“ Hans Dorn et sa fille étaient de braves gens, doux à la misère et secourables autant que le permettait leur médiocre aisance. Chaque fois qu’elle donnait, Gertraud semblait si heureuse ! Quand le joueur d’orgue s’en allait dans la ville, il emportait avec lui tout au fond de son cœur la pensée de la belle jeune fille. C’était un enfant rêveur. Sa vie, errante et solitaire au milieu de la foule, augmentait son penchant à la méditation. Dans les chants que disait son pauvre instrument, il écoutait de pures mélodies. ”
Hans Dorn
Définition et enjeux
Le thème de “Hans Dorn” a été abordé par des auteurs tels que Paul Féval ou Thomas Mayne Reid. Il est souvent associé à des termes comme Franz, Gertraud, Jean, Auguste ou la poésie.
Citations sur “Hans Dorn”
“ Quand le marchand d’habits arriva au bout de cette allée, Jean était déjà bien loin. Hans Dorn poursuivit sa bourse. Vers le milieu de l’avenue, il s’arrêta court, parce qu’une détonation venait de retentir. La lumière du coup lui montra, sur le bord de la Hœlle, un groupe de deux hommes, tous deux armés, et tous deux le fusil en joue. L’un, qui était debout, abaissait le canon de son arme vers le fond de l’entonnoir, l’autre, qui était a genoux, semblait viser son compagnon à la tête. La lueur dura la vingtième partie d’une seconde, et cette étrange silhouette disparut... ”
“ Sa main étendue saisit l’une des poignées de la cassette et l’attira à lui d’un geste brusque. Il fixa sur Hans Dorn ce regard, perçant et grave à la fois, qui allait réveiller au fond du cœur du bon marchand d’habits tout un monde de sentiments et de souvenirs. — Ceci est l’espoir de Bluthaupt... murmura-t-il. Hans se pencha involontairement. — Rodach reprit : — Ce sont les seules armes que je possède pour combattre ces hommes qui détiennent l’héritage des comtes... Ils sont bien forts et ne reculent devant rien... ”
“ Jean n’était point dans cette situation tranquille qui permet à l’esprit de faire la chasse aux hypothèses, mais ce bruit l’intriguait malgré lui et presque à son insu. Il fit le tour du palier ; il tâta partout la muraille et ne trouva rien. Il n’y avait personne. Si le son venait d’une source terrestre, il avait lieu chez Hans Dorn lui-même ou dans un petit bûcher noir appartenant également au marchand d’habits. Et au fait, on disait que le père Hans avait beaucoup d’argent chez lui pour un homme de sa sorte. ”
“ Le joueur d’orgue s’élança et prit le sentier que madame d’Audemer avait suivi à cheval pour se rendre au sommet de la montagne. La route était rude ; Hans Dorn et lui couraient de leur mieux. Jean était toujours en avant, car les années avaient alourdi le pas du père de Gertraud. Jean disait : — Nous arriverons à temps peut-être... Johann s’était posté d’abord dans la traverse, mais il a eu peur des lumières, et je l’ai vu gravir le flanc de la montagne... la route est presque impraticable, et il va lentement pour ne point faire de bruit... Mais hâtez-vous, monsieur Dorn, au nom de Dieu ! ”
“ Ils n’étaient pas riches et ils risquaient l’existence de leur famille, en désertant le travail de chaque jour, mais ils étaient dévoués ; ils allaient, pleins d’enthousiasme, et leurs cœurs battaient à la pensée de la patrie. Hans Dorn, qui était leur chef, ne pouvait les laisser en arrière. Tout était sens dessus dessous dans sa maison ; tandis qu’il arrêtait ses derniers comptes en homme d’ordre, la jolie Gertraud s’évertuait à faire malles et valises. ”
“ Ses lèvres s’écartèrent en un sourire ; une lueur fauve et fugitive s’alluma dans sa prunelle, puis sa face redevint morne tout à coup. Il se laissa glisser le long de la rampe jusqu’au bas de l’escalier et vint s’accroupir derrière la porte de la cour. Il s’appuya contre la muraille, immobile et feignant de sommeiller. On était encore au matin ; il resta là sans bouger jusqu’au soir. Pendant sept à huit heures, son œil, semi-fermé, guetta sans relâche la porte de Hans Dorn. ”
“ Gertraud l’aimait aussi ; elle avait du remords à rester gaie. — Hans Dorn est mon père, dit-elle, et vous allez le trouver chez lui. Franz avait une de ces figures qui excusent et rendent adorables toutes les folies de l’amour étourdi. C’était ce charmant enfant, fils de la poésie en goguette, que nous voyons soupirer et rire tour à tour dans la comédie de Beaumarchais, et pour qui le mot fatuité n’a pas de sens, non plus que le mot inconstance. L’adolescence, d’ordinaire, en notre temps surtout, se guinde, pédante et triste, ou rougit, gauchement déconcertée. ”
“ Hans ouvrait de grands yeux et regardait la cassette, comme si c’eût été un objet surnaturel. — Je crois en vous, ami Dorn, continua le baron de Rodach, sans cesser de le regarder en face : — si je connaissais au monde un homme plus fidèle et plus dévoué que vous, j’irais le trouver pour lui confier mon trésor. ”
“ Au moment où Hans Dorn allait reprendre la parole, l’ancien laboureur fit un brusque mouvement et montra du doigt la fenêtre. Tous les regards se portèrent à la fois de ce côté. On vit, collée à la vitre, une figure pâle qui se retira précipitamment et disparut dans l’ombre de la rue. Hans tressaillit et poussa un cri étouffé. — Encore ! murmura-t-il, encore une vision !... — Par le diable, s’écria Johann en colère, votre vision va la danser, voisin Hans ! Je vais lui apprendre à venir nous espionner comme cela. Fermez les rideaux, Fritz, et attendez-moi un petit peu. ”
“ Tandis que Franz parlait, Gertraud regardait, étonnée, la figure de son père. L’émotion profonde et soudaine qui avait pris Hans Dorn, au moment où Franz prononçait au hasard le nom de Bluthaupt, avait été pour la jeune fille comme une demi-révélation ; jusqu’à ce moment, le marchand d’habits n’avait fait aucune confidence. ”
“ En ce moment de silence, leurs oreilles saisirent pour la première fois cet autre bruit sourd aussi et continu que nous avons entendu avec Jean Regnault sur l’escalier. Ils n’y firent attention ni l’un ni l’autre. La voiture s’approchait rapidement. Quand elle s’arrêta, on put conjecturer que c’était à la porte de l’allée de Hans Dorn. ”
“ Il se retourna, son œil avide plongea dans la chambre de Hans Dorn. Il vit une blonde tête d’adolescent qui se penchait sur une main blanche ; et il entendit un second baiser. La figure de l’adolescent le frappa ; il la connaissait sans pouvoir dire en ce moment où il l’avait aperçue. Le visage de la femme se cachait derrière la cloison ; mais Jean n’avait point besoin de la voir : pour lui, ce ne pouvait être que Gertraud... Un courant d’air se fit en sens inverse ; le battant retomba. Machinalement Jean se retourna, et reprit la position qu’on lui avait commandée. ”
“ Contre toute attente, la figure du marchand d’habits n’exprima qu’une surprise très-modérée. Le joli visage de Gertraud laissait voir, au contraire, un étonnement naïf et une curiosité croissante. — N’est-ce pas, que c’est fantastique, reprit le jeune homme : une main qui se fourre dans votre poche tout exprès pour la bourrer d’or ? — Ce n’est pas commun, dit Hans Dorn froidement. — Vous autres Allemands, reprit Franz, — vous êtes difficiles à émouvoir... Pardieu ! ”
“ Gertraud était seule dans sa chambre et préparait son petit lit. Hans Dorn n’était pas rentré. Il n’y avait plus personne ni dans l’escalier ni dans la cour. Au bout de quelques minutes, la porte du bûcher s’ouvrit lentement et se referma sans bruit. Une masse noire glissa dans les ténèbres et descendit l’escalier en rampant. Elle traversa la cour, puis l’allée sombre, pour gagner la place de la Rotonde. La lueur lointaine des becs de gaz éclaira la face hâve de l’idiot Geignolet. ”
“ Ils étaient immobiles tous trois ; ils portaient haut la beauté sereine de leurs fronts intrépides et regardaient en face les assassins. Derrière eux, dans l’ombre, on apercevait les traits jeunes et gracieux de Franz, qui souriait endormi. Le premier mouvement de Reinhold, de Van-Praët et de Mira avait été de s’enfuir ; mais la porte s’était refermée derrière eux, et Hans Dorn veillait, debout, sur le seuil. En même temps, la porte de l’oratoire de la comtesse Margarethe, ouverte à demi, laissait voir les mâles figures d’Hermann et des autres Allemands du Temple. ”
“ Il mettait le pied en ce moment sur le pavé de la place de la Rotonde, et il fut interrompu par les huées enfantines qui accueillaient l’arrivée du bonhomme Araby. — Qu’est cela ? demanda-t-il. — C’est un homme qui pourrait bien faire votre affaire, répondit Hans Dorn en souriant, si vous avez des gages à lui donner. Rodach essaya de voir ; il n’aperçut qu’un morceau de fourrure pelée se balançant à la hauteur des têtes et glissant vers le bâtiment de la Rotonde. ”
“ Tout ce que tu gagnes est pour nous et vient s’engloutir dans notre misère... Écoute, Jean, mon bon fils, tu ne sais pas !... il faut nous quitter... il faut t’en aller bien loin, bien loin... Quand nous ne serons plus là pour te porter malheur ; je suis sûre que tu deviendras riche !... « Et quand tu seras riche, Hans Dorn, qui est un homme juste et bon te donnera sa fille... » Jean cherchait à l’interrompre et ne pouvait point y réussir. La parole de Victoire était rapide et pleine d’exaltation ; elle avait l’éloquence que l’amour donne aux mères. Ce fut la voix de l’aïeule qui l’arrêta. ”
“ Ils exerçaient dans la ville des industries diverses, et le plus grand nombre d’entre eux tenait au Temple par quelque aboutissant. Johann avait dépassé les limites de l’âge mûr. En vieillissant, il n’avait point perdu son air maussade et défiant. Son commerce prospérait, du reste, et tout, dans sa personne, avait une apparence aisée. Fritz, le courrier, ne semblait pas avoir autant à se louer du sort. Il était marchand d’habits, comme Hans Dorn ; mais ses bénéfices ne lui permettaient point d’apporter beaucoup de recherche dans sa toilette. ”
“ Il parlait de la Hœlle de Bluthaupt et d’un cri d’agonie qui retentissait au fond de sa mémoire ; il disait voir le visage d’un meurtrier lâche, aux rayons de la lune... Mais, chaque fois que Fritz s’enivrait, c’était toujours la même histoire. Il avait le vin lugubre. Personne ne s’avisait de donner attention à ses noires lubies. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Hans Dorn et l’étranger marchaient avec lenteur le long de la rue du Petit-Thouars. Les rayons pâles des réverbères éclairaient la haute taille du baron de Rodach, drapée dans les plis sombres de son manteau. ”
“ Où le prendre ? pensait-il en revenant sur ses pas : Dieu veuille seulement qu’il n’ait point quitté le Temple !... S’il y est encore fallûtil frapper à toutes les portes, l’une après l’autre, je saurai bien le retrouver. Hans Dorn, à cette heure même, entrait au cabaret de la Girafe, dont le propriétaire, nommé Johann, était pour lui une vieille connaissance. La Girafe, moins grande et moins fréquentée que les deux tavernes à la mode, servait surtout de rendez-vous aux Allemands qui abondent dans le Temple, et qui font volontiers bande à part. ”
“ Presque immédiatement au-dessous de cette fenêtre, trois hommes apparurent successivement sur la petite plate-forme, où nous avons vu naguère les bâtards de Bluthaupt former une sorte d’échelle humaine, pour détourner un mortel danger de la tête de Franz. Par rapport aux fenêtres du château, les trois hommes qui venaient de se montrer sur la plate-forme étaient masqués par la saillie du roc. Ils descendirent jusqu’au fond de la douve et gravirent la rampe opposée. Hans Dorn était sur la pelouse, tenant par la bride trois chevaux tout équipés. ”
“ Les doux yeux de la jolie Gertraud exprimait de la pitié. — Je ne puis pas faire davantage, reprit le marchand d’habits ; si vous voulez essayer d’un autre, allez à la Rotonde... le bureau du vieil Araby n’est peut-être pas encore fermé... il vous donnera trois louis de toutes vos nippes... mais vous aurez la faculté de les racheter pour cinq cents francs, si le cœur vous en dit... Au plaisir de vous revoir ! Franz tâtait son manteau, puis son beau frac noir tout neuf, puis ses brillants gilets. Hans Dorn était tout entier à ses comptes ”
“ Il ne faut pas que Franz quitte Paris avant nous. — Franz est pressé de partir, répondit le marchand d’habits, et mademoiselle d’Audemer sera très-certainement au nombre des premiers invités. — Nous chercherons un moyen de le retenir... Nous aussi, nous avons des préparatifs à faire... Ils sont forts contre Franz, pauvre et obscur ; le seront-ils autant contre un brillant jeune homme, entouré d’un luxe prodigue et menant un train de prince ?... L’armure dont je parlais tout à l’heure, ami Dorn, c’est la fortune... ”
“ Franz éclata de rire, et fit un petit geste de menace. — Ah ! père Dorn, dit-il, voici qui vaut un aveu !... vous n’étiez pas étranger, je pense, à ces beaux avertissements anonymes qui me parvenaient, avant mon départ pour l’Allemagne. — Je ne vous comprends pas, répliqua le marchand d’habits. — Bien, bien !... vous êtes un homme discret, père Dorn ; mais nous reparlerons de cela plus tard... Pardieu ! vous me l’avez donnée bonne, avec votre menaçante lettre du cavalier allemand ! ma parole d’honneur, j’ai tremblé pendant dix grandes minutes !... ”
Henri Scoutetten, Notice sur Auguste Dornès, représentant du département de la Moselle à l'Assemblée nationale… (1848)
“ Dornès professait ces sentiments ; il avait la foi la plus ferme en l'avenir de l'humanité, il croyait à son amélioration progressive, à ses efforts constants pour se dépouiller de ses défauts, de ses vices, afin de se rapprocher pure et radieuse des principes qui attestent son origine divine. Toute sa vie a été une aspiration constante vers le bien, et jamais, par une faiblesse, il n'a dévié de la règle sévère qu'il s'était tracée. Dornès a été l'homme pur, l'homme honnête par excellence ! ”
Thomas Mayne Reid,
Aventures de terre et de mer
“ Ne désespérons pas, mes amis, leur dit le vieux Jan Van Dorn, avec ce ton d’affectueuse autorité, dont il usait à l’égard de ses deux compagnons. J’en conviens, nous voici dans une mauvaise passe ; mais ce n’est pas en s’abandonnant au découragement qu’on réagit contre une difficulté et qu’on trouve un moyen de salut. Montrons que nous sommes des hommes résolus, de véritables et dignes Vee-Boërs. ”
Henri Scoutetten, Relation de la cérémonie funèbre qui a eu lieu à Metz… (1848)
“ Lorsque la patrie affranchie appela l'élite de ses enfants à donner une constitution à la France, Dornès fut ici le premier nom prononcé. Nous fûmes heureux, en lui décernant nos suffrages, de lui témoigner ainsi de notre estime et de notre affection. La mort l'a arrêté dans sa carrière nouvelle ! ”
Henri Rivière,
Les fatalités : le combat de la vie
(1882)
“ Il se sentait la force paralysée d'un géant et la faiblesse inutile d'un enfant. C'est alors qu'on lui toucha l'épaule. Il n'avait entendu venir personne, se retourna, poussa un cri de joie. Ceux qui arrivaient c'étaient Dornès et Marengo. Et ayant poussé ce cri de joie, il éclata en sanglots, et parmi ces sanglots, il s'écria, montrant Armande à Dornès : Ah ! docteur ! docteur ! ditesmoi qu'elle n'est pas morte !.. ”
Mme J Delorme Jules Simon, Âmes de guerre, âmes d'amour, roman (1917)
“ Dornach est enfin pris ; tout ce qui n'a pas été tué a fui dans le plus grand désordre. Aux camarades cavaliers à finir maintenant la besogne. La nuit approche, nous sommes arrivés au chemin de fer, entre Dornach et Mulhouse, il faut se cramponner à la voie ferrée et, aussi, réorganiser les unités, faire l'appel des vivants et des blessés, et compter les morts. Le talus de la voie est rapidement organisé. mais voilà, maintenant, le moment pénible. le chagrin après l'ivresse : constater les manquants! voir à jamais endormis ces hommes jeunes, si pleins de vie au déploiement de ce matin!. ”
