“ L’enfant de Paris, même inconscient, même ignorant, car, jusqu’au jour où l’instruction obligatoire existera, il a sur lui une ignorance voulue d’en haut, l’enfant de Paris respire, sans s’en douter et sans s’en apercevoir, une atmosphère qui le fait probe et équitable. Dans cette atmosphère il y a toute notre histoire ; les dates mémorables, les belles actions et les belles œuvres, les héros, les poëtes, les orateurs, le Cid, Tartuffe, le Dictionnaire philosophique, l’Encyclopédie, la tolérance, la fraternité, la logique, l’idéal littéraire, l’idéal social, la grande âme de la France. ”
Résumé
Actes et paroles, de Victor Hugo, est un recueil de discours et d'interventions politiques publiés entre 1875 et 1885, après la fin de son exil. Rassemblant ses textes de 1841 à 1876, ces volumes reflètent son engagement en faveur de la République, de la fraternité et de la justice sociale, tout en dénonçant les injustices et les tyrannies.
À travers des thèmes comme l’exil, la presse ou le suffrage universel, Hugo mêle éloquence et combativité, affirmant la grandeur de la France et l’urgence de la civilisation. Cette œuvre, structurée en quatre tomes, témoigne de son rôle de tribun engagé dans la lutte pour les droits humains et l’égalité.
Citations de Actes et paroles (Victor Hugo)
“ Eh oui, c’est la locomotive qui passe ! c’est la presse, c’est l’immense et sainte locomotive du progrès ! Où va-t-elle ? où entraîne-t-elle la civilisation ? où emporte-t-il les peuples, ce puissant remorqueur ? Le tunnel est long, obscur et terrible. Car on peut dire que l’humanité est encore sous terre, tant la matière l’enveloppe et l’écrase, tant les superstitions, les préjugés et les tyrannies font une voûte épaisse, tant elle a de ténèbres au-dessus d’elle ! Hélas, depuis que l’homme existe, l’histoire entière est souterraine ; on n’y aperçoit nulle part le rayon divin. ”
“ Au moment où l’Angleterre fait Garibaldi bourgeois de la cité de Londres, vous faites Shakespeare citoyen de la république des lettres françaises. C’est qu’en effet Shakespeare est vôtre. Vous aimez tout dans cet homme ; d’abord ceci, qu’il est un homme ; et vous couronnez en lui le comédien qui a souffert, le philosophe qui a lutté, le poëte qui a vaincu. Vos acclamations honorent dans sa vie la volonté, dans son génie la puissance, dans son art la conscience, dans son théâtre l’humanité. Vous avez raison, et c’est juste. La civilisation bat des mains autour de cette noble fête. ”
“ Guernesey, Tapner, il faut un microscope pour voir cela. Messieurs, cette ficelle, cette poutre, ce cadavre, ce méchant gibet imperceptible, cette misère, c’est l’immensité. C’est la question sociale, plus haute que la question politique. C’est plus encore, c’est ce qui n’est plus la terre. Ce qui est peu de chose, c’est votre canon, c’est votre politique, c’est votre fumée. L’assassin qui du matin au soir devient l’assassiné, voilà ce qui est effrayant ; une âme qui s’envole tenant le bout de corde du gibet, voilà ce qui est, entre deux dîners, formidable. ”
“ Le scélérat qui est à l’Élysée croit que l’armée de la France est une bande du bas-empire, qu’on la paie et qu’on l’enivre, et qu’elle obéit. Il vous fait faire une besogne infâme ; il vous fait égorger, en plein dix-neuvième siècle et dans Paris même, la liberté, le progrès, la civilisation ; il vous fait détruire, à vous enfants de la France, ce que la France a si glorieusement et si péniblement construit en trois siècles de lumière et en soixante ans de révolution ! Soldats, si vous êtes la grande armée, respectez la grande nation ! ”
“ Oui, viens, chacun de nous, frère à l’âme meurtrie, Veut avec son exil te faire une patrie ! Viens, assieds-toi chez ceux qui n’ont plus de foyer. Viens, toi qu’on a pu vaincre et qu’on n’a pu ployer ! Nous chercherons quel est le nom de l’espérance ; Nous dirons : Italie ! et tu répondras : France ! Et nous regarderons, car le soir fait rêver, En attendant les droits, les astres se lever. L’amour du genre humain se double d’une haine Égale au poids du joug, au froid noir de la chaîne, Aux mensonges du prêtre, aux cruautés du roi. ”
“ Mais c’est la France ! — Quoi, français, nous renversons Ce qui reste debout sur les noirs horizons ! La grande France est là ! Qu’importe Bonaparte ! Est-ce qu’on voit un roi quand on regarde Sparte ? Ôtez Napoléon, le peuple reparaît. Abattez l’arbre, mais respectez la forêt. Tous ces grands combattants, tournant sur ces spirales, Peuplant les champs, les tours, les barques amirales, Franchissant murs et ponts, fossés, fleuves, marais, C’est la France montant à l’assaut du progrès. Justice ! ôtez de là César, mettez-y Rome ! Qu’on voie à cette cime un peuple et non un homme ! ”
“ C’est avec cette fraternité dans le cœur que nous accepterons votre guerre. Mais cette guerre, allemands, quel sens a-t-elle ? Elle est finie, puisque l’empire est fini. Vous avez tué votre ennemi qui était le nôtre. Que voulez-vous de plus ? Vous venez prendre Paris de force ! Mais nous vous l’avons toujours offert avec amour. Ne faites pas fermer les portes par un peuple qui de tout temps vous a tendu les bras. N’ayez pas d’illusions sur Paris. Paris vous aime, mais Paris vous combattra. Paris vous combattra avec toute la majesté formidable de sa gloire et de son deuil. ”
“ Le peuple, c’est la souveraineté ; la France, c’est la lumière. On ne parle en maître ni au peuple, ni à la France. Il arrive quelquefois qu’un gouvernement, peu éclairé, semble oublier les proportions ; le suffrage universel les lui rappelle. La France est majeure ; elle sait qui elle est, elle fait ce qui convient ; elle régit la civilisation par sa raison, par sa philosophie, par sa logique, par ses chefs-d’œuvre, par ses héroïsmes ; elle a la majesté des choses nécessaires, elle est l’objet d’une sorte de contemplation des peuples et il lui suffit de marcher pour se montrer déesse. ”
“ Vous lui donnez vos jours, vos nuits, vos fatigues, vos insomnies, vos courages ; vous lui donnez vos bras, vos cœurs, les pleurs de vos femmes qui tremblent pendant que vous luttez, l’adieu des enfants, des fiancées, des vieux parents, les fumées de vos hameaux envolées dans le vent ; la mer, c’est le grand danger, c’est le grand labeur, c’est la grande urgence ; vous lui donnez tout ; vous acceptez d’elle cette poignante angoisse, l’effacement des côtes ; chaque fois qu’on part, question lugubre, reverra-t-on ceux qu’on aime ? La rive s’en va comme un décor de théâtre qu’une main emporte. ”
“ Jetez Paris aux quatre vents, vous n'arriverez qu'a faire de chaque grain de cette cendre la semence de l'avenir. Ce sepulcre criera Liberte, Egalite, Fraternite! Paris est ville, mais Paris est ame. Brulez nos edifices, ce ne sont que nos ossements; leur fumee prendra forme, deviendra enorme et vivante, et montera jusqu'au ciel, et l'on verra a jamais, sur l'horizon des peuples, au-dessus de nous, au-dessus de vous, au-dessus de tout et de tous, attestant notre gloire, attestant votre honte, ce grand spectre fait d'ombre et de lumiere, Paris. ”
“ Quoi ! ce que l’Angleterre a fait en 1838, ce que la France a fait en 1848, en 1868 l’Espagne ne le ferait pas ! Quoi ! être une nation affranchie, et avoir sous ses pieds une race asservie et garrottée ! Quoi ! ce contre-sens ! être chez soi la lumière, et hors de chez soi la nuit ! être chez soi la justice, et hors de chez soi l’iniquité ! citoyen ici, négrier là ! faire une révolution qui aurait un côté de gloire et un côté d’ignominie ! Quoi ! après la royauté chassée, l’esclavage resterait ! il y aurait près de vous un homme qui serait à vous, un homme qui serait votre chose ! ”
“ Louis Blanc est un apôtre de l’idéal ; c’est le philosophe dans lequel il y a un tribun, c’est le grand orateur, c’est le grand citoyen, c’est l’honnête homme belligérant, c’est l’historien qui creuse dans le passé le sillon de l’avenir. De là une vie insultée et tourmentée. Quand Louis Blanc, dans sa lutte pour le juste et pour le vrai, en proie à toutes les haines et à tous les outrages, avait bien employé sa journée et bien fait dans la tempête son fier travail d’esprit combattant, il se tournait vers cette humble et noble femme, et se reposait dans son sourire. ”
“ Nous ne sommes qu’un seul français, qu’un seul parisien, qu’un seul cœur ; il n’y a plus qu’un seul citoyen qui est vous, qui est moi, qui est nous tous. Où sera la brèche seront nos poitrines. Résistance aujourd’hui, délivrance demain ; tout est là. Nous ne sommes plus de chair, mais de pierre. Je ne sais plus mon nom, je m’appelle Patrie. Face à l’ennemi ! Nous nous appelons tous France, Paris, muraille ! Comme elle va être belle, notre cité ! Que l’Europe s’attende à un spectacle impossible, qu’elle s’attende à voir grandir Paris ”
“ Elle ne nous fera pas perdre de vue l’éternel fond de votre destinée, cette grande nation éteinte, cette mort de la lumière du monde, cette désolation, ce deuil, ce faux serment énorme, Montmartre qui est une montagne sur votre horizon sinistre, le nuage immobile des fusillades du Champ de Mars ; là-bas, dressant leur triangle noir, les guillotines de 1852, et, là, à nos pieds, dans l’obscurité, cet océan qui charrie dans ses écumes vos cadavres de Cayenne. Ah ! la malédiction de l’avenir est une mer aussi, et votre mémoire, cadavre horrible, roulera à jamais dans ses vagues sombres ! ”
“ Qu’à l’heure où l’on se repose, on se souvienne de ce qu’on a souffert lorsqu’on travaillait, qu’on s’en souvienne pour améliorer sans cesse le sort des travailleurs ! Le but d’une société bien faite, le voici : élargir et adoucir sans cesse la montée, autrefois si rude, qui conduit du travail à la propriété, de la condition pénible à la condition heureuse, du prolétariat à l’émancipation, des ténèbres où sont les esclaves à la lumière où sont les hommes libres. Dans la civilisation vraie, la marche de l’humanité est une ascension continuelle vers la lumière et la liberté ! ”
“ Paris a des forteresses, des remparts, des fossés, des canons, des casemates, des barricades, des égouts qui sont des sapes ; il a de la poudre, du pétrole et de la nitroglycérine ; il a trois cent mille citoyens armés ; l’honneur, la justice, le droit, la civilisation indignée, fermentent en lui ; la fournaise vermeille de la république s’enfle dans son cratère ; déjà sur ses pentes se répandent et s’allongent des coulées de lave, et il est plein, ce puissant Paris, de toutes les explosions de l’âme humaine. Tranquille et formidable, il attend l’invasion, et il sent monter son bouillonnement. ”
“ Quand un homme a, comme vous, été le combattant et le martyr du progrès ; quand il a, pour la sainte cause démocratique et humaine, sacrifié sa fortune, sa jeunesse, son droit au bonheur, sa liberté ; quand il a, pour servir l’idéal, accepté toutes les formes de la lutte et toutes les formes de l’épreuve, la calomnie, la persécution, la défection, les longues années de la prison, les longues années de l’exil ; quand il s’est laissé conduire par son dévouement jusque sous le couperet de l’échafaud, quand un homme a fait cela, tous lui doivent, et lui ne doit rien à qui que ce soit. ”
“ Par moments, dans l’humanité, une certaine sublimité de la femme apparaît ; aux heures où l’histoire devient terrible, on dirait que l’âme de la femme saisit l’occasion et veut donner l’exemple à l’âme de l’homme. L’antiquité a eu la femme romaine ; l’âge moderne aura la femme française. Le siége de Paris nous a montré tout ce que peut être la femme : dignité, fermeté, acceptation des privations et des misères, gaîté dans les angoisses. Le fond de l’âme de la femme française, c’est un mélange héroïque de famille et de patrie. ”
“ Selon ce que vaut l’écrivain, la table où il s’accoude, et d’où il parle aux intelligences, est quelquefois un tribunal, quelquefois une chaire. Le talent est une magistrature ; le génie est un sacerdoce. Écrivains qui voulez être dignes de ce noble titre et de cette fonction sévère, augmentez chaque jour, s’il vous est possible, la gravité de votre raison ; descendez dans les entrailles de toutes les grandes questions humaines ; posez sur votre pensée, comme des fardeaux sublimes, l’art, l’histoire, la science, la philosophie. C’est beau, c’est louable, et c’est utile. ”
“ Messieurs, ayez foi en vous-mêmes. L’intrépidité de la clémence est le plus beau spectacle qu’on puisse donner aux hommes. Mais ici la clémence n’est pas l’imprudence, la clémence est la sagesse ; la clémence est la fin des colères et des haines ; la clémence est le désarmement de l’avenir. Messieurs, ce que vous devez à la France, ce que la France attend de vous, c’est l’avenir apaisé. La pitié et la douceur sont de bons moyens de gouvernement. Placer au-dessus de la loi politique la loi morale, c’est l’unique moyen de subordonner toujours les révolutions à la civilisation. ”
“ L’extermination sauvage n’a épargné ni le sexe ni l’âge. Des populations désarmées, n’ayant d’autre ressource que le suprême héroïsme du désespoir, ont subi le bombardement, la mitraille, le pillage et l’incendie ; que ce canon les venge ! Que ce canon venge les mères, les orphelins, les veuves ; qu’il venge les fils qui n’ont plus de pères et les pères qui n’ont plus de fils ; qu’il venge la civilisation ; qu’il venge l’honneur universel ; qu’il venge la conscience humaine insultée par cette guerre abominable où la barbarie balbutie des sophismes ! ”
“ On nous accuse de méditer une revanche ; on a raison ; nous méditons une revanche en effet, une revanche profonde. Il y a cinq ans, l’Europe semblait n’avoir qu’une pensée, amoindrir la France ; la France aujourd’hui lui réplique, et elle aussi n’a qu’une pensée, grandir l’Europe. La république n’est autre chose qu’un grand désarmement ; à ce désarmement, il n’est mis qu’une condition, le respect réciproque du droit. Ce que la France veut, un mot suffit à l’exprimer, un mot sublime, la paix. De la paix sortira l’arbitrage, et de l’arbitrage sortiront les restitutions nécessaires et légitimes. ”
“ Adieu, Frédérick-Lemaître ! Je salue en même temps, car votre émotion profonde, à vous tous qui êtes ici, m’emplit et me déborde moi-même, je salue ce peuple qui m’entoure et qui m’écoute. Je salue en ce peuple le grand Paris. Paris, quelque effort qu’on fasse pour l’amoindrir, reste la ville incomparable. Il a cette double qualité, d’être la ville de la révolution et d’être la ville de la civilisation, et il les tempère l’une par l’autre. Paris est comme une âme immense où tout peut tenir. Rien ne l’absorbe tout à fait, et il donne aux nations tous les spectacles. ”
“ L’univers civilisé attentif regarde, observe, profite. La France voit le progrès se construire lentement de toutes pièces sous ses yeux ; et, chaque fois que Paris fait un pas heureux, elle suit ; et ce que suit la France est suivi par l’Europe. L’expérience politique, à mesure qu’elle avance, crée la science politique. Rien n’est plus laissé au hasard. Plus de commotions à craindre, plus de tâtonnements, plus de reculs, plus de réactions ; ni coups de trahison du pouvoir, ni coups de colère du peuple. Ce que Paris dit est dit pour le monde ; ce que Paris fait est fait pour le monde. ”
“ S’aimer dans l’affliction, c’est le bonheur du malheur. Et comment ne nous aimerions-nous pas ? Y a-t-il quelque douleur qui n’ait pas été également partagée à tous ? Nous avons le même malheur et la même espérance. Nous avons sur la tête le même ciel et le même exil. Ce que vous pleurez, je le pleure ; ce que vous regrettez, je le regrette ; ce que vous espérez, je l’attends. Étant pareils par le sort, comment ne serions-nous pas frères par l’esprit ? La larme que nous avons dans les yeux s’appelle France, le rayon que nous avons dans la pensée s’appelle république. Aimons-nous ! ”
“ L’ennemi, c’est cette incarnation sinistre du vieux crime militaire et monarchique, qui nous bâillonne et nous spolie, qui met la main sur nos bouches et dans nos poches, qui a les millions, qui a les budgets, les juges, les prêtres, les valets, les palais, les listes civiles, toutes les armées, — et pas un seul peuple. L’ennemi, c’est ce qui règne, gouverne, et agonise en ce moment. (Sensation profonde.) Citoyens, soyons les ennemis de l’ennemi, et soyons nos amis ! Soyons une seule âme pour le combattre et un seul cœur pour nous aimer. Ah ! citoyens : fraternité ! ”
“ Il y aura une heure de pleine fraternite, comme il y a une heure de plein midi. Ne perds pas courage, o pitie! Quant a moi, je ne me lasserai pas, et ce que j'ai ecrit dans tous mes livres, ce que j'ai atteste par tous mes actes, ce que j'ai dit a tous les auditoires, a la tribune des pairs comme dans le cimetiere des proscrits, a l'assemblee nationale de France comme a la fenetre lapidee de la place des Barricades de Bruxelles, je l'attesterai, je l'ecrirai, et je le dirai sans cesse: il faut s'aimer, s'aimer, s'aimer! Les heureux doivent avoir pour malheur les malheureux. ”
“ Messieurs, à mon âge, il est rare qu’on n’ait pas, qu’on ne finisse pas par avoir une idée fixe. L’idée fixe ressemble à l’étoile fixe ; plus la nuit est noire, plus l’étoile brille. (Sensation.) Il en est de même de l’idée. Mon idée m’apparaît avec d’autant plus d’éclat que le moment est plus ténébreux. Cette idée fixe, je vais vous la dire : — C’est la paix. Depuis que j’existe, dès les commencements de ma jeunesse jusqu’à cet achèvement qui est ma vieillesse, je n’ai jamais eu qu’un but, la pacification ; la pacification des esprits, la pacification des âmes, la pacification des cœurs. ”
“ Les petites nations seront les grandes nations le jour où, à côté des peuples forts en nombre et vastes en territoire qui s’obstinent dans les fanatismes et les préjugés, dans la haine, dans la guerre, dans l’esclavage et dans la mort, elles pratiqueront doucement et fièrement la fraternité, abhorreront le glaive, anéantiront l’échafaud, glorifieront le progrès, et souriront, sereines comme le ciel. Les mots sont vains si les idées ne sont pas dessous. Il ne suffit pas d’être la république, il faut encore être la liberté ; il ne suffit pas d’être la démocratie, il faut encore être l’humanité. ”
“ Vous, italiens, élite humaine, nation mère, l’un des plus rayonnants groupes d’hommes que la terre ait portés, vous au-dessus desquels il n’y a rien, vous ne sentiriez pas que nous sommes vos frères, vos frères par l’idée, vos frères par l’épreuve ; que l’éclipse actuelle finira subitement pour tous à la fois ; que si demain est à nous, il est à vous ; et que, le jour où il y aura dans le monde la France, il y aura l’Italie ! Oui, le premier des deux peuples qui se lèvera fera lever l’autre. Disons mieux ; nous sommes le même peuple, nous sommes la même humanité. ”
“ Citoyens, Paris triomphera, parce qu’il représente l’idée humaine et parce qu’il représente l’instinct populaire. L’instinct du peuple est toujours d’accord avec l’idéal de la civilisation. Paris triomphera, mais à une condition : c’est que vous, moi, nous tous qui sommes ici, nous ne serons qu’une seule âme ; c’est que nous ne serons qu’un seul soldat et un seul citoyen, un seul citoyen pour aimer Paris, un seul soldat pour le défendre. À cette condition, d’une part la République une, d’autre part le peuple unanime, Paris triomphera. ”
Victor Hugo,
Actes et paroles
(1937-1940)
“ Vous reparaissez, vous, sur cette brèche où vos quatre compagnons de combat sont tombés l'un après l'autre ; vous y remontez tout de suite, sans reprendre haleine, intrépidement ; pour barrer le passage à la réaction du passé contre le présent, à la conspiration de la monarchie contre la république ; pour défendre tout ce que nous voulons, tout ce que nous aimons, le peuple, la France, l'humanité, la pensée chrétienne, la civilisation universelle, vous donnez tout, vous livrez tout, vous exposez tout, votre talent, votre jeunesse, votre fortune, votre personne, votre liberté. ”
“ Messieurs, la race aînée contenait la tradition historique, la Convention contenait l’expansion révolutionnaire, Napoléon contenait l’unité nationale. De la tradition naît la stabilité, de l’expansion naît la liberté, de l’unité naît le pouvoir. Or la tradition, l’unité et l’expansion, en d’autres termes, la stabilité, le pouvoir et la liberté, c’est la civilisation même. La racine, le tronc et le feuillage, c’est tout l’arbre. La tradition, messieurs, importe à ce pays. La France n’est pas une colonie violemment faite nation ; la France n’est pas une Amérique. ”
Victor Hugo,
Actes et paroles
(1937-1940)
“ Le travail ! c'est tout à la fois le conseil et l'exemple que nous lui devons. Le travail des bras et des intelligences, c'est le repos des ambitions et des âmes. Pour nos fils comme pour nous, pour les temps où nous ne serons plus comme pour l'époque où nous vivons, glorifions donc le travail, loi générale et loi domestique, loi de la maison et de la patrie, loi saine et profonde sur laquelle s'appuient et se fondent ces deux grandes choses : la paix du foyer, qui donne le bonheur à l'homme ; la paix du monde, qui donne la civilisation au genre humain ! ”
“ II PLANTATION DE L'ARBRE DE LA LIBERTE PLACE DES VOSGES C'est avec joie que je me rends a l'appel de mes concitoyens et que je viens saluer au milieu d'eux les esperances d'emancipation, d'ordre et de paix qui vont germer, melees aux racines de cet arbre de la liberte. C'est un beau et vrai symbole pour la liberte qu'un arbre! La liberte a ses racines dans le coeur du peuple, comme l'arbre dans le coeur de la terre; comme l'arbre, elle eleve et deploie ses rameaux dans le ciel; comme l'arbre, elle grandit sans cesse et couvre les generations de son ombre. ”
“ Il est mort ; mort de nostalgie comme les autres qui l’ont précédé ici ; mort d’épuisement, mort loin de sa ville natale, mort loin de sa vieille mère, mort loin de son petit enfant. Il a agonisé, car l’agonie commence avec l’exil, il a agonisé trois ans ; il n’a pas fléchi une heure. Vous l’avez tous connu, vous vous en souvenez ! Ah ! c’était un vaillant et ferme cœur ! Qu’il repose dans cette paix sévère ! et qu’il trouve du moins dans le sépulcre la réalisation sereine de ce qui fut son idéal pendant la vie. La mort, c’est la grande fraternité. ”
“ Messieurs, L’homme qui vient de descendre dans cette tombe était de ceux auxquels la douleur publique fait cortège. Dans les temps où nous sommes, toutes les fictions sont évanouies. Les regards se fixent désormais non sur les têtes qui règnent, mais sur les têtes qui pensent, et le pays tout entier tressaille lorsqu’une de ces têtes disparaît. Aujourd’hui, le deuil populaire, c’est la mort de l’homme de talent ; le deuil national, c’est la mort de l’homme de génie. Messieurs, le nom de Balzac se mêlera à la trace lumineuse que notre époque laissera dans l’avenir. ”
“ Eh bien ! célébrez ce centenaire par l’abolition de l’esclavage ; qu’à une année infâme une année auguste réponde ; et montrez qu’entre l’Espagne de 1768 et l’Espagne de 1868 il y a plus qu’un siècle, il y a un abîme, il y a l’infranchissable profondeur qui sépare le faux du vrai, le mal du bien, l’injuste du juste, l’abjection de la gloire, la monarchie de la république, la servitude de la liberté. Précipice toujours ouvert derrière le progrès ; qui recule y tombe. Un peuple s’augmente de tous les hommes qu’il affranchit. ”
“ S'il y a eu pour plusieurs d'entre nous quelque labeur et quelque epreuve, une tempete plus ou moins longue, quelques jets d'ecume sur l'ecueil, un peu de ruine, un peu d'exil, qu'importe si la fin est bonne pour toi, France, pour toi, peuple! qu'importe l'augmentation de souffrance de quelques-uns s'il y a diminution de souffrance pour tous! La proscription est dure, la calomnie est noire, la vie loin de la patrie est une insomnie lugubre, mais qu'importe si l'humanite grandit et se delivre! ”
“ La liberté de la presse est-elle en péril, le suffrage universel se lève et la protège. Le suffrage universel est-il menacé, la presse accourt et le défend. Messieurs, toute atteinte à la liberté de la presse, toute atteinte au suffrage universel est un attentat contre la souveraineté nationale. La liberté mutilée, c’est la souveraineté paralysée. La souveraineté du peuple n’est pas, si elle ne peut agir et si elle ne peut parler. Or, entraver le suffrage universel, c’est lui ôter l’action ; entraver la liberté de la presse, c’est lui ôter la parole. ”
