“ L’infidèle soudan est indigne de baiser la trace des pieds d’Édith Plantagenet, » s’écria le chrétien en s’élançant de sa couche. « Ah, ah ! qu’a dit le giaour ? » repartit l’émir en portant la main sur son poignard, tandis que son front devenait semblable au cuivre étincelant et que les contractions de sa bouche et de ses joues faisaient dresser chaque poil de sa barbe comme s’il eût frémi d’une rage instinctive. Mais le chevalier écossais, qui avait soutenu la colère du lion Richard, ne se laissa pas effrayer par la fureur de tigre du Sarrasin. ”
Walter Scott
Résumé
Le Talisman, roman historique de Walter Scott publié en 1825, s’inscrit dans la série Histoires du temps des croisades. L’œuvre évoque la troisième croisade, mettant en scène Richard Cœur de Lion et Saladin, deux figures contrastées par leur audace et leurs aspirations.
À travers les personnages de Sir Kenneth, Lady Edith et les conflits militaires, Scott explore les enjeux politiques et chevaleresques de l’époque, tout en interrogeant les clichés occidentaux sur l’Orient. La réflexion sur la chevalerie et les rapports de domination entre chrétiens et musulmans structure cette œuvre à la fois épique et critique.
Citations de Le Talisman (Walter Scott)
“ « Mais que vois-je ici ? » dit sir Neville, dont les yeux s’arrêtèrent tout-à-coup sur sir Kenneth. « Un traître ! » s’écria le roi, en sautant sur ses pieds, et saisissant sa hache d’armes qui était toujours auprès de son lit. « Un traître ! que tu vas voir périr de la mort des traîtres. » Et il retira sa hache en arrière comme s’apprêtant à frapper. Pâle, mais immobile comme une statue de marbre, l’Écossais était debout, la tête nue et sans aucune protection, les yeux attachés sur la terre ; ses lèvres remuaient d’une manière imperceptible, comme s’il eût murmuré une prière. ”
“ Allons, Nectabanus, dis-moi tout d’un coup, en homme loyal, si cette sublime dame dont tu parles n’est pas cette même houri avec laquelle je t’ai vu balayer la chapelle d’Engaddi. — Comment ! présomptueux chevalier, s’écria le nain, penses-tu que la maîtresse de nos affections royales, celle qui nous égale en beauté, et qui partage notre grandeur, puisse s’abaisser à un vassal comme toi ? Non, quelque honoré que tu sois, tu n’as pas encore mérité un regard de celle qui du haut de son trône regarde les princesses même comme des pygmées. ”
