Résumé

Portrait de Art Roë Art Roë Revue des Deux Mondes

Certes, en tout pays du monde, la vue de l’infanterie est grande ; petits soldats de la République sous leur habit aux trois couleurs, grenadiers sombres de l’empereur d’Allemagne, fantassins rouges de Sa Gracieuse Majesté, tous ont leur caractère et portent avec eux des forces d’un certain ordre ; mais je ne sais rien de fatal et de religieux comme la marche d’un régiment russe. La baïonnette va devant, les hommes la suivent ; l’aspect est d’un assaut, l’allure est d’une procession ; c’est l’approche d’une force douce qu’une violence secrète gouverne et qui n’obéit qu’à regret.
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Paysan, soldat, ouvrier, ou plutôt cet homme russe qui est à la fois le paysan, le soldat et l’ouvrier, c’est à cet être humble, doux, obéissant, aimant, croyant, dévoué jusqu’à la limite de ses forces et jusqu’à la mort, que s’adressent surtout les solennités de tantôt. De tout ce qu’il sait, de tout ce qu’il éprouve, de tout ce qu’il voit, son tsar à ses yeux est la synthèse vivante ; le tsar est le père, comme la terre est la mère, et ce personnage sublime que la foi exalte au sommet du pouvoir, l’amour le rapproche à la portée des consciences.
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En temps de guerre, la Veillante sonne l’alarme ; mais en temps de paix, elle sonne la prière et le pardon.
Que se passa-t-il alors dans l’âme de Pierre ? Il s’éloigna en emportant leur feuille et jamais plus les nôtres n’ont revu son visage. Mais le lendemain, remerciés, gratifiés, garantis par brevet comme de bons canonniers, on les renvoya au monastère et avec eux le canon, et sur le canon une banderole portant en lettres d’argent ces paroles de l’Empereur : « Sonne, Jeanne la Veillante, sonne la victoire de Poltava ! »
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