“ Mais, hélas ! l’emphase, et la mauvaise philosophie, et la mauvaise politique, et la rage d’écrire des systèmes, nous gâteront avant peu ce rare talent si Georges Sand n’y prend garde. André a déjà expié bien des fautes : il nous a montré dans toute sa grâce notre grand écrivain, simple et passionné. En effet Georges Sand excelle pour le moins aussi bien à trouver le ridicule que l’enthousiasme ; il a le sarcasme aussi prompt que l’admiration, même dans ses plus grands excès, et il conserve beaucoup de naïveté et d’empire sur lui-même. ”
Georges Sand
Définition et enjeux
Citations sur “Georges Sand”
“ Mais, à ma grande stupéfaction, la femme de mon hôte, laissant la moitié de ses boucles crêpées et menaçantes, tandis que l'autre gisait encore sous le papier gris de la papillote, accourut vers moi en s'écriant:—C'est notre jeune homme! c'est notre pauvre Georges! Ah! mon Dieu! quelle métamorphose! qu'il est bien mis! quelle jolie tournure! quelle coupe d'habit élégante et moderne!... Ah! Mesdemoiselles, regardez! regardez comme M. Georges est changé, comme il a l'air distingué. Vous ferez danser ces demoiselles, monsieur Georges, après moi, pourtant! ”
Albert Le Roy,
George Sand et ses amis
“ Au milieu d'un chassez-huit, la tante Lucie accourut en s'écriant: «Venez, venez, Maurice, vous avez une fille.» Et elle ajouta: «Elle est née en musique et dans le rose, elle aura du bonheur.» On l'appela Aurore, en souvenir de la grand'mère absente et que l'on se garda bien d'informer. George Sand entrait dans le monde, l'an dernier de la République, l'an premier de l'Empire. Sa vie devait être agitée, comme la Révolution politique, philosophique, religieuse et sociale dont elle est issue et que reflètera son oeuvre. ”
“ Ce que je reprocherais plus volontiers à George Sand, ce n’est pas sa peinture du bon paysan, qui, après tout, a sa réalité, pourvu qu’on l’aide un peu à se dégager d’une enveloppe de sensations et d’impressions vulgaires, c’est sa conception chimérique du paysan philosophe, lettré, comme Patience, qui serait plutôt un transfuge de la société, un renégat des villes, un Jean-Jacques Rousseau réfugié dans les forêts, et qui n’a plus rien de l’âme élémentaire des champs. Quant au paysan, légèrement idéalisé par George Sand, il n’est pas aussi faux qu’on l’a dit ”
Vladimir Karenin, George Sand, sa vie et ses œuvres
“ C’est de n’avoir pas de courage. « Laissez-vous aller, disait-il. Quand je suis ainsi, je ne fais pas le fier : je ne suis pas né Romain. Je m’abandonne à mon désespoir. Il me ronge, il m’abat, il me tue. Quand il en a assez, il se lasse à son tour, et il ne quitte... » Pendant les années suivantes de 1835 à 1839, George Sand vécut bien moins à Paris qu’à Nohant, à la Châtre, en Suisse, à Majorque, et quand elle se trouvait à Paris elle y était plus entourée de philosophes et de politiques que d’artistes. ”
George Sand,
Les Maîtres sonneurs
(1853)
“ George Sand n’est pas un spectateur de la nature, elle en fait partie ; et si elle la voît, encore plus et encore mieux faut-il dire qu’elle la respire. C’est pour cela — l’a-t-on bien remarqué — qu’elle nous donne une sensation de la nature d’autant plus forte et d’autant plus pénétrante qu’elle est plus près de sa nature à elle, des campagnes de la France et du centre de la France. Il y a comme une proportion. Quand elle place son roman en Allemagne ou en Italie, elle ne décrit presque pas (et cependant l’Italie au moins, elle l’a vue) . ”
Albert Le Roy,
George Sand et ses amis
“ Aussi, lorsqu'il alla passer quelques jours à Nohant en octobre 1837, George Sand conçut le projet de lui élever ses enfants et de le tirer de la misère à son insu. «C'est plus difficile que nous ne pensions, écrit-elle à madame d'Agoult. Il a une fierté d'autant plus invincible qu'il ne l'avoue pas et donne à ses résistances toute sorte de prétextes. Je ne sais pas si nous viendrons à bout de lui. Il est toujours le meilleur des hommes et l'un des plus grands. Il est très drôle quand il raconte son apparition dans votre salon de la rue Laffitte. Il dit:»—J'étais tout crotté, tout honteux. ”
Vladimir Karenin, George Sand, sa vie et ses œuvres
“ Sans vouloir anticiper sur les événements, nous nous contenterons de rappeler ici, qu’à partir de 1836, à peu près, les admirateurs du talent de George Sand affluaient chez elle de tous les coins de l’Europe, d’Angleterre, d’Allemagne, de France et même de la lointaine Russie, pour lui demander conseil ou secours, ou bien pour lui exprimer simplement la respectueuse gratitude qui leur faisait entreprendre le pèlerinage de Paris ou de Nohant, comme, au siècle dernier, on s’empressait de courir à Ferney ou à Genève, et comme, de nos jours, on afflue à Yasnaïa-Poliana. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Causeries du lundi
“ Nous voilà tout de bon revenus aux champs ; George Sand, homme politique, est une fable qui n’a jamais existé : nous possédons plus que jamais dans Mme Sand le peintre du cœur, le romancier et la bergère. ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang (1878)
“ Par sa fécondité, par la merveilleuse souplesse et en même temps par la pureté de son style, George Sand s’est placée parmi les plus grands écrivains du XIXe siècle. Elle possédait à un haut degré le talent de raconter, et excellait à analyser les sentiments de l’âme humaine, à peindre la nature et à traiter les questions d’esthétique ; mais elle se laisse souvent emporter par une imagination fougueuse, ne concentre pas toujours assez l’intérêt, et plus d’une fois s’efforce vainement de donner la vie à des abstractions. ”
George Sand,
Oeuvres de Georges Sand. Lettres d'un voyageur…
“ Es-tu calme ? supportes-tu sans aigreur et sans désespoir les tracasseries de la vie domestique ? t’endors-tu aussitôt que tu te couches ? n’y a-t-il pas autour de ton chevet un démon sous la forme d’un ange qui te crie : L’amour, l’amour ! le bonheur, la vie, la jeunesse ! — tandis que ton cœur désolé répond : Il est trop tard. ”
Vladimir Karenin, George Sand, sa vie et ses œuvres
“ Mme Sand traversa tous les rêves, elle sourit à tous, crut un moment à tous ; son jugement pratique put parfois s’égarer, mais comme artiste elle ne s’est jamais trompée. Ses œuvres sont vraiment l’écho de notre siècle. On l’aimera... quand il ne sera plus, ce pauvre xixe siècle que nous calomnions, mais à qui il sera un jour beaucoup pardonné. George Sand alors ressuscitera et deviendra notre interprète. Le siècle n’a pas ressenti une blessure dont son cœur n’ait saigné, pas une maladie qui ne lui ait arraché des plaintes harmonieuses. ”
Albert Le Roy,
George Sand et ses amis
“ Il se laissait parfois, à l'estime de George Sand, séduire et duper par des influences passagères et inférieures. Elle se plaint d'en avoir pâti. «Ces inconséquences, écrit-elle, ne partaient pas des entrailles de son sentiment. Elles étaient à la surface de son caractère, au degré du thermomètre de sa frêle santé. Nerveux et irascible, il se fâchait souvent avant d'avoir réfléchi, et son unique défaut était de croire avec précipitation à des torts qu'il ne prenait pas le temps de se faire prouver.» Il en attribua, paraît-il, quelques-uns à George Sand, dont elle se défend, sans les préciser. ”
Biographie des femmes auteurs contemporaines françaises
“ George Sand, chez lui, c’est tour à tour un capricieux jeune homme de dix-huit-ans, et une très-jolie femme de vingt-cinq à trente ans ; c’est un enfant de dix-huit ans qui fume et qui prise avec beaucoup de grâce, c’est une grande dame dont l’esprit et l’imprévu vous étonnent et vous humilient. ”
George Sand,
Pages choisies des grands écrivains…
“ C’est une force naturelle qui va toute seule jusqu’au bout de son énergie. Où tendait cet esprit ? De lui-même il tendait vers un monde idéal où le bonheur des hommes découlerait de sa double source naturelle, la justice et la charité. Mais pour atteindre à ces hauteurs sereines il fallait traverser la région des tempêtes ; George Sand l’a traversée. Son œuvre ressemble à ces jours d’orage où se succèdent nuages menaçants, coups de foudres, vents furieux s’apaisant en accalmie graduelle, en attendant que le soleil humide sourie plus brillant à travers l’arc-en-ciel. ”
George Sand,
Correspondance 1812-1876
“ Embrasse toute ta chère maison pour moi : George, Charles et Marie, à qui je n’ai pas la force d’écrire. Je n’écris plus à personne, je ne peux pas. Chaque fois que je parle de moi, même pour dire un mot, je me sens comme prise de fièvre pour toute la journée ; c’est un état maladif certainement et qui passera. Ne t’en inquiète pas, j’y fais et j’y ferai mon possible. Je t’embrasse de toute mon âme. Ah ! ma pauvre enfant, que je voudrais te donner autant de bonheur que j’ai de peine ! CCCLXXXVIIÀ MAURICE SAND, À PARISNohant, 24 février 1855. ”
Elme-Marie Caro,
Revue des Deux Mondes
“ Nous avons essayé de faire l’histoire des œuvres de George Sand. C’est quelque chose comme la biographie de son talent, réparti en quatre périodes : la première (1831-1840) , qui est celle du lyrisme personnel, où les émotions contenues pendant une jeunesse solitaire et rêveuse éclatent dans des fictions brillantes et passionnées; la seconde (1840-1848) , où l’inspiration est moins personnelle et où l’auteur s’abandonne à l’influence des doctrines étrangères, c’est la période du roman systématique ”
Vladimir Karenin, George Sand, sa vie et ses œuvres
“ Ce minuscule article, écrit en 1844, au plus fort de l’activité de George Sand, lorsque son talent et sa gloire étaient à leur apogée, caractérise d’une manière remarquable la célèbre femme écrivain. Ce qui distingue par-dessus tout George Sand pendant les quarante-cinq années de sa carrière littéraire, tant dans ses romans et nouvelles que dans ses articles et études, c’est son attachement passionné à toutes les grandes idées de l’humanité, sa prédication convaincue pour atteindre à cet idéal et la personnalité intense qui règne dans tous ses écrits. ”
Léon Marillier, La Sensibilité et l’Imagination chez George Sand
“ George Sand est de cette famille d’esprits : un sentiment puissant et doux circule à travers son œuvre entière et l’anime d’un souffle de vie, mais elle ne lui a point toujours obéi, soumise qu’elle était parfois aux influences du dehors. ”
“ George Sand est un cœur lumineux, une belle âme, un généreux combattant du progrès, une flamme dans notre temps. C’est un bien plus vrai et bien plus puissant philosophe que certains bonshommes plus ou moins fameux du quart d’heure que nous traversons. ”
Albert Le Roy,
George Sand et ses amis
“ Adieu, ma soeur adorée. Va au Tyrol, à Venise, à Constantinople; fais ce qui te plaît, ris et pleure à ta guise; mais le jour où tu te retrouveras quelque part seule et triste comme à ce Lido, étends la main avant de mourir, et souviens toi qu'il y a dans un coin du monde un être dont tu es le premier et le dernier amour.» A cette lettre si complexe et si contradictoire, George Sand répond le 29 avril: «Tu es un méchant, mon petit ange, tu es arrivé le 12 et tu ne m'as écrit que le 19. J'étais dans une inquiétude mortelle.» ”
Albert Le Roy,
George Sand et ses amis
“ George Sand se bornait à traduire d'instinct les douces émotions rurales qui lui étaient familières. «Si l'on me demande, écrit-elle dans la «notice» de la Mare au Diable, ce que j'ai voulu faire, je répondrai que j'ai voulu faire une chose très touchante et très simple, et que je n'ai pas réussi à mon gré. J'ai bien vu, j'ai bien senti le beau dans le simple, mais voir et peindre sont deux! Tout ce que l'artiste peut espérer de mieux, c'est d'engager ceux qui ont des yeux à regarder aussi. ”
“ Un soir que le jeune homme s’était attardé dans les Prés-Girault, — c’était le nom de sa chère retraite, — il lui sembla voir passer à quelque distance une forme réelle ; autant qu’il put la distinguer, c’était une taille déliée avec une robe blanche. Elle semblait voltiger sur la pointe des joncs, tant elle courait légèrement. Cette vision ne dura qu’un instant et disparut derrière un massif de trembles. André s’était arrêté stupéfait, et son cœur battait si fort qu’il lui eût été impossible de faire un pas pour la suivre. ”
Vladimir Karenin, George Sand, sa vie et ses œuvres
“ On y trouve aussi de magnifiques pages émues et profondément senties, caractérisant George Sand comme écrivain et comme femme, « bienfaitrice et bienfaisante » par ses idées, ses tendances, aspirant toujours à s’élever plus haut et à aider les autres à acquérir une plus haute conception de la vie. Enfin on lit dans ce livre charmant le récit d’un voyage que M. et Mme Adam et Mlle Alice Lamessine firent avec Mme Sand et Plauchut dans les Ardennes, à la frontière belge, où ils visitèrent les célèbres grottes de Han, le champ de Waterloo et les Dames de Meuse. ”
Guy de Pourtalès,
Chopin ou Le poète : illustré de nombreuses photographies d'après les documents de l'époque
(1929)
“ Parmi les vieux amis de George Sand, il est un petit homme frêle, pâle, nerveux, mais de volonté et de pensée si fort, qu'il se détache sur son temps comme une statue de bronze dans un Olympe de plâtres. En son métier, c'est tout ensemble le plus violent, le plus régulier et le plus pur des créateurs. ”
George Sand,
Correspondance 1812-1876
“ George Sand est un artiste : or il n’est point artiste, il est un vulgaire écrivain de lieux communs, celui qui photographie les personnages vivants dans une fiction. Que la prodigieuse carrière de telle ou telle individualité historique ait pu frapper l’esprit de George Sand, au moment où elle peignait les aspirations d’une aventurière ambitieuse, cela ne prouve pas qu’elle ait voulu peindre aucune figure de la vie réelle, ni qu’elle ait songé à jeter aucune lumière sur les faits qui la concernent. ”
Vladimir Karenin, George Sand, sa vie et ses œuvres
“ Dans l’Histoire de ma Vie [203] , dans ses lettres à Mme d’Agoult [204] , dans ses lettres inédites à sa mère du 11 novembre 1835, à Guéroult de janvier 1836, et enfin dans sa lettre à Mme Saint-Agnan du 6 janvier 1836 [205] , George Sand nous décrit en détail son séjour à La Châtre, la maison qu’elle habitait et la manière dont elle y passait son temps. Elle nous raconte aussi qu’elle devait faire bien attention à chacun de ses pas pour éviter les potins et pour ne pas donner motif aux commères de soulever contre elle par leurs cancans l’opinion publique ni d’indisposer ses juges. ”
Léon Marillier, La Sensibilité et l’Imagination chez George Sand
“ Où se montre peut-être mieux que partout ailleurs cette impuissance de George Sand à faire une œuvre sur un plan arrêté d’avance et marchant à un but dès l’abord fixé, c’est dans les allégories qu’elle a si fréquemment tentées. ”
Vladimir Karenin, George Sand, sa vie et ses œuvres
“ Il doutait aussi de son talent. Il n’était pas non plus convaincu de son droit d’abandonner sa vocation. Qu’entreprend-il alors ? Il s’adresse à sa célèbre compatriote dont la gloire était alors à l’apogée et lui demande conseil. C’était, comme nous l’avons vu, en l’hiver de 1835-1836. Bientôt il fit personnellement la connaissance de George Sand à Nohant, puis il la rencontra par hasard, dans un hôtel à Châteauroux. Il faut admirer et s’incliner devant le tact, la bonté, la prudence et la sagesse dont George Sand fit preuve en cette occurrence. ”
Albert Le Roy,
George Sand et ses amis
“ George Sand nous a tracé d'elle une amusante silhouette: «Elle avait une jolie figure douce sur un corps plat, osseux, carré et large d'épaules. Cette figure donnait confiance, mais en regardant ses mains sèches et dures, ses doigts noueux et ses grands pieds, on sentait une nature sans charme, sans nuances, sans élans ni retours de tendresse. Elle était maladive et entretenait la maladie par un régime de petits soins dont le résultat était l'étiolement. Elle était vêtue en hiver de quatorze jupons qui ne réussissaient pas à arrondir sa personne. Elle prenait mille petites drogues.» ”
Léon Marillier, La Sensibilité et l’Imagination chez George Sand
“ La conséquence, c’est que les romans de George Sand ne sont presque jamais composés ; on ne sait pas très bien le plus souvent où elle veut vous mener, mais c’est qu’elle-même ne le sait pas non plus très clairement ; à dire vrai, elle ne s’en inquiète guère et cela importe si peu ! La route est charmante, elle se déroule en infinis méandres, auprès des eaux qui murmurent parmi les tiges vertes des plantes fontinales ; les avenues succèdent aux avenues et alignent en files interminables leurs robustes chênes ”
Léon Marillier, La Sensibilité et l’Imagination chez George Sand
“ Dans les attaques les plus violentes de George Sand contre la société, il est bien rare qu’il y ait un accent d’amertume et de haine, et, lorsqu’elle se laisse entraîner à ces déclamations ardentes, à ces invectives enflammées qui retentissent à travers toutes les œuvres qu’elle a composées, jusque vers 1850, ce n’est point elle à vrai dire qui parle, mais sous son nom quelqu’un de ses amis politiques. ”
