“ L’idée du baron de Rodach fut réalisée à peu de choses près, bien qu’il n’y eût point mis la main. Franz fit de l’effet parmi le monde brillant, rassemblé à Geldberg. Il était jeune, il était charmant ; on pouvait le croire riche. Les femmes s’occupèrent de lui énormément, ce qui lui valut l’attention jalouse de ces Messieurs. Être regardé par les femmes et envié par ces Messieurs : tel est assurément le but le plus magnifique que puisse rêver l’imagination d’un jeune homme portant moustache naissante et cœur de lion. ”
Citations sur “Baron de Rodach”
“ Le pauvre chevalier de Reinhold aurait mieux aimé avoir cinq cents procès qu’un seul duel. Aussi, à voir le baron de Rodach accepter si aisément ses ouvertures, il ne se sentait pas de joie. C’était là un succès ! le baron allait affronter la bataille à sa place, et lui retirer les marrons du feu. — Quel digne homme que ce M. de Rodach ! ”
“ Hans ouvrait de grands yeux et regardait la cassette, comme si c’eût été un objet surnaturel. — Je crois en vous, ami Dorn, continua le baron de Rodach, sans cesser de le regarder en face : — si je connaissais au monde un homme plus fidèle et plus dévoué que vous, j’irais le trouver pour lui confier mon trésor. ”
“ À tout cela, Rodach n’opposait que froideur et silence ; il laissait le vieillard s’épuiser en efforts infructueux, en protestations tôt démenties, en feintes, en promesses, en prières et même en menaces. Car la raison du pauvre Araby fléchissait et chancelait tout aussi bien que son corps. La pensée de se dépouiller, jointe au choc moral qu’il avait ressenti à la vue du baron, mettait par trop de trouble dans son intelligence usée ; il se laissait aller tantôt à des frayeurs folles, tantôt à de puériles colères. ”
“ LE CHEVALIER DE REINHOLD. José Mira et Abel de Geldberg avaient certes d’excellentes raisons pour se concilier l’aide du baron de Rodach. Mira se sentait faible contre un amour de quinze ans, d’autant plus puissant qu’il avait duré davantage et qu’il trônait au fond d’un cœur vide, où tout autre sentiment s’était éteint. ”
“ TROIS AMBASSADEURS. Les choses de la vie ordinaire se présentent parfois sous des aspects quasi surnaturels. Il suffit de deux ou trois hasards, combinés de certaine sorte, pour donner aux hommes ou aux événements des apparences fantastiques. M. le baron de Rodach, le cavalier allemand, prenait dans les souvenirs de Franz, et surtout dans ceux de la jolie Gertraud, qui ne savait rien que par Franz, des proportions tout à fait merveilleuses. ”
“ Et pourtant, parmi tous ces cœurs révoltés contre le ciel, il n’y en eut pas un qui ne frémît d’une terreur superstitieuse au nom, tout à coup prononcé, du baron de Rodach. L’incrédulité, du reste, n’exclut point la superstition, et personne ne tremble si volontiers qu’un esprit fort. ”
“ Au coin de la rue d’Anjou, il se retourna une dernière fois ; sa figure maigre et ridée exprimait une véritable détresse. Il tourna l’angle, Rodach le perdit de vue un instant et pressa le pas. Mais les vieux cerfs qui n’ont plus de jarrets savent au moins donner le change. Quand Rodach tourna l’angle à son tour, le petit vieillard avait complètement disparu. La rue, sans être déserte, n’avait point de foule qui pût gêner le regard ; le baron jeta les yeux de tous côtés, et ne découvrit point l’issue par où le mystérieux vieillard avait pu s’évanouir. ”
“ Rodach voyait sa casquette de peau tourner à demi à droite, puis à gauche. Le vieillard n’osait pas. Il attendit un coude de la route pour lancer un rapide coup d’œil sur la route parcourue. Il vit ce qu’il craignait de voir ; la grande taille du baron qui se dressait au milieu du passage solitaire. ”
“ Malheureusement, la lutte était loin d’être égale, et pour garder sa distance, le baron n’eut besoin que d’allonger un peu ses enjambées. On sortit du passage ; on prit la rue d’Anjou. À de courts intervalles, le vieillard se retournait, et Rodach pouvait voir l’étrange grimace que le désappointement mettait sous sa visière. La course se continuait cependant, facile d’un côté, désespérée de l’autre ; quoi qu’il pût faire, le bonhomme à la houppelande ne gagnait pas un pouce de terrain. ”
“ Son œil interrogea les traits du baron à la dérobée. Rodach semblait rêver. Petite le contempla durant un instant, faisant pour ainsi dire une comparaison rapide entre sa force, à elle, et la puissance de cet homme, qui osait lui dire : Je sais tous vos secrets... ”
“ Rodach s’était avancé tout droit vers le petit guichet qui servait de comptoir à l’usurier. Il se pencha jusqu’à mettre sa figure au niveau du trou en forme de demi-lune, et voulut glisser un regard de l’autre côté de la cloison ; mais le bonhomme était toujours sur le qui-vive, et la manœuvre du baron n’eut aucun résultat. Il ne vit que les deux mains sèches et plissées qui s’étendaient en éventail au-devant du guichet. ”
“ Le vieillard se sentait mourir. — Va-t’en ! dit-il d’une voix épuisée, ne pouvant plus supporter les tortures de cette séparation. Rodach obéit en silence. Au moment où il ouvrait la porte de l’antichambre, une bouffée de vent s’engouffra dans le bureau et poussa celle du magasin, découvrant ainsi la petite Galifarde aux écoutes. ”
L' Arioste, Roland furieux, traduction nouvelle et en prose par M. V. Philippon de la Madelaine… (1864)
“ Bientôt la fille d'Aimon, se rapprochant de son adversaire, lui dit d'un ton railleur : « Tu vois maitenant quel est le victorieux, et qui de nous deux devait être vaincu ! » Rodomont, confus et honteux de sa défaite, garde le silence. Pareil à un insensé ou à un idiot, il se relève triste et morue, fait quatre ou six pas eu avant, et lance contre le rocher son casque, son écu, son armure ; puis, ayant ordonné à l'un de ses écuyers de faire rendre la liberté aux captifs, il s'éloigne seul et disparaît. ”
“ Parmi ces figures rougies et brutales qui entouraient le comptoir, Rodach ne vit personne à sa convenance. Il passa outre, et après avoir donné un coup d’œil à deux ou trois bouges inconnus, il arriva devant l’illustre devanture des Deux Lions, sous le péristyle de la Rotonde. Le Tortoni du Temple était au grand complet. L’aristocratie du marché s’y pressait comme toujours. Malgré le jour et l’heure on y causait d’affaires ; des vieux habits circulaient de mains en mains et se vendaient dix fois avant d’arriver à leur propriétaire définitif. ”
“ Rodach avait sa main sur la traite dépliée ; il attendait. Au bout de deux ou trois secondes, le guichet se ferma définitivement, et presque aussitôt après de gros verrous grincèrent de l’autre côté de la cloison La porte étroite qui servait d’entrée au bonhomme Araby s’ouvrit avec lenteur. Le vieillard se montra sur le seuil, accroché des deux mains aux côtés de la porte. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
“ Toutefois ni le seigneur Hubert, fils de ce Roderich, ni le possesseur actuel du majorat, nommé aussi Roderich comme son grand-père, ne résidèrent à son exemple dans le château de R....sitten, et tous deux vécurent en Courlande. Il y avait lien de croire que la morne solitude de ce séjour leur répugnait, à eux plus gais et plus enclins à jouir de la vie que leur aïeul atrabilaire. Le baron Roderich s’était chargé du logement et de l’entretien au château de deux sœurs de son père, deux vieilles demoiselles si médiocrement pourvues qu’elles vivaient presque dans l’indigence. ”
“ Rodach respira longuement. — Depuis quelques heures que je suis à Paris, dit-il, Dieu semble me conduire par la main. Ami Hans, je crois que notre étoile n’est pas tombée du ciel pour toujours. — Grisier ! répétait le marchand d’habits ; — c’est bien ce nom-là... j’en suis sûr ! — L’enfant sera sauvé, reprit Rodach ; — si c’est lui que nous cherchons, le ciel en soit loué à genoux ! si c’est un étranger, tant mieux pour lui ! ”
L' Arioste, Roland furieux, traduction nouvelle et en prose par M. V. Philippon de la Madelaine… (1864)
“ Mandricard; Rodomont eût donné pour elle sa couronne et sa vie. Il est loin de soupçonner que sa belle soit aux mains d'un autre. S'il l'eût su, il aurait à l'instant même fait pour elle tout ce qu'il va faire pour le monarque africain. Mille échelles se dressent à la fois. Deux guerriers peuvent y monter de front : le second rang pousse le premier et est poussé lui-même par le troisième rang. L'un est soutenu par sa valeur, l'autre par la crainte ; tous doivent montrer un courage égal, car le cruel Rodomont frappe les lâches et les timides. ”
L' Arioste, Roland furieux, traduction nouvelle et en prose par M. V. Philippon de la Madelaine… (1864)
“ Pareils à des essaims d'abeilles, la populace, les cavaliers, les fantassins encombrent la place ; il eût fallu au roi de Sarse plus de vingt journées pour tailler en pièces celle multitude, même réunie en un seul groupe. Voyant la foule grossir sans cesse et toujours immense, malgré les flots de sang, Rodomont commence à songer qu'il fera bien de s'éloigner. Il promène des regards terribles sur ces hommes qui lui ferment toute issue; mais il s'ouvrira un chemin. Soudain son épée tournoie, et, obéissant à un ”
“ Le petit vieillard referma la poterne vivement, et se rait à marcher d’un pas mal assuré dans la direction de la rue d’Anjou. Rodach sortit de sa cachette et le suivit. Le vieillard allait, courbé en deux, et s’emmaillotant de son mieux dans les plis de sa houppelande. ”
“ Rien ! En désespoir de cause, Rodach rebroussa chemin vers l’hôtel de Geldberg. Mais au bout de quelques pas, il se ravisa, et sa montre consultée, lui rappela une tâche nouvelle. Précisément à l’endroit où il s’était arrêté naguère, stationnait une citadine dont les stores étaient baissés ; les chevaux abandonnés à eux-mêmes, prenaient leur repas dans de longs sacs de toile. Rodach chercha des yeux le cocher absent et mit la main sur la poignée de la portière. ”
L' Arioste, Roland furieux, traduction nouvelle et en prose par M. V. Philippon de la Madelaine… (1864)
“ Rodomont, non moins prompt, vient, à sa rencontre ; le pont tremble, le bruit de leurs pas retentit au loin. La lance d'or produit son effet ordinaire. Le païen, jusqu'alors invincible, est, renversé la tète en bas. Bradamante faillit tomber, car le pont laisse à peine assez de place pour son coursier; mais le fils du Vent et de la Flamme, Rabican, était si agile et si adroit, qu'il parvint à franchir l'étroite voie : il se lut tenu sans broncher sur le tranchant d'une épée. ”
L' Arioste, Roland furieux, traduction nouvelle et en prose par M. V. Philippon de la Madelaine… (1864)
“ Vous reconnaîtrez, seigneur, la douce amante de Brandimart, qui cherche son bien-aimé partout, excepté dans Paris, où elle le trouverait. En arrivant, elle voit Rodomont qui s'apprête à jeter le comte dans la rivière. La jeune fille connaît Roland; elle est stupéfaite d'étonnement à la vue de son étrange folie et de sa nudité. Elle s'arrête pour voir l'issue du combat entre ces deux terribles athlètes, et juger des efforts que chacun fait pour triompher de son adversaire. « Comment un fou a-t-il tant de force? » se dit Rodomont ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
“ Il savait qu’une alliance avec l’une des plus anciennes familles du royaume pouvait seule, aux yeux du vieux Roderich, assurer à jamais l’éclat du nouveau majorat. Le vieillard avait lu cette union désirée dans le cours des astres, et toute rébellion criminelle contre les constellations ne pouvait que devenir fatale à son institution. D’après cela, la liaison de Wolfgang avec Julie paraissait au vieux baron un attentat criminel dirigé contre les décrets de la puissance souveraine qui l’avait assisté dans ses entreprises terrestres ”
“ Je vous le demande à vous-même, interrompit encore Rodach : est-ce un homme sain d’esprit que ce millionnaire, ayant nom M. de Geldberg, qui va vendre des haillons et prêter à la petite semaine, sous le sobriquet d’Araby, dans la Rotonde du Temple ?... À ce nom d’Arahy, Hans, Gertraud et tous les Allemands de Paris ouvrirent de grands yeux. Esther et Abel levèrent sur le vieillard un regard interrogateur. Moïse, immobile et comme pétrifié, ne niait pas... ”
“ Le marchand d’habits hocha la tête d’un air de répugnance. — Ce serait une démarche vaine, dit-il ; Araby ne prête que sur gagea et joue la pauvreté, comme tous ses pareils. — Vous ne m’avez pas répondu !... interrompit Rodach. ”
L' Arioste, Roland furieux, traduction nouvelle et en prose par M. V. Philippon de la Madelaine… (1864)
“ Rodomont est armé de toutes pièces, et Sacripant n'a que son épée; mais son adresse extrême à la manier fait qu'il s'en couvre tout entier. Sacripant n'a pas à beaucoup, près la force du roi. d'Alger; mais son grand coeur, sa souplesse, son coup d'oeil et sa dextérité peuvent y suppléer. La roue qui roule pour écraser le grain ne tourne pas avec plus de vitesse que Sacripant harcelant Rodomont. Il lui porte des coups et sait éviter tous les siens. A la fin Ferragus et Serpentin, tirant leurs épées, les séparent: Grandonio et plusieurs seigneurs maures leur aident à tenir les deux adversaires. ”
“ Jusque-là, on n’avait pas grande raison de se défier de lui ; mais le bon Dieu met, bien sûr, quelque chose sur le visage des traîtres... personne ne l’aime, et quand il attache sur vous ses yeux sournois, la parole confiante s’arrête dans le gosier. — Les autres m’ont reconnu ? demanda encore Rodach. ”
L' Arioste, Roland furieux, traduction nouvelle et en prose par M. V. Philippon de la Madelaine… (1864)
“ Le farouche Rodomont ne connaît point de semblables victoires; il a témérairement précipité ses guerriers dans le fossé, où les flammes les dévorent. Ce gouffre immense n'eût pu les contenir si le feu n'avait pas réduit leurs cadavres en cendres. Onze mille vingt-huit Sarrasins expirent dans cette fournaise, où les a poussés malgré eux l'audace de leur chef. Tous perdent la lumière du jour au sein des flammes les plus brillantes; mais le roi de Sarse échappe à cet affreux trépas. Il franchit d'un bond le large fossé et tombe au milieu des ennemis. ”
L' Arioste, Roland furieux, traduction nouvelle et en prose par M. V. Philippon de la Madelaine… (1864)
“ Le roi de Garbe adresse ce discours au monarque africain : " Jadis je t'engageai à ne point rompre la paix, et plût au Ciel que j'eusse mal jugé les événements ! Pourquoi n'as-tu pas cru ton fidèle Sobrin au lieu d'écouter le superbe Rodomont, Martasin, Marbaluste ou Alzirde? Où sont tous ces braves qui devaient briser le trône de Charles comme un verre fragile? Rodomont disait que la lance et l'épée à la main il guiderait tes bataillons jusqu'à la voûte azurée ou jusqu'au fond des enfers! Maintenant, loin de venir te défendre, il languit dans un lâche repos. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes d'Hoffmann
(1881)
“ Je m'enhardis jusqu'à lui avouer les craintes que m'inspiraient parfois les traits assombris du baron. – Vous ne le connaissez point, me répondait Séraphine en souriant ; Roderich est au contraire un homme de moeurs fort douces et plein de bienveillance. Ce n'est qu'ici que son caractère prend cette teinte lugubre, sous l'empire d'une idée fixe dont tous les membres de sa famille sont également poursuivis. On raconte des choses extraordinaires sur le compte du fondateur du majorat de Reinsitten ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
E.T.A. Hoffmann - Contes fantastiques
“ La santé du vieil intendant s’affaiblissait chaque jour. On le remplaça, dans ses fonctions, par un garde-chasse nommé François. Enfin, après une longue attente, V... reçut de la Suisse des nouvelles favorables. Le pasteur qui avait marié le défunt baron Roderich était mort depuis longtemps ; mais il se trouvait, sur le registre de l’église, une note de sa main où il était dit que le fiancé de Julie de Saint-Val s’était fait reconnaître au pasteur, sous le sceau du secret, comme le baron Wolfgang, fils aîné du baron Roderich de R... ”
L' Arioste, Roland furieux, traduction nouvelle et en prose par M. V. Philippon de la Madelaine… (1864)
“ Dans les souterrains de l'Ibérie et de la Pannonie, où l'on trouve l'or; quand un éboulement imprévu vient accabler le cupide mineur, c'est à peine si sou âme peut trouver une issue pour s'échapper. Roger somme le roi de s'avouer vaincu et consent à lui laisser la vie; mais Rodomont, accablé sous le poids de son adversaire, craint moins la mort que la honte, et cherche, dans une étreinte convulsive, à étouffer son ennemi. Le chien vigoureux, dont le dogue féroce tient la gorge entre ses dents, se débat en vain, les yeux ardents et la gueule couverte d'écume ”
