Résumé

Émile Montégut Le Théâtre et la nouvelle Littérature dramatique…

Vous n’avez qu’à transcrire un épisode de la vie contemporaine et à le transporter sur la scène ; votre siège est fait. Malheureusement la réalité, violentée quand elle n’est pas violée, se venge ; transportée brutalement sur la scène, elle cesse tout à coup, sans qu’on puisse dire pourquoi, d’être ce qu’elle était dans la rue. Dans la rue, on la reconnaissait, elle ne choquait personne ; au théâtre, elle étonne, et on hésite à la reconnaître. La salle entière n’applaudit jamais à l’unanimité, mais les spectateurs applaudissent isolément et pour ainsi dire à tour de rôle.
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Émile Montégut Le Théâtre et la nouvelle Littérature dramatique…

Ainsi la grande prétention du dramaturge réaliste ne se trouve en fin de compte qu’a demi justifiée ; il prétend qu’il veut être vrai avant tout, et que c’est par amour de la vérité qu’il s’abstient de toute poésie de langage et de toute idéalisation des caractères ; mais le spectateur lui répond que la réalité n’est vraie pour lui que lorsqu’il la rencontre dans sa propre expérience. Une autre conséquence, plus importante encore peut-être, de cette invasion du réalisme au théâtre, c’est la transformation que l’art du comédien est en train de subir.
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Émile Montégut Le Théâtre et la nouvelle Littérature dramatique…

Tous ceux qui ont fréquenté le théâtre ont pu se convaincre que, pour réussir, il n’est pas besoin de grandes facultés littéraires. Il suffit de l’illusion de la vie que crée le théâtre pour enlever le succès. De même que Chez l’orateur le geste et l’intonation sauvent le discours, au théâtre le jeu de l’acteur et le mouvement de la scène sauvent la pièce. Le spectateur est bien différent du lecteur, personnage défiant, vigilant, soupçonneux, qui contrôle ses impressions et maîtrise son jugement ; il sort de lui-même et s’abandonne sans résistance.
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