras nus, ornés de bracelets d’argent, de corail et de turquoises. Le fauve de leurs bras ronds contrastait avec le rose artificiel et la pâleur peinte de leurs visages ; elles avaient l’air de figures de cire ayant un corps d’ambre ; leurs grands yeux, tout noyés dans du noir, se tenaient baissés avec une expression mystique.
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