Kief

Définition et enjeux

Portrait de Eugène Fromentin Eugène Fromentin,  Une année dans le Sahel

“ Le kief est proprement le repos plein de bienêtre, et poussé jusqu’à l’ivresse, produit par toute boisson ou par toute fumée stupéfiante. Il signifie reflet du sorbet ou de la pipe. Par abus de mots, on l’applique à l’objet lui-même ; il m’est arrivé de demander du kief et d’être compris des marchands de tekrouri.
Le goût du haschisch ne vient jamais sans la passion des oiseaux. À Constantine surtout, mais aussi à Alger, chaque fumeur de haschisch possède un rossignol, et je ne connais que Nâman qui, par indigence ou par oubli des choses extérieures de la vie, n’ait pas le sien.
”
Source : Wikisource

Camille Allard,  Souvenirs d'Orient. Les Échelles du Levant… (1864)

“ C'est plus que le far-niente qui consiste à ne rien faire ; le kief consiste à jouir des délices du nonêtre. L'un dépouille l'âme de son activité, l'autre lui fait oublier même qu'elle est. A côté du kief, la flânerie est tout ce qu'il y a de plus occupé. La flânerie, c'est l'oisiveté qui ne peut pas se soumettre à être inoccupée et qui tire la pensée de tout et de rien. Le kief, c'est l'absence de toute pensée. Demandez à tout homme d'Orient, plongé dans les vapeurs du tabac et les émanations enivrantes du café : A quoi penses-tu ? ”
Source : Gallica

Portrait de André Gide André Gide,  Amyntas

“ Le commerce du kief est interdit — ou clandestin, si l’on préfère. La police ayant fait fermer tous les cafés fleurant le kief, et prétendant trouver au kief l’odeur du crime, on ne le fume plus qu’en secret ; et comme son pénétrant parfum le trahit, on ne le fume plus qu’assez peu. Il fut un temps, que vous dirai-je ! où de sa narcotique odeur Blida toute était embaumée. À présent, celui qui revient après quelques années d’absence, s’étonne et demande à Blida ce qui la fait désenchantée ? — La rue des Coulouglis n’a plus d’odeur. ”
Source : Wikisource

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