“ DOM-CARLOS. Si je suis son époux, mon honneur est le sien. DOM-PEDRE. Vous me rendez l'honneur, le repos, et la joie. DOM-LOUIS. Mais de tous vos soupçons que voulez-vous qu'on croie ? DOM-CARLOS. Que j'aime Léonore, et que de mon erreur [1625] Son innocence enfin triomphe dans mon coeur. LÉONORE. Il est donc vrai Carlos, qu'enfin ma patience, Bannit de ton esprit l'injuste défiance ? Tu ne doutes donc plus, que ne t'aie aimé Tout ce peut aimer un coeur bien enflammé : [1630] Tu m'aimes maintenant à cause que je t'aime, Est-il quelque autre amant qui ne m'aimât de même ? ”
Dom Carlos
Définition et enjeux
Citations sur “Dom Carlos”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
(1866)
“ Dom Carlos , sans répondre à sa demande , la pria de lui dire quel danger il y avait pour elle à ne se montrer point , puisque les choses étaient égales de part et d' autre , et que leur galanterie ne se proposait qu' une fin qui serait approuvée de tout le monde . Le danger est tout entier , comme vous le saurez avec le temps , lui dit l' invisible ; contentez -vous , encore un coup , que je sois véritable , et que dans la relation que je vous ai faite de moi-même , j' ai été très-modeste . Dom Carlos ne la pressa pas davantage . Leur conversation dura encore quelque temps ”
“ Il sort. LÉONORE. Dom Carlos ! Ton esprit sera bientôt en paix Puisqu'on va m'éloigner de tes yeux pour jamais ; Mais cruel, si le temps qui change toutes choses, Change jamais en bien, le mal que tu me causes ; Si je te puis jamais faire voir que la foi, [260] Que je t'avais donnée est toute encore à toi, Et que je n'avais pas seulement de l'estime, Pour celui que tu crois complice de mon crime, Ne me tiendras-tu pas ce que tu m'as promis ? On tient ce qu'on promet même à ses ennemis. [265] DOM-CARLOS. Que mon coeur ne peut-il oublier une offense ”
“ Quand autant que tu dis je serais infidèle, Peux-tu n'accepter pas cette condition ? [65] DOM-CARLOS. Hé bien ! Je vous écoute avec attention. LÉONORE. Tu m'aimas, Dom Carlos, qu'ai-je dit insensée ? Mon indiscrète langue a trahi ma pensée, Et j'ai mal commencé par une fausseté, Un discours qui sera la même vérité ; [70] Tu feignais donc d'aimer, et je crus être aimée, Je crus que je régnais dans ton âme charmée ; Mais tu ne fus jamais d'amour bien enflammé, Qui peut cesser d'aimer n'a jamais bien aimé. Tu sais bien si mon coeur fut facile à surprendre ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Enfin la jeunesse nous guerit, et le temps modera notre affliction.Le père de dom Carlos mourut à quelque temps de là, et laissa son fils fort riche et sans dettes. Sa richesse lui fournit de quoi satisfaire son humeur magnifique. Les galanteries qu'il inventa pour me plaire flattèrent ma vanité, rendirent son amour publique et augmentèrent la mienne. Dom Carlos etoit souvent aux pieds de mes parens, pour les conjurer de ne differer pas davantage de le rendre heureux en lui donnant leur fille. ”
“ DOM-CARLOS. Pour rendre à ton honneur quelque sorte d'éclat. LÉONORE. Inhumain peux-tu croire à tes soupçons encore ? Et n'as-tu pas ouï ce que j'ai dit à Flore, Et de quelle façon j'ai traité ton rival, [1280] Quand elle m'a parlé de cet Hymen fatal ? DOM-CARLOS. Hé ne savais-tu pas que je pouvais t'entendre ? Et dis-moi quand ton père a pensé te surprendre, Te serais-tu sauvée, à moins que d'avoir su Dans la chambre où j'étais ? À cela que dis-tu ? [1285] LÉONORE. Qu'alors qu'on nous accuse, et que notre innocence, Quoi que vraie en effet, est fausse en apparence ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
(1866)
“ Dom Carlos se trouva le soir chez le vice-roi , où vous pouvez penser que l' assemblée fut fort belle . Il observa exactement toutes les dames de l' assemblée , cherchant qui pouvait être son inconnue . Il lia conversation avec celle qu' il put joindre , et n' y trouva pas ce qu' il cherchait . Enfin , il se tint à la fille d' un marquis de je ne sais quel marquisat ; car c' est la chose du monde dont je voudrais le moins jurer , dans un temps où tout le monde se marquise de soi-même , je veux dire de son chef . ”
“ DOM-CARLOS ouvrant la porte, et tirant Léonore dans sa chambre. Ne crains rien infidèle, où sera ton Carlos, Viens encore éprouver comme il sert à propos. DOM-PEDRE. Il n'est chambre fermée où ne s'ouvre un passage, [1170] L'impétueux effort d'un homme qu'on outrage. Je te tiens malheureuse, et de ton châtiment, Tu recules en vain le funeste moment. Si l'honneur te donnait des remords de ton crime, Tu te viendrais offrir toi-même pour victime ; [1175] Mais celle qui perdit sa réputation, Ne peut faire jamais une bonne action, Ouvre fille perdue ! Ingrate ! Ouvre à ton père. ”
“ DOM-LOUIS. J'approuve, et je souhaite un parti qui l'honore. DOM-CARLOS. Dom Sanche, approchez-vous du Seigneur Dom Louis : Devenez tout d'un temps frères, et bons amis, Combattons à l'envi d'amitiés mutuelles, [1675] Et que le souvenir de toutes nos querelles Nous serve à l'avenir de divertissement, Et pardonnez Ami, ce que je fis amant. DOM-SANCHE. Vous réparez trop bien les sanglantes blessures... DOM-CARLOS. Hé de grâce, oublions ces tristes aventures. [1680] LÉONORE. Soyez au moins d'accord, vous et votre rival, Qu'une fausse apparence est un dangereux mal. ”
“ DOM-SANCHE. Autre ennemi cruel qui se vient joindre à Flore, Mais Ingrate ! Assemblez tous ces fiers ennemis, Dom Pedre, Léonore, Dom Carlos, Dom Louis, [1530] Quand toute leur valeur par vos pleurs animée, M'empêcherait d'ouvrir cette porte fermée, Malgré ces ennemis contre moi conjurés, Je verrai cet amant que vous me préférez. FLORE. Dom Sanche regardez ce que vous allez faire. [1535] DOM-SANCHE. Il n'est plus question de plaire, ou de déplaire, D'être dans le respect ; d'être dans son devoir, Qu'a-t-on à ménager, quand on n'a plus d'espoir ? ”
“ DOM-LOUIS. Mon coeur, comme le vôtre à l'amour tributaire, Croit un homme amoureux capable de tout faire, Mais je ne comprends pas, qu'étant bien amoureux, On veuille à ses dépens rendre un rival heureux. [1005] DOM-CARLOS. C'est pourtant le dessein que j'ai pour l'infidèle ; C'est le dernier effort que je ferai pour elle, Et par cette action l'imprudente apprendra, Quel amant elle perd quand elle me perdra. Il faut que ce rival, par un prompt Hyménée, [1010] Rétablisse l'honneur de cette infortunée ”
Joseph Joubert, Dom Carlos Ier, roi de Portugal (1908)
“ Dom Carlos Ier (et ce sera sans doute là son plus grand mérite aux yeux de la postérité) ne perdit jamais de vue le but grandiose, l'œuvre maitresse réservée dans le noir continent à la généreuse mission civilisatrice du Portugal : soit la pénétration dans l'intérieur de l'Afrique, effectuée par la Lusitanie, toujours attachée à ces deux principes sacrés, la conservation et le progrès moral des races indigènes, que les Portugais savent conquérir par leur génie à la fois humanitaire et assimilateur. ”
Joseph Joubert, Dom Carlos Ier, roi de Portugal (1908)
“ Dom Carlos visita aussi plusieurs fois l'Angleterre, toujours choyé et fêté par un monarque aussi diplomate qu'Edouard VII, connaissant le prix d'une alliance avec un peuple petit, il est vrai, comme le Portugal, mais si actif, si industrieux, encore maître d'importantes colonies et sur lequel les Iles Britanniques exercent presque un monopole commercial et financier, peut-être. ”
Anatole France,
Le roman comique : oeuvres de Scarron…
(1880)
“ Et qu'avez - vous appris de cette information ? luy dit Dom Carlos. Que nous sommes assez l'un pour l'autre, respondit la Dame Invisible. Dom Carlos lui dit que la chose n'estoit pas efgale : Car, adjoufta-t-il, vous me voyez & sçavez qui je fuis ; & moy, je ne vous vois point, & ne sçay qui vous estes. Quel jugement pensez-vous que je puisse faire, du foin que vous apportez à vous cacher ; On ne se cache guères quand on n'a que de bons desseins : on peut aisement tromper une personne qui ne se tient pas sur ses gardes; Mais on ne la trompe pas deux fois ”
Anatole France,
Le roman comique : oeuvres de Scarron…
(1880)
“ En disant ces dernieres paroles, ellefe demasqua, & fit voir à Dom Carlos les deux ouverts, ou si vous voulez, le ciel en petit : la plus belle teste du monde, soustenuë par un corps de la plus riche taille qu'il eust jamais admirée. Enfin, tout cela joint ensemble, une personne toute divine. A la fraischeur de son visage on ne luy eust pas donné plus de seize ans ; mais à je ne sçay quel air gallant & majestueux tout ensemble, que les jeunes personnes n'ont pas encore, on connoissoit qu'elle pouvoit estre en sa vingtiesme année. ”
Pierre Corneille,
Œuvres de P. Corneille
“ DOM MANRIQUE Toujours Carlos, madame ! Et toujours son bonheur fait dépendre de lui le nôtre et votre cœur ! Mais puisque c’est par là qu’il faut enfin vous plaire, Vous-même apprenez-nous ce que nous pouvons faire. Nous l’estimons tous deux un des braves guerriers À qui jamais la guerre ait donné des lauriers ; Notre liberté même est due à sa vaillance ; Et quoiqu’il ait tantôt montré quelque insolence, Dont nous a dû piquer l’honneur de notre rang, Vous avez suppléé l’obscurité du sang. Ce qu’il vous plaît qu’il soit, il est digne de l’être. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
(1866)
“ Je dissimulai mon déplaisir devant mon père ; mais quand je fus seule , dom Carlos se présenta à mon souvenir comme le plus aimable homme du monde . Je fis réflexion sur tout ce que le comte italien avait de désagréable ; je conçus une furieuse aversion pour lui , et je sentis que j' aimais dom Carlos plus que je n' eusse jamais cru l' aimer , et qu' il m' était également impossible de vivre sans lui , et d' être heureuse avec son rival . J' eus recours à mes larmes , mais c' était un faible remède pour un mal comme le mien . ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Il me demanda pardon de m'avoir accusée de l'injustice qu'il croyoit qu'on lui faisoit, et, m'ayant fait comprendre qu'à moins que de me laisser enlever, il m'etoit impossible de n'obéir pas à mon père, je consentis à tout ce qu'il me proposa, et je lui promis que, la nuit du jour suivant, je me tiendrois prête à le suivre partout où il voudroit me mener.Tout est facile à un amant. Dom Carlos en un jour donna ordre à ses affaires, fit provision d'argent et d'une barque de Barcelone 281 qui devoit se mettre à la voile à telle heure qu'il voudroit. ”
Joseph Joubert, Dom Carlos Ier, roi de Portugal (1908)
“ Il n'y a pas d'anathèmes assez virulents pour stigmatiser et maudire des crimes aussi odieux qui révoltent la conscience publique et provoquent une généreuse pitié chez toutes les nations civilisées.Avec Carlos Ier, lâchement assassiné, disparaît une figure sympathique et originale de souverain moderne. Né à Lisbonne, le 28 septembre 1863, fils de Dom Luiz Ier et de Maria-Pia, fille de Victor-Emmanuel et aujourd'hui reine douairière, Dom Carlos, alors duc de Bragance, fut élevé avec grand soin à Oporto par des précepteurs portugais et reçut une instruction aussi étendue qu'approfondie. ”
“ DOM-CARLOS. Il faut donc voir Dom Pedre, et lui faire promettre [1030] De bien traiter sa fille, et puis la lui remettre. Ensuite à cet hymen vous le disposerez, Par les plus doux moyens que vous aviserez. DOM-LOUIS. Mais qui verra Dom Sanche ? DOM-CARLOS. Et qui le peut mieux faire Q'un père intéressé ? DOM-LOUIS. C'est pour rompre l'affaire, [1035] Et ce futur Beau-père, et ce futur Époux Sont ensemble aussi mal qu'ils le sont avec vous. Ni Dom Pedre, ni vous ne devez pas paraître, Où quelqu'un moins suspect réussira peut-être. Ma Soeur connaît Dom Sanche ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
(1866)
“ Vous me dites que vous l' avez aimée , continua le vice-roi ; et vous vivez après l' avoir perdue , et vous n' oubliez rien pour vous voir absous et en repos , vous qui devriez haïr la vie et tout ce qui pourrait vous la faire aimer ! Ah ! inconstant dom Carlos , il faut bien qu' un autre amour vous ait fait oublier celui que vous deviez conserver à Sophie perdue , si vous l' aviez véritablement aimée quand elle était toute à vous et osait tout faire pour vous . Dom Carlos , demi-mort à ces paroles du vice-roi , voulut y répondre , mais il ne le lui permit pas . ”
Anatole France,
Le roman comique : oeuvres de Scarron…
(1880)
“ Vous n'estes qu'une fanfaronne, luy dit Dom Carlos ; vous deffiez avec insolence, & vous vous cachez huit jours pour ne paroistre qu'à une fenestre grillée. Nous nous verrons de plus près quand il en fera temps, luy ditelle, ce n'est point faute de cœur que j'ay differé de me trouver avecque vous ; J'ay voulu vous connoistre devant que de me laisser voir ; Vous sçavez que dans les combats affignez il se faut battre avec armes pareilles, si vostre cœur n'estoit pas aussi libre que le mien, vous vous batteriez avecque avantage, & c'est pour cela que j'ay voulu m'informer de vous. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Dom Carlos entra donc dans la chambre du vice-roi quand Dorothée l'eut ouverte à tout le monde, et le vice-roi ne le vit pas plus tôt qu'il lui reprocha qu'il s'etoit levé bien matin pour un homme accusé qui se vouloit faire croire innocent, et lui dit qu'une personne qui ne dormoit point devoit sentir sa conscience chargée. Dom Carlos lui repondit, un peu troublé, que la crainte d'être convaincu ne l'avoit pas tant empêché de dormir que l'esperance de se voir bientôt à couvert des poursuites de ses ennemis par la bonne justice que lui rendroit Son Altesse. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Elle dit au malheureux cavalier qu'elle prenoit grande part dans ses infortunes, qu'elle voudroit de bon coeur les adoucir, et pour lui en donner des marques plus effectives que des paroles, qu'elle le prioit de vouloir être à elle, et que, lorsque l'occasion s'en presenteroit, elle emploieroit auprès de l'empereur son credit et celui de tous ses amis pour le delivrer de la persecution des parents de Sophie et du vice-roi de Valence. Dom Carlos ne se rendit jamais à tout ce que le faux dom Fernand lui put dire pour la justification de Sophie ”
“ Et Dom Sanche, et Carlos ont ce rival encore ? MARINE. Tant d'amants à la fois ne se gardent pas bien, [1200] Et qui veut tout avoir, le plus souvent n'a rien. DOM-PEDRE. Madame, encore un coup faites-moi la donc rendre. FLORE. Ha mon frère ? Approchez, et nous venez défendre, Dom Louis entre. Ce colère vieillard qu'on ne peut apaiser, Ne veut pas moins chez vous que les portes briser. [1205] Scène VI Dom Louis, Dom Pedre, Flore DOM-LOUIS. Tout beau ma soeur, parlez avec moins de colère : Maître absolu chez moi, Dom Pedre y peut tout faire. ”
Édouard Silvercruys, Le Portugal depuis les Carthaginois jusqu'au règne de dom Carlos Ier (1892)
“ Dom Miguel était donc rentré presque en maître dans la capitale de ce pays, que du vivant de son père il convoitait déjà si ardemment ; loin de veiller aux intérêts du peuple, il s'occupa tout d'abord à s'assurer la couronne, et, faussant sa parole, foulant aux pieds ses promesses et ses serments, il ne s'occupa qu'à conquérir le trône au détriment dé sa nièce, à laquelle il était fiancé. ”
Joseph Joubert, Dom Carlos Ier, roi de Portugal (1908)
“ Pour assurer l'indépendance d'un pays il faut une armée, et c'est à Carlos 1er que revient l'honneur d'avoir relevé la puissance militaire du Portugal, qui, grâce aux réformes accomplies sous le règne du défunt monarque, pourrait rapidement mobiliser 230.000 hommes. ”
Édouard Silvercruys, Le Portugal depuis les Carthaginois jusqu'au règne de dom Carlos Ier (1892)
“ Le règne de Dom Miguel s'annonçait donc sous des auspices fort sombres; à l'intérieur du royaume, la guerre civile et les dissentiments politiques prenaient chaque jour une nouvelle extension ; au nord les armées françaises, à l'ouest les flottes de l'Angleterre, s'apprêtaient à fournir à Dom Pedro les moyens de reconquérir et venger le droit impunément violé ; d'un autre côté, la Prusse ainsi que la Russie avaient également résolu de châtier l'usurpateur. Dom Pedro débarqua à Terceira, ville des îles Açores, qui lui était restée fidèle ”
Joseph Joubert, Dom Carlos Ier, roi de Portugal (1908)
“ « A dix-huit ans officier de lanciers, le duc de Bragance, a écrit le comte de Colleville, avait déjà toutes les aptitudes d'un officier d'étatmajor. Grand, bien planté, blond comme son père, avec ces délicieux yeux bleus des d'Orléans, charmant comme sa mère, il était certainement le plus élégant officier qu'on pût citer en Europe. » Le prince héritier avait déjà fait son apprentissage de souverain, ayant, pendant l'absence de son père qui visitait Paris et Londres, exercé la régence avec une sagesse précoce et gravement présidé le conseil des ministres. ”
