“ On s’est pourtant dit de part et d’autre a revoir ; mais, quoique Edmée eût l’air bon et franc qu’elle a toujours, l’autre avait la figure d’un fermier qui voit venir la gelée en avril. Mauprat, Mauprat, on dit que vous êtes devenu grand étudiant et grand bon sujet. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit : Quand vous serez vieux, il n’y aura peut-être plus de titres ni de seigneuries. Peut-être qu’on vous appellera le père Mauprat, comme on m’appelle le père Patience, bien que je n’aie jamais été ni moine ni père de famille. ”
Citations sur “Mauprat”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Ne craignez-vous pas qu’aigri par les mauvais traitements qui ne lui furent pas épargnés autrefois à la Roche-Mauprat il ne refuse de vous voir ? — Je suis certain qu’il le refusera ; car je sais la haine qu’il nourrit contre moi, dit le trappiste en se tournant encore vers le lieu où j’étais. Mais j’espère que vous le déciderez à m’accorder cette entrevue ; car vous êtes généreux et bon, monsieur l’abbé. Vous m’avez promis de m’obliger, et, d’ailleurs, vous êtes l’ami du jeune Mauprat, et vous lui ferez comprendre qu’il y va de ses intérêts et de l’honneur de son nom. ”
George Sand,
Œuvres illustrées de George Sand…
“ Je connais Jean Mauprat de longue main ; c’est un insigne imposteur, et de plus le dernier des lâches. Il rentrera sous terre à mon aspect, et dès le premier mot je lui ferai avouer qu’il n’est ni trappiste, ni moine, ni dévot. Tout ceci est un tour de chevalier d’industrie, et je lui ai entendu jadis faire des projets qui m’empêchent de m’étonner aujourd’hui de son impudence ; je le crains donc fort peu. — Et vous avez tort, reprit l’abbé. Il faut toujours craindre un lâche, parce qu’il nous frappe par derrière au moment où nous l’attendons en face. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Que Dieu m’extermine si c’est moi !... — Si ce n’est pas toi, c’est donc celui-là ? dit Patience en me prenant par le collet de mon habit, et en me secouant comme un arbrisseau qu’on va déraciner. — Oui, c’est moi, répondis-je avec hauteur ; et, si vous voulez savoir mon nom, apprenez qu’on m’appelle Bernard Mauprat et qu’un vilain qui touche à un gentilhomme mérite la mort. — La mort ! toi, tu me donneras la mort, Mauprat ! s’écria le vieillard pétrifié de surprise et d’indignation. Et que serait donc Dieu si un morveux comme toi avait le droit de menacer un homme de mon âge ? La mort ! ”
George Sand,
Œuvres illustrées de George Sand…
“ Quoique Jean Mauprat soit sous le glaive des lois, me dit-il, et que vous soyez au faîte de l’honneur et de la prospérité, ne méprisez pas la faiblesse de votre ennemi. Qui sait ce que peuvent la ruse et la haine ? Elles peuvent prendre la place du juste et le jeter sur le fumier ; elles peuvent rejeter leur crime sur autrui, et souiller de leur ignominie la robe de l’innocence. Vous n’en avez peut-être pas fini avec les Mauprat ! ”
George Sand,
Œuvres illustrées de George Sand…
“ Il y avait la branche aînée et la branche cadette des Mauprat. Je suis de la branche aînée. Mon grand-père était ce vieux Tristan de Mauprat qui mangea sa fortune, déshonora son nom, et fut si méchant que sa mémoire est déjà entourée de merveilleux. Les paysans croient encore voir apparaître son spectre alternativement dans le corps d’un sorcier qui enseigne aux malfaiteurs le chemin des habitations de la Varenne, et dans celui d’un vieux lièvre blanc qui se montre aux gens tentés de quelque mauvais dessein. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ La Roche-Mauprat !... murmura-t-elle en frissonnant de la tête aux pieds, comme une biche qui entend hurler les loups. Et ses lèvres devinrent toutes blanches. L’angoisse passa dans tous ses traits. Par une involontaire sympathie, je frémis moi-même, et je faillis changer tout à coup de manières et de langage. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Oui, Patience, dit le curé ; d’ailleurs, tout peut s’arranger ; mon cheval est doux et solide, Mlle de Mauprat va le monter ; vous et Marcasse le conduirez par la bride, et moi, je resterai ici près de notre blessé. Je réponds de le bien soigner et de ne l’irriter en aucune façon. N’est-ce pas, monsieur Bernard, vous n’avez rien contre moi, vous êtes bien sûr que je ne suis pas votre ennemi ? ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Il demanda que les médecins fussent appelés à s’expliquer sur la possibilité de faire entendre Mlle de Mauprat. Il démontra que la plus importante, la seule importante déposition était celle de Patience, et que Patience pouvait se présenter au premier jour et me disculper. Il demanda enfin qu’on fit des recherches pour retrouver le moine quêteur dont la ressemblance avec les Mauprat n’avait pas encore été expliquée et avait été affirmée par des témoins dignes de foi. Il fallait, selon lui, savoir ce qu’était devenu Antoine de Mauprat et faire expliquer le trappiste à cet égard. ”
George Sand,
Œuvres illustrées de George Sand…
“ Je ne puis agir en ceci, répondit le trappiste, sans l’autorisation d’un homme qui bientôt sera le dernier des Mauprat ; car le chevalier n’a que peu de jours à attendre la récompense céleste acquise à ses vertus, et, quant à moi, je ne puis échapper au supplice que je viens chercher que pour retomber dans l’éternelle nuit du cloître. Je veux parler de Bernard Mauprat, je ne dirai pas mon neveu ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ J’étais dans le bois lorsque M. le chevalier Hubert de Mauprat me pria de descendre de voiture et d’aller voir ce qu’était devenue sa fille Edmée, qui s’était écartée de la chasse depuis un temps assez long pour lui causer de l’inquiétude. Je courus assez loin et trouvai, à trente pas de la tour Gazeau, M. Bernard de Mauprat dans un grand désordre. Je venais d’entendre un coup de feu. Je vis qu’il n’avait plus sa carabine ; il l’avait jetée (déchargée, comme le fait a été constaté) à quelques pas de là. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ C’est que, dans mon enfance, j’ai placé le nom de Mauprat entre ceux de Cartouche et de la Barbe-Bleue, et qu’il m’est souvent arrivé alors de confondre, dans des rêves effrayants, les légendes surannées de l’Ogre et de Croquemitaine avec les faits tout récents qui ont donné une sinistre illustration, dans notre province, à cette famille des Mauprat. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ À la défense ! s’écria Léonard en relevant son couteau et en s’élançant vers la porte. Vilains, montrez-vous gentils-hommes ! Et toi, Bernard, répare ta faute, lave ta honte, ne souffre pas qu’un Mauprat tombe vivant dans les mains des gendarmes ! Commandé par l’instinct du courage et de la fierté, j’allais l’imiter, quand Patience, s’élançant sur lui et le terrassant avec une force herculéenne, lui mit le genou sur la poitrine en criant à Marcasse d’ouvrir la porte. Cela fut fait avant que j’eusse pu prendre parti pour mon oncle contre son hôte inexorable. ”
“ Cet autre est mort. — Monsieur, rendez-vous, dit le sous-officier de maréchaussée en s’emparant de Léonard. — Jamais un Mauprat ne traînera son nom sur les bancs d’un présidial, répondit Léonard d’un air sombre. Je me rends ; mais vous n’aurez que ma peau. — Et il se laissa asseoir sur une chaise sans faire de résistance. Tandis qu’on se préparait à le lier : — Une seule, une dernière charité, mon père, dit-il au curé. Passez-moi le reste de la gourde ; je me meurs de soif et d’épuisement. — Le bon curé lui passa la gourde, qu’il avala d’un trait. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Dieu écrit sa parole et répand son esprit dans le cœur de ses enfants. — Vous verrez, dit le chevalier vivement attendri, que ce Mauprat relèvera l’honneur de la famille. Maintenant, mon cher Bernard, je ne te parlerai plus d’affaires. Je sais comment je dois agir, et tu ne peux pas m’empêcher de faire ce que bon me semblera pour que mon nom soit réhabilité dans ta personne. La seule réhabilitation véritable m’est garantie par tes nobles sentiments ; mais il en est encore une autre que tu ne refuseras pas de tenter : c’est celle des talents et des lumières. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Le greffier suivit Mauprat sans défiance, et, au moment où ils entraient ensemble dans l’écurie, Mauprat, qui marchait le premier, lui dit d’avancer seulement la tête ; ce que fit le greffier désireux de montrer beaucoup d’indulgence dans l’exercice de ses fonctions, et de ne point examiner les choses scrupuleusement. Alors Mauprat poussa brusquement la porte et lui serra si fortement le cou entre le battant et la muraille que le malheureux en perdit la respiration. ”
George Sand,
Œuvres illustrées de George Sand…
“ Jean de Mauprat montra le plus intrépide dévouement à ses idées religieuses. Il dit qu’ayant commis les crimes de l’antique barbarie païenne, il ne pouvait racheter son âme qu’au prix d’une pénitence publique digne des premiers chrétiens. « On peut, dit-il, être lâche envers Dieu comme envers les hommes, et dans le silence de mes veilles j’entends une voix terrible qui répond à mes sanglots : « Misérable poltron, c’est la peur des hommes qui te jette dans le sein de Dieu ; et, si tu ne craignais la mort temporelle, tu n’aurais jamais songé à la vie éternelle. » ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Bernard, vous êtes mon proche parent, songez aux liens du sang ; pourquoi voulez-vous m’insulter ? Veut-on m’assassiner ici ou me donner la torture ? Pourquoi m’a-t-on trompée en me disant que j’étais à Rochemaure ? Pourquoi s’est-on retiré d’un air de mystère ? Que prépare-t-on ? Que se passe-t-il ? La parole expira sur ses lèvres ; un coup de fusil venait de se faire entendre au dehors. Une décharge de couleuvrine y répondit, et la trompe d’alarme ébranla de sons lugubres les tristes murailles du donjon. Mlle de Mauprat retomba sur sa chaise. ”
George Sand,
Œuvres illustrées de George Sand…
“ On agit avec vigueur, on arrêta Jean de Mauprat. Quand il se vit saisi et menacé, il livra son frère, et déclara qu’on le trouverait toutes les nuits réfugié à la Roche-Mauprat, et caché dans une chambre secrète où la femme du métayer l’aidait à se renfermer à l’insu de son mari. On conduisit le trappiste sous bonne escorte à la Roche-Mauprat, afin qu’il revélât cette chambre secrète à laquelle, malgré tout son génie à explorer les murailles et les charpentes, l’ancien chaseur de fouines, le taupeur Marcasse, n’avait jamais pu parvenir. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Les Mauprat eurent bientôt dans toutes les familles des accointances que l’on toléra parce qu’on y trouva du profit, et, faut-il le dire ? hélas ! des satisfactions de vanité. La dispersion des habitations favorisait le mal. Là, point de scandale, point de censure. Le plus petit village eût suffi pour faire éclore et régner une opinion publique ; mais il n’y avait que des chaumières éparses, des métairies isolées ; des landes et des taillis mettaient entre les familles des distances assez considérables pour qu’elles ne pussent exercer mutuellement leur contrôle. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Je sais que je suis à la Roche-Mauprat, répondit-elle en redevenant pâle, et que je vais être outragée et assassinée dans deux heures si, d’ici là, je n’ai pas réussi à vous inspirer quelque pitié. Mais j’y réussirai, s’écria-t-elle en tombant à son tour à mes genoux, vous n’êtes pas un de ces hommes-là. Vous êtes trop jeune pour être un monstre comme eux ; vous avez eu l’air de me plaindre ; vous me ferez évader, n’est-ce pas, n’est-ce pas, mon cher cœur ? Elle prenait mes mains et les baisait avec ardeur pour me fléchir ”
George Sand,
Mauprat
(1883)
“ Je fis à l'abbé, qui m'attendait chez Patience, le récit de cette conférence, et il fut entièrement de mon avis ; il pensa, comme moi, que le prieur, loin de travailler à détourner le trappiste de ses prétendus desseins, l'engageait de tout son pouvoir à m'épouvanter pour m'amener à de grands sacrifices d'argent. Il était tout simple, à ses yeux, que ce vieillard, fidèle à l'esprit monacal, voulût mettre dans les mains d'un Mauprat moine le fruit des labeurs et des économies d'un Mauprat séculier. ”
George Sand,
Oeuvres de George Sand
(1838)
“ Vous êtes nécessaire à votre père, d'ailleurs; votre mort le précipiterait dans la tombe, tout vert et robuste qu'est encore le Mauprat. Chassez donc ces pensées lugubres et ces résolutions extrêmes. Il est impossible que cette étrange aventure de la Roche.Mauprat soit autre chose qu'un rêve sinistre. Nous avons tous eu le cauchemar dans cette nuit d'épouvante, mais il est temps de nous éveiller ; nous ne pouvons rester accablés de stupeur comme des enfants ”
George Sand,
Mauprat
(1883)
“ En vain je l'accablai de menaces, en vain je fis d'effroyables serments de vengeance, en vain le petit paysan se jeta encore à genoux, en répétant avec angoisse : — Monsieur Patience, pour l'amour de Dieu, pour l'amour de vous-même, ne lui faites pas de mal; les Mauprat vous tueront. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Soyez sûr de cela, Bernard, quelque chose que je puisse vous dire dans un moment de colère, car vous savez que je suis très vive : cela est de famille. Le sang des Mauprat ne coulera jamais aussi tranquillement que celui des autres humains. Ménagez donc ma fierté, vous qui savez si bien ce que c’est que la fierté ; ne vous targuez jamais avec moi des droits acquis. L’affection ne se commande pas, elle se demande ou s’inspire : faites que je vous aime toujours ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ S’il est quêteur, pourquoi, après avoir fait sa quête, ne va-t-il pas plus loin, plutôt que de revenir importuner les gens qui lui ont donné la veille ? S’il est trappiste et qu’il ne veuille pas rester aux Carmes comme l’autre, pourquoi ne retourne-t-il pas dans son couvent ? Qu’est-ce donc que ce moine vagabond ? et pourquoi M. Jean de Mauprat, qui a dit à plusieurs personnes ne pas le connaître, le connaît-il si bien, qu’ils déjeunent de temps en temps ensemble, dans un cabaret à Crevant ? ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Nous avions tant de sujets de méfiance que nous étions nous-mêmes porte-clefs et guichetiers de notre forteresse. Jean se leva en agitant les clefs ; mais il resta immobile aussitôt pour écouter le cor, qui annonçait par une seconde fanfare qu’il amenait une prise, et qu’il fallait aller au-devant de lui. En un clin d’œil, tous les Mauprat furent à la herse avec des flambeaux, excepté moi, dont l’indifférence était profonde, et les jambes sérieusement avinées. — Si c’est une femme, s’écria Antoine en sortant, je jure sur l’âme de mon père qu’elle te sera adjugée, vaillant jeune homme ! ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Votre étonnement vient de ce que vous ne connaissez pas bien la race Mauprat. C’est une race indomptable, incorrigible, et dont il ne peut sortir que des casse-têtes ou des coupe-jarrets. À ceux que l’éducation a le mieux rabotés, il reste encore bien des nœuds : une fierté souveraine, une volonté de fer, un profond mépris pour la vie. Vous voyez que, malgré sa bonté adorable, mon père est si vif parfois qu’il casse sa tabatière en la posant sur la table, lorsque vos arguments l’emportent sur les siens en politique, ou lorsque vous gagnez aux échecs. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Elle avait donc suivi son guide sans défiance, et n’ayant vu de sa vie la Roche-Mauprat, ni de près ni de loin, elle fut introduite dans la salle de nos orgies sans avoir le moindre soupçon du piège où elle était tombée. Quand je frottai mes yeux appesantis et regardai cette femme si jeune et si belle, avec un air de calme, de franchise et d’honnêteté que je n’avais jamais trouvé sur le front d’aucune autre (toutes celles qui avaient passé la herse de notre manoir étant d’insolentes prostituées ou des victimes stupides) , je crus faire un rêve. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Je dégageai une de mes mains, et le prieur, voyant l’expression de mon mécontentement, changea sur-le-champ de langage avec une souplesse admirable. — Vous êtes homme du monde, je le sais. Vous avez à vous plaindre de celui qui fut Jean de Mauprat et qui s’appelle aujourd’hui l’humble frère Jean-Népomucène. ”
