“ Je pense à Karl Ivanovitch et à son sort amer. C’est le seul homme malheureux que je connaisse, et il me fait si grand’pitié, je me sens pris pour lui d’une telle tendresse, que les larmes coulent de mes yeux et que je me dis : « Que Dieu lui donne le bonheur ! Qu’il me donne le pouvoir de le secourir et d’alléger son chagrin ! Je suis prêt à tout sacrifier pour lui. » Je pense ensuite à mon joujou favori, un petit lièvre ou un petit chien de porcelaine ; je l’ai fourré sous mon oreiller de plume et j’admire comme il est bien là et comme il a chaud. ”
Karl Ivanovitch
Définition et enjeux
Citations sur “Karl Ivanovitch”
“ J’aimais Karl Ivanovitch, je me le rappelais depuis moi-même, et j’étais habitué à le considérer comme un membre de la famille, mais Saint-Jérôme était un orgueilleux, très fat, pour lequel je ne sentais rien, sauf ce respect involontaire que m’inspiraient tous les grands. Karl Ivanovitch était un vieillard drôle, un diatka, que j’aimais de tout mon cœur, mais que dans mon idée enfantine, je plaçais cependant au-dessous de moi, quant à la condition sociale. Saint-Jérôme, au contraire, était un jeune homme élégant, joli, instruit et qui tentait d’être sur un pied d’égalité avec nous. ”
“ On entendait du salon la voix sonore de papa et l’on sentait l’odeur de son cigare, qui m’avait toujours charmé, je ne sais pourquoi. Tout à coup j’entendis à travers mon demi-sommeil un craquement de souliers bien connu : Karl Ivanovitch se dirigeait vers le cabinet sur la pointe du pied, mais avec un visage sombre et résolu. Il frappa légèrement, on lui ouvrit, et la porte se referma. « Pourvu qu’il n’arrive pas un malheur ! pensai-je. Karl Ivanovitch est en colère : il est capable de tout. » ”
“ Karl Ivanovitch, en essuyant avec son mouchoir des larmes que je vis sur ses joues, franchit la porte et, en marmonnant quelque chose entre ses dents, partit en haut. Derrière lui, papa sortit et entra au salon. — Sais-tu ce que je viens de décider ? — dit-il d’une voix gaie en mettant la main sur l’épaule de maman. — Quoi, mon ami ? — J’emmène Karl Ivanovitch avec les enfants. Il y a de la place dans la voiture. Les enfants sont habitués à lui ; de son côté, il paraît très dévoué envers eux ; et sept cents roubles par an ne sont pas une affaire ; et puis, au fond c’est un très bon diable. ”
“ Sa voix était sévère et n’avait plus l’expression de bonté qui m’avait ému jusqu’aux larmes. En classe, Karl Ivanovitch devenait un autre homme : il n’était plus que précepteur. Je m’habillai vivement, je me lavai et j’accourus, tenant encore la brosse avec laquelle je lissais mes cheveux humides. Karl Ivanovitch, ses lunettes sur le nez et un livre à la main, était assis à sa place accoutumée, entre la porte et la fenêtre. À gauche de la porte étaient deux petites tables : celle des enfants (la nôtre) , et la sienne, celle de Karl Ivanovitch. ”
Léon Tolstoï,
Enfance et Adolescence : Edition spéciale pour la jeunesse revue par l'auteur
(1886)
“ Il est assis devant sa petite table, l'écran projette une ombre sur son visage; il tient un livre dans une main, l'autre repose sur le bras du fauteuil; près de lui est posée sa montre avec un chasseur dessiné sur le cadran ; à côté, un mouchoir à carreaux, une tabatière noire toute ronde, un étui pour ses lunettes, des mouchettes sur un petit plateau. Tout cela est si bien rangé, chaque objet se trouve si exactement à sa place, qu'à la vue de cet ordre symétrique, on sent que Karl Ivanovitch a la conscience pure et l'âme tranquille. ”
“ Je lui expliquai que c’était un gant appartenant à Karl Ivanovitch, et je m’étendis même un peu ironiquement sur la personne de Karl Ivanovitch ; comme il est grotesque quand il ôte son bonnet rouge, comment une fois il est tombé de cheval avec son pardessus vert, juste dans une mare, etc. Le quadrille passa comme rien. Tout cela était fort bien, mais pourquoi avais-je parlé ironiquement de Karl Ivanovitch ? Aurais-je perdu la bonne opinion de Sonitchka à mon égard, en lui parlant de Karl Ivanovitch avec l’affection et l’estime que j’avais pour lui ? ”
“ J’avais les idées les plus étranges sur la beauté : Karl Ivanovitch me paraissait le plus bel homme de l’univers entier ; — mais je savais très bien que j’étais laid, et toute allusion à mon extérieur me blessait douloureusement. ”
“ Parfois, las de courir en bas, dans la salle, nous remontions sur la pointe du pied et nous allions tout doucement regarder dans la classe : Karl Ivanovitch était seul, assis dans son fauteuil et lisant un de ses livres favoris avec une expression paisible et solennelle. Je le surprenais quelquefois ne lisant pas : ses lunettes avaient glissé vers le bout de son grand nez recourbé ; ses yeux bleus, à demi fermés, regardaient avec une expression particulière et ses lèvres souriaient tristement. ”
“ Remarquant que Karl Ivanovitch était dans un de ces moments d’attendrissement où il parlait pour se décharger le cœur, sans faire attention à ses auditeurs, je m’assis sur le lit sans rien dire et sans quitter sa bonne figure des yeux. « Vous n’êtes plus un enfant, vous pouvez comprendre. Je vais vous raconter mon histoire et tout ce que j’ai eu à souffrir dans cette vie. Il viendra un temps où vous penserez au vieil ami qui vous aimait tant, enfants !... » ”
“ Lorsque Karl Ivanovitch m’eut quitté et que je fus levé, occupé à mettre mes bas à mes petites jambes, mes larmes s’apaisèrent un peu, mais les sombres pensées éveillées par le rêve que j’avais inventé ne me quittaient pas. Kolia entra. C’était un petit homme propret, toujours sérieux, ponctuel, respectueux, grand ami de Karl Ivanovitch. Il apportait nos habits et nos chaussures : des bottes pour Volodia et, pour moi, des souliers tout neufs avec des rubans. ”
“ La veille du jour où Karl Ivanovitch devait nous quitter, tard dans la soirée, il était debout auprès de son lit, vêtu de sa robe de chambre de cotonnade et sa calotte rouge sur la tête. Penché sur sa malle, il emballait soigneusement ses hardes. Pendant ces derniers jours, Karl Ivanovitch avait été très sec avec nous ; on aurait dit qu’il cherchait à avoir le moins de rapports possible avec ses élèves. En ce moment encore, quand j’entrai dans sa chambre, il se contenta de me jeter un regard en dessous et se remit à emballer. Je me jetai sur son lit, chose absolument défendue ”
Léon Tolstoï,
Étapes d'une vie
(1935)
“ Karl Ivanovitch, comme l'avait prévu Papa, s'était corrompu, mais notre précepteur allemand assurait qu'il avait été renvoyé à la suite des intrigues de Mimi et de Saint-Jérôme. L'ancien ordre des choses n'était rappelé que par la seule présence de Nicolas, mais lui-même, sous la nouvelle domination, perdit son trait caractéristique : le contentement. Prosper Antonovitch (1) l'indignait et il regrettait de tout son coeur son prédécesseur, le bon Karl Ivanovitch. ”
“ « Quand je serai grand, je ne ferai plus de leçons ; au lieu d’apprendre des dialogues allemands, je passerai tout mon temps à être assis avec ceux que j’aime. » Mon dépit se changeait en tristesse et je devenais si absorbé (Dieu sait pourquoi et à quoi je pensais) , que je n’entendais pas Karl Ivanovitch se fâcher de mes fautes d’orthographe. Karl Ivanovitch ôta sa robe de chambre, mit un habit bleu, plissé sur les épaules, arrangea sa cravate devant le miroir et nous conduisit en bas dire bonjour à maman. ”
“ « Allons, enfants, allons ! Il est temps de se lever. Votre maman est déjà dans le salon, » cria-t-il de sa bonne voix allemande. Il vint s’asseoir au pied de mon lit et tira sa tabatière de sa poche. Je faisais semblant de dormir. Karl Ivanovitch commença par prendre une prise, puis il s’essuya le nez et secoua ses doigts, et alors seulement il s’occupa de moi. ”
Léon Tolstoï,
Enfance et Adolescence : Edition spéciale pour la jeunesse revue par l'auteur
(1886)
“ Karl Ivanovitch, qui savait toujours où allaient les nuages, nous dit que celui-ci se dirigeait vers Maslovka, et il nous promit le beau temps. Notre vieux domestique Foka, malgré son grand âge, descendit en courant l'escalier avec une agilité juvénile et cria : — « Faites avancer! » — puis, écartant les genoux, il se campa fermement sur les marches du perron, entre le seuil et la place où la ligneïka devait s'arrêter, dans l'attitude d'un homme à qui il est superflu de rappeler ses devoirs. ”
“ Oui, reprit-il enfin en s’arrangeant dans son fauteuil et en croisant sa robe de chambre, j’ai eu beaucoup de bon et beaucoup de mauvais dans ma vie ; mais voici mon témoin (il montrait un christ en tapisserie, pendu au-dessus de son lit) . Personne n’a le droit de dire que Karl Ivanovitch a été un malhonnête homme ! ”
“ NOTRE PRÉCEPTEUR KARL IVANOVITCH Le 12 août 18.., juste le surlendemain du jour où j’avais eu dix ans et où j’avais reçu de si beaux cadeaux, Karl Ivanovitch me réveilla à sept heures du matin, en tuant une mouche au-dessus de ma tête avec un chasse-mouches en papier à pain de sucre, attaché au bout d’un bâton. Il s’y était pris si maladroitement, qu’il avait accroché l’image de mon ange gardien, suspendue au chevet de mon lit de chêne, et que la mouche morte m’était tombée sur la tête. ”
Léon Tolstoï,
Étapes d'une vie
(1935)
“ Le cocher de la voiture de louage attendait devant le perron depuis une demi-heure déjà. Sur le palier de l'escalier s'amoncelaient la commode, la valise et les autres objets de Karl Ivanovitch. Mais il s'attardait encore, exigeant que papa, grand'mère ou une personne de confiance vînt examiner ses objets et s'assurer qu'il n'emportait rien qui ne lui appartînt : ni matelas, ni chandelier, ni embauchoir, rien. ”
A l'encre verte, Miettes d'Histoire contemporaine par Alphonse Karr (1881)
“ Je sens le péché entrer clans mon âme et « des fourmis me courir dans le clos ». Je suis oppressé, il me semble qu'il m'entre une flèche de feu dans le coeur. A L'ENCRE VERTE 115 — Ah! comme c'est bien peint! ce Karl Ivanovitch a bien du talent! Mais bientôt je me ravise; Et cet impudent appelle ça une Matinée italienne ! et il ose m'envoyer une pareille image! Heureusement je me souviens que je suis sous la loi du mariage, que je ne dois pas attacher mes regards sur une beauté étrangère ; celle que Dieu t'a envoyée, Ivan Semenovitch, tu dois t'y tenir. ”
“ « En tout, Karl Mayer doit recevoir en sus de ses appointements — 159 roubles 79 copeks. » En lisant cette note par laquelle Karl Ivanovitch réclamait le paiement de tout l’argent dépensé par lui en cadeaux, et même le montant d’un cadeau promis, chacun pensera que Karl Ivanovitch n’était qu’un homme sans cœur, intéressé, égoïste, et l’on se trompera. En entrant dans le cabinet, ses papiers à la main et son discours en tête, il avait l’intention d’exposer éloquemment, devant papa, toutes les injustices qui lui avaient été faites dans notre maison ”
Léon Tolstoï,
Enfance et Adolescence : Edition spéciale pour la jeunesse revue par l'auteur
(1886)
“ « Il partira aussi.. cette lettre à son adresse le lui annonce sans doute. » Et je me dis que j'aimerais mieux étudier sans relàche et ne pas me séparer de maman, ni faire de la peine à ce pauvre Karl Ivanovitch; il est déjà assez malheureux sans cela ! Toutes ces idées se croisaient dans ma tête; je ne bougeais pas de ma place, et je regardais fixement les rubans noirs de mes souliers Après avoir discuté avec Karl Ivanovitch la baisse du baromètre, mon père intima l'ordre à Iakov de ne pas donner aux chiens leur pâtée et de les tenir prêts pour une dernière partie de chasse. ”
Joseph Conrad,
Sous les yeux d’Occident
“ Je ne prétends pas comprendre absolument Pierre Ivanovitch. Il faut avoir un guide, même si on ne veut pas lui abandonner tout à fait la conduite de sa vie. Je suis une fille sans expérience, mais je ne suis pas une de ces âmes d’esclave dont il y a eu trop en Russie. Pourquoi ne l’écouterais-je pas ? Il n’y a aucun mal à laisser diriger sa pensée. Pourtant je puis vous avouer que je n’ai pas été absolument sincère avec Pierre Ivanovitch. ”
Joseph Conrad,
Sous les yeux d’Occident
“ « Pierre Ivanovitch est peut-être le plus grand génie de ce siècle, mais c’est aussi le plus oublieux des hommes. Ne vous étonnez donc pas, s’il vous a donné un rendez-vous ici, d’apprendre qu’il est absent. » Mlle Haldin expliqua qu’elle n’avait aucun rendez-vous avec Pierre Ivanovitch. Elle avait senti tout de suite s’éveiller son intérêt pour cette personne bizarre. ”
Joseph Conrad,
Sous les yeux d’Occident
“ Oh oui ! j’ai appris à très bien dormir sur des planches nues. Ce n’est rien, et si je vous en parle, c’est pour vous montrer qu’il ne faut pas me prendre pour une sybarite. C’était infiniment moins tuant que la tâche qui consiste à rester assise pendant des heures, dans un bureau glacial, devant une table, pour écrire sous la dictée les livres de Pierre Ivanovitch. Mais vous verrez vous-même ce qu’il en est, et je n’ai pas besoin de vous en dire plus long. » « Il n’est pas du tout certain », protesta Mlle Haldin, « que j’écrive jamais sous la dictée de Pierre Ivanovitch. » ”
Musée universel... 1re [-2e] année (1857-1858)
“ Comme la plupart des cabaretiers, Nikolaï Ivanovitch est un homme alerte et fort avisé; il a le talent d'attirer et de retenir son monde sans se mettre pour cela en frais d'amabilité. On aime à rester assis devant le comptoir où se place ordinairement l'impassible cabaretier pour surveiller d'un air tranquille et prévénant les buveurs attablés dans la chambre. Personne ne connaît mieux que lui la condition des seigneurs et celle des paysans ou des bourgeois. Le bon sens étant un des traits caractéristiques de son esprit, il pourrait au besoin donner de très-bons conseils ”
Musée universel... 1re [-2e] année (1857-1858)
“ « C'est beau, oui; que je sois le fils d'une chienne, si ce n'est pas beau. » La femme de Nikolaï Ivanovitch était cramoisie; elle se leva vivement et sortit. Jachka jouissait de son triomphe comme un enfant; il était devenu méconnaissable; ses yeux étincelaient de bonheur. On le traîna vers le comptoir. Il appela le paysan au sarrau gris, envoya chercher l'entrepreneur par l'enfant du cabaretier, mais celui-ci ne le trouva pas. On se mit à boire. — Tu nous chanteras encore quelque chose, disait sans cesse Obdalouï, en levant les bras. Tu chanteras jusqu'au soir. ”
Joseph Conrad,
Sous les yeux d’Occident
“ « Inutile ! Voici Pierre Ivanovitch lui-même. Mais il n’est pas seul. Il revient rarement seul, maintenant. » Mlle Haldin ne fut pas aussi heureuse qu’on aurait pu le croire de cette arrivée de Pierre Ivanovitch. Elle paraissait avoir perdu toute envie de voir le « captif héroïque » ou Mme de S. ; peut-être fallait-il chercher la raison de cette répugnance soudaine, dans le manque de bonté dont ces deux êtres semblaient avoir fait preuve à l’égard de la femme au chat. « Voulez-vous me laisser passer ? » fit-elle enfin en touchant légèrement l’épaule de sa compagne. ”
Nicolas Vassiliévitch Gogol,
Les Âmes mortes
“ Demain matin sans faute, André Ivanovitch, vers dix heures du matin, je me rends chez le général. Selon mon sentiment, le plus tôt qu’on peut saluer un brave dont on ne sait rien que de très-honorable, c’est en vérité le mieux. Une chose seulement me contrarie : ma britchka, par suite de votre bonne et noble hospitalité, a été presque oubliée, et elle n’est pas encore en état de marcher ; me serait-il permis de me servir de votre calèche ?... ”
Joseph Conrad,
Sous les yeux d’Occident
“ Très sérieux, Pierre Ivanovitch eut un léger mouvement de tête. « Ni de perdre mon temps en extases spirituelles ou en méditations sublimes sur l’évangile féministe », poursuivit Razumov. Je suis venu ici pour prendre part à l’action... à l’action, très respecté Pierre Ivanovitch ! Ce n’est pas le renom du grand écrivain européen qui m’a attiré ici, dans cette odieuse ville de liberté. C’est quelque chose de beaucoup plus grand, c’est l’idée du chef ! Il y a, en Russie, des jeunes gens qui meurent de faim, mais que leur foi en vous semble seule faire vivre, dans leur misère. ”
