“ «Holà! s'écria le capitaine, s'adressant au moine; qu'est-ce que tu vas faire, fou que tu es? une querelle sous notre grand chêne?»--«Ce n'est pas une querelle, dit le chevalier, c'est seulement un échange amical de courtoisie. Allons, brave ermite, frappe, si tu l'oses; je veux bien faire l'épreuve de ton poing, si tu veux courir les risques de ma riposte.»--«Tu as l'avantage avec ton pot de fer sur la tête, dit le moine, mais n'importe, allons; je vais t'abattre à mes pieds, quand tu serais Goliath de Gath avec son casque de cuivre.» ”
Résumé
Ivanhoé, roman historique de Walter Scott publié en 1819, plonge le lecteur dans l’Angleterre du XIIe siècle, à l’époque des croisades et des tensions entre Saxons et Normands. L’histoire suit Wilfrid d’Ivanhoé, un chevalier disgracié, dans ses efforts pour reprendre son fief et sauver Rebecca, une Juive persécutée.
À travers des tournois, des machinations politiques et des dilemmes de loyauté, Scott explore les thèmes de la chevalerie, de l’identité nationale et de la tolérance. Ce roman, chef-d’œuvre du genre historique, marqua son époque par son équilibre entre aventure et réflexion sur l’unité britannique.
Citations de Ivanhoé (Walter Scott)
“ Tu me fais injure, s’écria le templier ; par la terre, la mer et le ciel, tu es injuste envers moi. Je ne suis pas naturellement ce que je t’ai paru, dur, égoïste et inflexible. Une femme m’a appris ce que c’est que la cruauté, et j’ai été cruel envers les femmes, mais je ne saurais l’être avec une créature telle que toi. Écoute-moi, Rébecca : jamais chevalier n’a pris la lance avec un cœur plus dévoué à l’objet de son amour que Brian de Bois-Guilbert. ”
Walter Scott,
Ivanhoé
(1820)
“ Ne vois-tu rien encore qui puisse faire reconnaître le chevalier noir ? — Non, rien, répondit la juive ; toute son armure est noire comme l’aile de la corneille nocturne, et je n’aperçois aucun indice qui puisse le désigner davantage. Mais, l’ayant vu une fois déployer sa force dans la bataille, il me semble que je le reconnaîtrais entre mille guerriers. Il s’élance au combat comme s’il allait s’asseoir à un banquet. Il y a en lui plus que la force du corps ; on dirait que toute l’âme, toute l’énergie du champion s’épanchent à chaque coup qu’il porte à ses ennemis. ”
Walter Scott,
Ivanhoé
(1820)
“ Il n’y a qu’une chose qui puisse te sauver, Rébecca : soumets-toi à ton sort, embrasse notre religion, et tu sortiras d’ici avec tant d’éclat, que beaucoup de dames normandes le céderont aussi bien en luxe qu’en beauté à la favorite de la meilleure lance parmi les défenseurs du Temple. — Me soumettre à mon sort, dit Rébecca, et, juste Ciel ! à quel sort ! Embrasser ta religion ! et quelle est cette religion qui recèle en son sein un pareil monstre ! Toi, la meilleure lance des templiers, lâche chevalier, prêtre parjure ! Je te crache au visage et te défie ! ”
Walter Scott,
Ivanhoé
(1820)
“ Tout ce qui était nouveau, tout ce qui sentait l’aventure avait des charmes pour Richard Cœur-de-Lion, et un danger qu’il avait bravé et surmonté ne faisait qu’en augmenter le prix à ses yeux. Dans ce roi courageux et téméraire, le caractère brillant mais inutile d’un chevalier de roman se trouvait en quelque sorte renouvelé et réalisé, et la gloire personnelle qu’il devait obtenir par ses propres faits d’armes était bien autrement chère à son imagination exaltée que ne l’eût été l’éclat d’un gouvernement de politique et de sagesse. Aussi son règne fut-il comme le cours d’un météore rapide et étincelant qui parcourt le ciel, répandant autour de lui une lumière éblouissante, mais inutile, que remplace aussitôt une obscurité profonde. ”
Walter Scott,
Ivanhoé
(1820)
“ Le passage de la vie à l’éternité est court mais terrible ; il ne me reste que bien peu d’instants pour me préparer à la mort. — Je m’aperçois, Rébecca, dit Bois-Guilbert, que vous persistez à m’accuser de malheurs que je voudrais avoir pu prévenir. — Sire chevalier, répliqua Rébecca, je voudrais vous épargner mes reproches ; mais n’est-il pas évident que je ne dois la mort qu’à votre passion criminelle ? — Vous êtes dans l’erreur, vous vous trompez, s’écria le templier avec emportement, si vous m’imputez un mal que je n’ai pu ni prévoir ni empêcher. ”
“ Tu n’es pas chrétienne, Rébecca, et tu ne peux apprécier ces sentiments élevés qui font palpiter le cœur d’une noble demoiselle lorsque son amant a achevé quelque grande entreprise qui justifie l’amour qu’elle lui accorde. La chevalerie, sache-le, jeune fille, est la source, l’aliment, la vie de la noble et sainte amitié ; c’est elle qui soutient l’opprimé, qui redresse les torts, qui réprime la tyrannie : sans elle, la noblesse ne serait qu’un vain nom, et c’est dans sa lance et son épée que la liberté trouve sa meilleure protection. ”
“ «Et qui voudra, Rébecca, dit le grand-maître, lever sa lance et la mettre en arrêt pour une sorcière? Qui voudra se présenter comme le champion d'une juive?»--«Dieu me suscitera un champion, répondit Rébecca. Il n'est pas possible que, dans l'heureuse Angleterre, sur cette terre hospitalière, chez cette nation généreuse et libre, où l'on trouve un si grand nombre de chevaliers prêts à hasarder la vie pour l'honneur, il ne s'en trouve un seul qui veuille combattre pour la justice. Mais il suffit que je réclame le privilége du combat, et voilà mon gage.» ”
“ Bois-Guilbert, dit Cedric, comme s’il rêvait en se parlant à lui-même, suivant l’usage d’un homme qui vit au milieu de ses domestiques, et qui préfère adresser la parole plutôt à soi-même qu’à eux. Bois-Guilbert ! ce nom a été répandu au loin sous de bons et de mauvais auspices. On dit que c’est le plus brave de tous ceux de son ordre : mais qu’il en a tous les vices ; orgueil, arrogance, cruauté, débauche ; il a le cœur dur, il ne craint rien de ce qui est sur la terre et ne respecte rien de ce qui est du ciel, comme le disent le peu de guerriers revenus de la Palestine. ”
“ «Prenez tout ce que vous m'avez demandé, noble chevalier; exigez dix fois davantage, réduisez-moi à la mendicité, percez-moi de votre lance, grillez-moi sur la braise, mais épargnez ma fille et sauvez son honneur; si vous êtes né d'une femme, sauvez une vierge sans défense; elle est l'image de ma défunte Rachel, le dernier des six gages que j'ai reçus de son amour. Voulez-vous priver un vieillard de la seule consolation qui lui reste? Voulez-vous réduire un père à désirer que son seul enfant rejoigne sa mère dans le tombeau de ses ancêtres?» ”
“ Rébecca, si je ne comparais pas dans la lice ; je perds mon rang et ma réputation ; je perds ce qui m’est plus cher que l’air que je respire, je veux dire l’estime dont mes frères m’honorent, et l’espoir que j’ai d’être un jour investi de cette suprême autorité dont jouit aujourd’hui ce vieux bigot, ce Lucas de Beaumanoir. Voilà le sort qui m’attend, sort inévitable, si je ne soutiens dans la lice de Saint-George l’équité d’un jugement qui te livre à la mort. Maudit soit ce Goodalricke qui m’a dressé un pareil piège ! ”
Walter Scott,
Ivanhoé
(1820)
“ Penses-tu que, si Front-de-Bœuf trouvait Cédric le Saxon dans son château, sous ce déguisement, ta vie serait de longue durée ? Déjà son œil s’est fixé sur toi comme celui d’un faucon sur sa proie. — Eh bien ! répondit Cédric, que ce faucon me déchire de son bec et de ses griffes, que ma langue ne dise pas un mot qui ne soit avancé par mon cœur, je mourrai en Saxon, fidèle à ma parole, franc dans mes actions. Je t’ordonne de te retirer. Ne me touche pas, ne me retiens pas ! La vue de Front-de-Bœuf lui-même me serait moins odieuse que celle d’une femme dégradée et avilie comme toi. ”
“ «Un chevalier, répliqua le templier avec son sang-froid accoutumé; un chevalier, Rébecca, doit se soumettre au sort qui l'attend, soit au milieu des flammes, soit dans le fort des combats; mais qui est-ce qui s'embarrasse de savoir où et comment un juif subira le sien?»--«Guerrier farouche! dit Rébecca; plutôt périr dans les flammes que te devoir mon salut!»--«Il ne s'agit pas de choix, Rébecca, répliqua le templier; tu as réussi une fois à rompre mon dessein; mais il n'y a pas un mortel qui puisse se vanter de m'avoir trompé deux fois.» ”
Walter Scott,
Ivanhoé
(1820)
“ Il nous importe surtout de connaître la conduite de ce Bois-Guilbert, continua-t-il en se retournant vers son compagnon. — La renommée le proclame brave et vaillant chevalier, reprit Conrad. — La renommée ne se trompe pas, continua le grand maître. Il n’y a que pour la valeur que nous n’ayons pas dégénéré ; mais le frère Brian est entré dans notre ordre par caprice et désappointement, entraîné, je n’en doute pas, à prononcer nos vœux et à renoncer au monde, non par la sincérité d’une vocation sincère, mais comme un homme qu’un mécontentement léger aurait poussé vers la pénitence. ”
“ «Foi de chevalier! continua Wamba en se rapprochant avec précaution.»--«Foi de chevalier! mais hâtons-nous.»--«Ainsi donc, voilà la valeur et la folie réconciliées encore une fois, dit le bouffon en se replaçant sans crainte auprès du chevalier noir; je n'eusse pas aimé un coup de poing comme celui que vous appliquâtes au moine, quand sa piété roula comme une quille sur le sol; et maintenant que la folie porte le cor, il est temps que la valeur se lève et secoue sa crinière; car si je ne me trompe, je vois là-bas de la compagnie qui nous attend.» ”
Walter Scott,
Ivanhoé
(1820)
“ En attendant, nous nous quittons amis, n’est-ce pas ? — Voici ma main, s’écria Locksley, et j’ose dire la main d’un loyal Anglais, bien que, pour le moment, elle soit celle d’un outlaw. — Et voici la mienne, répondit le chevalier, et je la tiens honorée d’être serrée par la vôtre ; car celui qui fait le bien, ayant le pouvoir illimité de faire le mal, mérite nos louanges, non seulement pour le bien qu’il accomplit, mais encore pour le mal qu’il s’abstient de faire. Adieu, vaillant outlaw ! ”
“ Penses-tu que je te rendrai la liberté avant d’avoir reçu ta rançon ? — Et quelle garantie me donnerez-vous d’être remis en liberté après que je l’aurai payée ? — La parole d’un noble normand, vil usurier ; elle est mille fois plus pure que l’or de ta tribu. — Je vous demande pardon, noble chevalier, » dit le Juif du ton le plus humble ; « mais pourquoi me fierais-je entièrement à la foi d’un homme qui ne veut point se fier à la mienne ? — Parce que tu ne peux faire autrement, exécrable vermisseau, » répondit le chevalier d’une voix de tonnerre. ”
“ Locksley, dit le prince Jean, tu tireras à ton tour, quand ces yeomen auront déployé leur adresse. Si tu emportes le prix, j’y ajouterai vingt nobles ; mais, si tu perds, tu seras dépouillé de ton habit de drap vert de Lincoln et chassé de la lice à coups de corde d’arc, comme fanfaron, babillard et insolent. — Et si je refuse de tirer à ces conditions ?... demanda le yeoman. Le pouvoir de Votre grâce, soutenu comme il l’est par tant d’hommes d’armes, peut certainement me dépouiller et me battre sans peine, mais il ne peut me forcer de bander mon arc et de tirer une flèche. ”
“ Maudit soit le couvre-feu, s’écria Cedric ; maudit soit le tyran bâtard qui nous l’a apporté, et l’esclave sans cœur qui fait entendre ce mot à l’oreille d’un Saxon. Le couvre-feu ! ajouta-t-il après une pause, le couvre-feu qui force de braves gens à éteindre leurs lumières afin que les voleurs et les brigands aient plus de facilité de travailler dans l’ombre. Le couvre-feu ! Reginald Front-de-Bœuf et Philippe de Malvoisin savent le mettre à profit aussi bien que Guillaume le Bâtard, et qu’aucun des aventuriers normands qui se trouvèrent à la bataille de Hastings. ”
“ Bois-Guilbert ne répondit point. « Laissez-lui la vie, sire chevalier, s’écria le grand-maître, qu’il puisse faire sa confession ; ne tuez pas du même coup son âme et son corps : nous le déclarons vaincu. » Beaumanoir descendit dans l’arène, et donna ordre qu’on détachât le casque du templier. Ses yeux étaient fermés, son visage enflammé ; tout-à-coup ses yeux se rouvrirent, mais ils étaient fixes et ternes : la pâleur de la mort se répandit sur ses traits. Ce n’était pas la lance de son ennemi qui avait causé son trépas : il périssait victime de ses passions. ”
“ Les deux autres furent arrêtées par son gorgerin et par le bouclier suspendu à son cou. — Merci, ma bonne armure ! s’écria le chevalier. Wamba, en avant sur eux ! Et il piqua droit au taillis. Six ou sept hommes d’armes s’élancèrent à sa rencontre, lance baissée. Trois des lances le touchèrent et volèrent en éclats comme si elles eussent rencontré une tour d’airain. Les yeux du chevalier noir semblaient lancer du feu par les ouvertures de sa visière ; il se leva sur ses étriers d’un air de dignité inexprimable et s’écria : — Que signifie ceci, mes maîtres ? ”
Walter Scott,
Ivanhoé
(1820)
“ J’ai eu aussi mes heures de vengeance ; j’ai fomenté des querelles entre nos ennemis, j’ai converti l’orgie en disputes et en assassinats, j’ai vu couler leur sang, j’ai entendu leurs gémissements d’agonie. Regarde-moi, Cédric : ne trouves-tu pas encore sur cette figure flétrie et avilie quelques traits qui te rappellent le souvenir des Torquil ? — Ne m’interroge pas, Ulrica, répliqua Cédric d’un ton de douleur mêlé de dégoût et de tristesse ; les traces de ressemblance sont celles qu’on peut trouver sur le cadavre qu’un démon fait sortir du tombeau. ”
“ Est-ce trop encore que deux Saxons, le noble Athelstane et moi, possèdent aujourd’hui des terres dans un pays qui autrefois était le patrimoine de notre race ? Qu’on nous mette donc à mort, et que l’œuvre de la tyrannie se complète en nous arrachant la vie comme vous nous avez déjà ravi la liberté. Si Cedric le Saxon ne peut délivrer l’Angleterre, il mourra volontiers pour elle. Dites au tyran votre maître que je lui demande seulement la mise en liberté de lady Rowena. Il ne doit rien craindre d’une femme, et avec nous périront tous ceux qui oseraient combattre pour sa défense. ”
“ Je vous sauverai ou je reviendrai mourir avec vous. Le sang de nos rois saxons ne sera pas répandu tant qu’une goutte du mien coulera dans mes veines, et il ne tombera pas un cheveu de la tête du pauvre fou qui a risqué sa vie pour sauver celle de son maître, tant que Cédric pourra y mettre obstacle, même au péril de ses jours ; adieu ! — Adieu, noble Cédric ! dit Athelsthane, et souvenez-vous que, pour jouer au naturel le rôle d’un moine, il faut accepter les rafraîchissements qu’on pourra vous offrir. — Adieu, mon oncle, ajouta Wamba, et rappelez-vous le Pax vobiscum. ”
Walter Scott,
Ivanhoé
(1820)
“ J’ai mis en Dieu toute ma confiance, et il est le maître de m’accorder son secours. — Vous n’en avez pas besoin contre moi, reprit gravement Bois-Guilbert. Mes tentatives passées étaient folles ; elles ne sont plus à redouter. À portée de votre voix sont des gardes sur lesquels je n’ai aucune autorité. Ils sont là pour vous conduire à la mort, Rébecca, et cependant ils ne vous laisseraient pas insulter, même par moi, si mon délire me poussait jusque-là. — Que le Ciel en soit loué ! s’écria la juive ; la mort est la moindre de mes craintes dans cette tanière du crime. ”
Walter Scott,
Ivanhoé
(1820)
“ Quant à tes menaces, apprends, saint homme, que c’est le métier de celui à qui tu parles de chercher et de trouver le danger partout où il se rencontre. — Sire chevalier Fainéant, je bois à ta santé, dit l’ermite, en respectant fort ta valeur, mais en estimant très peu ta discrétion. Si tu veux prendre avec moi des armes égales, je te donnerai en toute amitié et amour fraternel une pénitence si suffisante et une absolution si entière, que tu ne retomberas pas, pendant les douze mois qui vont suivre, dans les pensées de l’orgueil et de la curiosité. ”
“ Il n’y a pas une salle, pas un degré de l’escalier qui n’ait été teint de leur sang. Ils moururent tous, et, avant que leur corps fût refroidi, avant que leur sang fût séché, j’étais devenue la proie du vainqueur et l’objet de son mépris. — N’y a-t-il pas de secours à espérer ? n’y a-t-il pas quelque moyen de s’échapper ? dit Rébecca. Richement, oui, richement, je récompenserai ton aide. — N’y songe pas, dit la sorcière. Pour sortir d’ici, il n’y a que les portes de la mort. ”
“ Cedric, tu connais peu le cœur humain ; tu ne sais pas que pour penser et agir comme je l’ai fait, il faut porter jusqu’à la frénésie l’amour du plaisir, la soif de la vengeance et le désir orgueilleux du pouvoir. Ces passions sont trop impétueuses, trop enivrantes, pour que l’âme, en s’y abandonnant, puisse conserver la faculté du repentir. Leur fureur est amortie depuis long-temps ; la vieillesse n’a plus de plaisir ; ses rides repoussantes n’ont aucune influence, et la vengeance elle-même expire au milieu d’impuissantes malédictions. ”
“ Sarrasine ? Égyptienne ? Pourquoi ne réponds-tu pas ? Ne sais-tu que pleurer ? Ne sais-tu pas parler ? — Ne vous fâchez pas, bonne mère, répondit Rébecca. — Tu n’as pas besoin d’en dire davantage, répliqua Urfried ; on connaît un renard à sa queue, et une Juive à sa langue. — Par pitié, dites-moi ce que je dois craindre : quel sera le résultat de la violence que l’on m’a faite en me traînant ici ? En veut-on à ma vie à cause de ma religion ? J’en ferai le sacrifice sans me plaindre. — À ta vie, mignonne ? Quel plaisir trouveraient-ils à te l’ôter ? Crois-moi, ta vie ne court aucun danger. ”
“ Noble Cedric, veux-tu te charger du commandement de ceux qui restent ici ? — Non, de par l’âme d’Hereward, répondit le Saxon : je suis incapable de commander aux autres ; mais que ma mémoire soit maudite par la postérité si je ne marche pas un des premiers à ta suite aussitôt que tu auras donné le signal. C’est ma propre querelle qui se vide ici, et ma place est à l’avant-garde. — Considère cependant, noble Saxon, que tu n’as ni haubert, ni corselet, ni aucune autre armure que ce casque, ce petit bouclier et cette épée : c’est bien peu de chose ! ”
“ Qui que tu sois, furie, prêtre ou démon, répondit Front-de-Bœuf, tu mens par la gorge ! Ce n’est pas moi seul qui ai poussé le prince à la révolte ; nous étions cinquante chevaliers et barons, la fleur des comtés des provinces centrales, les hommes les plus braves qui aient jamais mis une lance en arrêt. Dois-je répondre des fautes de tous ? Esprit infernal, je te défie ! Retire-toi, et n’approche plus de ma couche ; si tu es un être mortel, laisse-moi mourir en paix, et, si tu es un démon, ton heure n’est pas encore venue. ”
“ Soyez homme ! soyez chrétien ! Si votre foi vous recommande vraiment cette miséricorde, que vos paroles plutôt que vos actions attestent, sauvez-moi de cette mort affreuse sans demander une récompense qui transformerait votre grandeur d’âme en un vil marché. — Non, Rébecca, s’écria le fier templier se redressant, vous ne m’en imposerez pas ainsi ! Si je renonce à ma renommée actuelle et à mon ambition pour l’avenir, j’y renoncerai par amour pour vous, et vous serez la compagne de ma fuite. Écoutez-moi, Rébecca, continua-t-il en radoucissant de nouveau sa voix ”
“ « À Dieu ne plaise, dit Beaumanoir, qu’aucun homme, juif ou païen, puisse nous accuser d’injustice. Jusqu’à ce que l’ombre passe de l’ouest à l’est, nous attendrons pour voir s’il se présentera un champion pour combattre en faveur de cette malheureuse créature. Ce temps expiré, qu’elle se prépare à la mort. » Le héraut alla porter la réponse du grand-maître à Rébecca, qui baissa la tête d’un air de soumission, croisa les bras sur sa poitrine, et, levant les jeux au ciel, parut attendre d’en haut le secours qu’elle ne pouvait guère se promettre des hommes. ”
“ Ce n’est qu’une misérable action d’écraser un vermisseau. — Tu peux être vieux, reprit le chevalier ; cela n’accuse que la folie de ceux qui t’ont permis de vieillir dans l’usure et la tromperie ; tu peux être faible, car le juif n’a jamais ni cœur ni force ; mais l’on sait bien que tu es riche. — Je te jure, noble chevalier, dit le juif, par tout ce que je crois et par tout ce que nous croyons en commun... — Ne te parjure pas, dit le Normand en l’interrompant, et prends garde que ton opiniâtreté ne décide de ton sort avant que tu aies vu et bien considéré le destin qui t’attend. ”
Walter Scott,
Ivanhoé
(1820)
“ Rends-moi le cor de chasse. — Ne craignez rien, beau chevalier, il sera bien gardé. Quand la valeur et la folie voyagent ensemble, c’est à la folie de porter le cor, parce que c’est elle qui en sonne le mieux. — Wamba, s’écria le chevalier noir, ceci dépasse la permission. Garde-toi d’abuser de ma patience. — Ne me poussez pas à bout non plus avec vos emportements, beau chevalier, reprit le bouffon en s’éloignant de quelques pas du champion irrité ; sans quoi, la folie vous montrera les talons et laissera la valeur chercher son chemin par ces bois du mieux qu’il lui sera possible. ”
